Ukraine. Soupçons de fraudes après les résultats des législatives

A Kiev (Ukraine), un couple lit un journal qui revient sur le vote du 28 octobre 2012 pour les législatives.
A Kiev (Ukraine), un couple lit un journal qui revient sur le vote du 28 octobre 2012 pour les législatives. (VIKTOR DRACHEV / AFP)

Le parti au pouvoir est arrivé en tête des législatives de dimanche, suivi par l'alliance d'opposition proche de l'ex-Première ministre emprisonnée Ioulia Timochenko.

EUROPE – "En prenant en compte les abus de pouvoir et le rôle excessif de l'argent dans cette élection, il semble que les progrès démocratiques qui avaient été observés reculent en Ukraine." Alors que le parti au pouvoir est arrivé en tête des législatives dimanche 28 octobre en Ukraine, suivi par l'alliance d'opposition proche de l'ex-Première ministre emprisonnée Ioulia Timochenko, l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) a vivement critiqué le scrutin lundi et dénoncé un recul de la démocratie dans le pays.

Pas de surprise sur l'ordre d'arrivée

L'Ukraine a élu dimanche les 450 députés de son Parlement monocaméral à l'issue d'une campagne qui s'est déroulée en l'absence remarquée de Ioulia Timochenko, emprisonnée depuis août 2011 et condamnée il y a un an à sept ans de prison. Les résultats officiels portant sur le dépouillement des bulletins dans 60% des bureaux de vote, pour les sièges répartis à la proportionnelle (225 sur un total de 450), donnent 34,27% des voix au Parti des régions (au pouvoir), 22,46% à l'alliance d'opposition Batkivchtchina et 14,83% aux communistes.

Le parti d'opposition Udar, du célèbre boxeur Vitali Klitschko, a obtenu 11,97% et la formation nationaliste Svoboda (Liberté) 8,68%. Le parti du footballeur vedette Andreï Shevchenko n'a récolté lui que 1,7% des voix, très loin du seuil des 5% nécessaires pour entrer au Parlement, selon ces chiffres annoncés par la commission électorale centrale.

L'autre moitié des 450 députés est élue au scrutin majoritaire uninominal. Il est donc encore difficile d'établir si le parti au pouvoir obtiendra la majorité. Avec ce mode de scrutin, le Parti des régions a des chances d'obtenir 115 sièges et de recruter dans ses rangs encore 25 députés indépendants ou des représentants de petits partis, selon des experts.

Les observateurs font état de fraudes

Ces élections, premier grand scrutin depuis l'arrivée au pouvoir en 2010 du président Viktor Ianoukovitch, étaient surveillées de près par l'Occident, préoccupé par le recul de la démocratie en Ukraine et notamment par l'emprisonnement de Ioulia Timochenko. L'alliance Batkivchtchina et des observateurs ukrainiens ont fait état de fraudes observées au cours du vote et du décompte des voix, évoquant notamment des bourrages d'urnes, sans pour l'instant remettre en question le résultat du vote. "On ne devrait pas avoir à se rendre en prison pour prendre des nouvelles d'importantes figures politiques dans le pays", a déploré l'OSCE, dans une allusion transparente au sort de Ioulia Timochenko.

Caméras au-dessus de l'isoloir, isoloir sans rideau… France 24 fait état de diverses méthodes de violations du processus électoral, vidéos à l'appui. Lors de la séquence qui suit, on voit un jeune homme accéder à une salle où sont entreposées des urnes pleines. "Une zone interdite d’accès à quiconque n’est pas de la commission électorale", précise France 24. Sauf que le jeune homme ne fait pas partie de cette commission…

Ioulia Timochenko en grève de la faim

Condamnée à sept ans de prison pour abus de pouvoir, Ioulia Timochenko a entamé une grève de la faim depuis sa prison pour protester contre ce qu'elle considère comme une "falsification des élections" législatives, a annoncé lundi son avocat. 

L'ex-Première ministre ukrainienne a officiellement informé les autorités pénitentiaires qu'elle avait cessé de manger lundi et ne buvait que de l'eau, a précisé son avocat à la sortie de l'hôpital à Kharkiv, où Ioulia Timochenko est hospitalisée depuis mai en raison d'hernies discales.