Financement : Daech a créé une direction des antiquités qui délivre des permis de fouille

(Jean-Luc Martinez : "A l'échelle de l'histoire humaine, ces événements sont une toute petite chose." © MaxPPP)

La semaine dernière, François Hollande a annoncé la mise en place des moyens de lutte contre le trafic d'oeuvres d'art pratiqué par Daech. La France va proposer un "droit d'asile" pour des œuvres en provenance de Syrie et d'Irak. Chargé d'un rapport sur la question, Jean-Luc Martinez, président-directeur du Louvre, imagine aussi "la reconstruction de sites comme Palmyre ou Hatra".

"Grâce aux photos satellites, on se rend compte du pillage sur les sites archéologiques", explique Jean-Luc Martinez, le président-directeur du Louvre. "On voit un certain nombre de trous. Mais l'évaluation financière est délicate. Nous savons que Daech fonctionne comme un Etat et a créé une forme de direction des antiquités. Ils autorisent une fouille contre paiement. C'est cela, plus que la vente d'œuvres d'art, qui contribue au financement de Daech."

 

Combattre contre Daech passe d'abord par la lutte contre le trafic d'œuvres d'art. Pour ce faire, a débuté une campagne de communication vers les collectionneurs pour les inciter à ne pas acheter de telles œuvres. "Les acheteurs achètent pour un investissement économique. Quand ils comprendront qu'ils ne pourront pas revendre et qu'il y a un risque pour leur réputation, le marché sera tué dans l'œuf," estime le président-directeur du Louvre.

Reconstruire l'antique statue du Lion d'Athéna ou l'arc de triomphe de Palmyre

Jean-Luc Martinez voit aussi au-delà de la guerre contre Daech. "A l'échelle de l'histoire humaine, ces événements sont une toute petite chose." Il compte donc reconstruire des sites comme l'antique statue du Lion d'Athéna ou l'arc de triomphe de Palmyre. "Il y a beaucoup à faire pour imaginer la reconstruction de sites comme Palmyre ou Hatra en Irak. Comme une toute petite partie de Palmyre a été fouillée, l'avenir est aussi dans la fouille et la valorisation de cette ville."

 

Un fond de dotation pour financer ces reconstructions et nouvelles recherches a donc été proposé par la France à l'Unesco. "Un fond de dotation est le bon instrument," confirme Jean-Luc Martinez. "C'est sur les intérêts du capital que l'on peut travailler sur plusieurs années. Comme il y a déjà de l'argent avec l'Unesco ou le crowdfunding, ce fond mondial peut ainsi résoudre le problème de la collecte des fonds."

 

Comme "une manière de lutter contre le trafic d'antiquités, c'est de construire le futur. Face à des gens qui veulent détruire le passé, nous, nous pouvons affirmer que nous travaillons déjà au travail d'après la guerre," explique de président-directeur du Louvre.

Jean-Luc Martinez répond à Fabienne Sintès : "A Bagdad, le musée est ouvert et ils apportent une réponse : l'art sert à construire la société, permet aux gens de trouver leurs racines et d'avoir une histoire partagée."
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