François, un fervent jésuite

Les jésuites réunis dans l\'église du christ à Rome pour l\'élection du «pape noir», le 7 janvier 2008.
Les jésuites réunis dans l'église du christ à Rome pour l'élection du «pape noir», le 7 janvier 2008. (AFP/FILIPPO MONTEFORTE)

Le premier jésuite devenu pape, François, le prélat des quartiers déshérités de Buenos Aires, a étonné certains par la simplicité avec laquelle il exerce sa fonction. Influencé par l'enseignement d'Ignace de Loyola, le fondateur de la Compagnie de Jésus, il a déjà rappelé l'importance d'être au service du Christ. Est-ce un signe que ce pontificat aura une tonalité très «jésuite» ?

La réputation du nouveau pape a rapidement franchi les frontières. L’archevêque d’origine italienne, né Jorge Mario Bergoglio, nommé en 1992 par Jean-Paul II, mène une vie austère et studieuse dans la capitale argentine. Il se lève à 4h30, se déplace en métro, lave les pieds des pauvres et dit des messes dans les prisons.

Un style de vie qui correspond au «4e décret» des jésuites adopté en 1974 : attention première portée à la justice sociale, priorité à ceux qui n’ont ni maison, ni papiers, ni patrie. Premier jésuite accédant à la plus haute fonction de l’Eglise catholique, il a été remercié, au nom des 19.000 jésuites, par leur responsable à Rome, Adolfo Nicolas, pour «avoir accepté la responsabilité de guider l’Eglise en cette période cruciale».
 
François a choisi son patronyme en hommage à Saint-François d’Assise, religieux proche de la nature, aimé pour son humilité et qui a consacré sa vie au service des autres. Mais il a également été marqué pas saint François-Xavier, un des premiers jésuites qui s’est illustré comme missionnaire en Asie. Un pionnier de l’action conduite dans le monde par cet ordre catholique créé en 1534 par Ignace de Loyola.
 
Les débuts de la Compagnie de Jésus 
Basque espagnol, Ignace de Loyola, militaire durant la première partie de sa vie, fut blessé à la jambe en 1521, lors du siège de Pampelune (Espagne) par les troupes du roi français François 1er.  Lors de sa convalescence, il lit des livres sur la vie du Christ, trouve la foi et commet un ouvrage intitulé les Exercices spirituels. Il se consacre alors à communiquer son expérience mystique. Et après des cours en Sorbonne, il fonde à Paris, avec six camarades, la Compagnie de Jésus. Il est fait en 1541 préposé général de cet ordre religieux.
 
Créé pour contrebalancer l’essor du protestantisme, la compagnie profite de l’ouverture des nouvelles voies maritimes par les navigateurs européens pour aller instruire le monde tout en gardant un attachement viscéral à la hiérarchie romaine. Outre l’engagement en faveur des déshérités aux quatre coins de la planète, les jésuites excellent notamment dans la formation des élites. Ils ont la réputation d’éduquer et d’influencer les meilleurs éléments de la bourgeoisie grâce à des collèges d’exception (ainsi Voltaire a été étudiant dans leur collège de Clermont, aujourd'hui Louis Le Grand) et d’être les conseillers des princes. Une façon d’agir sur la marche du monde ?


Un programme dans lequel le nouveau pape pourra se couler avec bonheur. François a été choisi pour «sa personnalité de pasteur, sa profonde spiritualité», assure le cardinal Jean-Pierre Ricard dans Le Monde. Ses «gestes d’une simplicité désarmantes» sont mis en avant par le cardinal Philippe Barbarin, archevêque de Lyon et primat des Gaules.

Les guerriers de Jésus 
Pour ces deux prélats, François a par ailleurs démontré un souci de radicalité évangélique, basée sur «le Christ et la Croix». Un des credo des jésuites, «ces combattants du Christ, qui ont eu un rôle dans les guerres de religion en Europe, en éradiquant les hérésies protestante et janséniste», indique le journaliste Henri Tincq. Ces derniers ont aussi la réputation de savoir obéir et de commander. Les observateurs estiment ainsi que François possède «les capacités de gouvernement» qui lui seront utiles pour «rénover la Curie romaine» en proie aux intrigues et aux scandales et d’apporter un nouveau souffle au sein de l’Eglise catholique, indique Sergio Rubin, coauteur d’un livre d’entretiens avec Bergoglio, intitulé Le Jésuite.
 
«Nous ne devons pas avoir peur de la bonté, et même pas non plus de la tendresse», a lancé d’une voix forte le pape François sous les applaudissements de la foule lors de sa messe inaugurale place Saint-Pierre à Rome. Un discours limpide. Pourtant, il estimait en septembre 2012 «lamentable» le fait que la ville de Buenos Aires ait dépénalisé l’avortement pour les cas de viol...    
Vous êtes à nouveau en ligne