William Roguelon, itinéraire d'un jeune photographe en Syrie

Une combattante Kurde dans le quartier Shaikh Makksoud d\'Alep.
Une combattante Kurde dans le quartier Shaikh Makksoud d'Alep. (William Roguelon)

Vingt ans. Pour le Prix Bayeux, c'est l'âge de la maturité. Pour les jeunes reporters de guerre, c'est celui des débuts, de la découverte du terrain, de ses rouages et de ses risques. Pour ses deux décennies d'existence, le Prix Bayeux Calvados met à l'honneur vingt jeunes photographes. Parmi eux, William Roguelon, 23 ans. Il nous raconte ses débuts dans le métier et son expérience syrienne.

Une école de cinéma en tant que technicien, quelque jobs dans le milieu, et puis l'envie de faire de la photo et de partir à la rencontre des gens. Deux solutions :  faire une école ou aller directement sur le terrain. William Roguelon choisit la deuxième option et part en mars 2012 à Reyhanli, au nord-ouest de la Turquie, dans un camp de réfugiés syriens. Sans expérience et sans contact précis. Heureusement, il rencontre Jérôme Bastion, pigiste pour RFI et qui connaît parfaitement la région (il est d'ailleurs en compétition à Bayeux). «C'est lui qui m'a donné les ficelles du métier, il a vraiment été mon mentor. Et grâce à lui, j'ai pu vendre mes photos en direct à Radio Canada et à La Libre Belgique.» 

Des enfants dans le camp de réfugiés de Reyhanli en Turquie
Des enfants dans le camp de réfugiés de Reyhanli en Turquie (william Roguelon)

Le baptême du feu en Syrie et la peur de l'enlèvement
En avril 2013, William part en Syrie et se rend à Alep pour suivre les combattants et les habitants de cette ville que les bombardements ont transformée en ruines. Avec son fixeur, il établit une vraie relation de confiance et se rend sur les lignes de front, dans les hôpitaux et les écoles. «Les gens étaient contents de me voir, j'étais le bienvenu.» 

Des écolières à Alep. Sur les 15 professeurs de cette école, un seul est resté pour faire une demie-heure de cours par jour aux 60 élèves, avec l\'aide de bénévoles
Des écolières à Alep. Sur les 15 professeurs de cette école, un seul est resté pour faire une demie-heure de cours par jour aux 60 élèves, avec l'aide de bénévoles (William Roguelon)

Mais deux semaines après son arrivée, après avoir été arrêté et interrogé par des islamistes, il comprend le danger qu'il encourt à rester et décide de repartir pour la France. La frustration sera d'autant plus grande qu'aucun diffuseur n'a voulu s'engager à prendre ses photos.



Bayeux, une reconnaissance ?
William fait partie des vingt jeunes photographes choisis pour être exposés sur les murs de Bayeux. Une sélection faite par Nicolas Jimenez, commissaire de cette expo à ciel ouvert et directeur photo au Monde.


Le cliché retenu, pris au grand angle, a été réalisé à Alep juste après un bombardement, à 11h du matin. Il fait partie des dix premières photos prises lorsque le jeune homme est arrivé sur l'évènement, où règnait la panique et la confusion. «C'est ce qui se passe là-bas au quotidien.» 

Après un bombardement entre les quartiers Ansari et Sukari. Un enfant est retrouvé vivant après deux heures passées sous les décombres
Après un bombardement entre les quartiers Ansari et Sukari. Un enfant est retrouvé vivant après deux heures passées sous les décombres (william Roguelon)

Parler des drames syriens «mais pas à n'importe quel prix»
Dès la fin novembre, William repart. Pas sur le front mais dans un camp de réfugiés, à la frontière entre Turquie et Syrie : «La guerre en Syrie, c'est bien de la couvrir mais pas à n'importe quel prix.» Et cette fois, il ne part pas «pour rien». Wostok Press, une agence de reportage, l'a pris sous son aile. «Avec elle, je fais un travail à long terme, qui va me permettre de m'améliorer. Savoir raconter une histoire, aller au bout de ma démarche... C'est ça mon but aujourd'hui.»

Portrait du petit-fils du chef de la katiba Shuhada\'d Al Thawrd
Portrait du petit-fils du chef de la katiba Shuhada'd Al Thawrd (William Roguelon)

 


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