Stigmatisation ou sociologie ? Une carte des musulmans belges fait polémique

L\'enquête de Sud Presse dans un titre du groupe wallon, mercredi 25 mai 2016. 
L'enquête de Sud Presse dans un titre du groupe wallon, mercredi 25 mai 2016.  (SUD INFO)

L'article du journal belge "Sud Info" publié mercredi a été massivement relayé sur les réseaux sociaux, de nombreux internautes estimant qu'il ne fait que pointer du doigt les Belges musulmans. 

"781 887 musulmans vivent en Belgique : découvrez la carte, commune par commune." Déclinée mercredi 25 mai dans toutes les éditions locales du groupe Sud Presse, ainsi que sur le site internet SudInfo.be, cette invitation a pour le moins décontenancé des deux côtés de la frontière. Sur Twitter, nombre d'internautes ont aussitôt dénoncé un contenu "honteux", "scandaleux", "raciste", "dangereux", "illégal", voire "anticonstitutionnel", quand d'autres ont partagé des émojis peu flatteurs pour traduire leurs sentiments face à cet article polémique.

Le rédacteur en chef du groupe Sud Presse, lui, assume. "En Belgique et surtout en Belgique francophone, dès que l'on touche à ce genre de problématiques, cela s'emballe très vite", relativise Michel Marteau, interrogé par francetv info.

Stigmatisation ? C'est "de la mauvaise foi" 

"Pour moi, cette publication est absolument irréprochable", martèle le rédacteur en chef, mettant les critiques sur le compte "de la mauvaise foi". "Cette carte a été publiée il y a un mois et demi dans le quotidien flamand De Standaard, le titre de référence en Flandres, rappelle-t-il. Il s'agit du travail d'un sociologue reconnu de l'université catholique de Louvain, quelqu'un de tout a fait sérieux. Et cela n'a choqué personne."

Il suffit que cela soit publié par Sud Presse pour que tout de suite, cela soit le scandale !Michel Marteau, rédacteur en chef du groupe Sud Presseà francetv info

Quant aux accusations de stigmatisation de la communauté musulmane de Belgique, Michel Marteau les balaie d'un revers de main. "Il nous est déjà arrivé de publier la carte des électeurs du Parti socialiste en Belgique, celle des chômeurs, ou celle des hauts revenus. Nous pouvons publier la carte des Belges qui ont une voiture, ou une carte de l'obésité. Nous pouvons parler de n'importe quelle catégorie sociologique. Mais l'islam, qui est un sujet au cœur des préoccupations, il ne faut pas en parler ? Soyons sérieux !" se défend-il.

Un argumentaire qui ne convainc visiblement pas les internautes, qui se demandent bien comment serait perçue une carte des homosexuels ou des juifs. "Bonsoir, c'est par où pour se faire coudre un croissant jaune sur ma manche ?" ironise, grinçante l'une d'elles sur Twitter.  

Michel Marteau n'en démord pas : quelques mois après les attentats de Bruxelles, ce contenu vise à ses yeux à démonter les mythes, amalgames et idées reçues sur la religion. "Avec les événements terribles que nous avons connus ces derniers temps, des tas de choses ont été dites sur l'islam, notamment qu'il s'agissait de la première religion de Belgique. Cette carte nous permet de mettre en lumière la réalité", développe-t-il, alors que "la question du financement des grandes religions est revenue dans le débat public wallon".

Une méthodologie scientifique, mais discutable 

Tout comme la France, la Belgique ne dispose pas de statistiques ethniques et religieuses. Comment Sud Info peut-il affirmer que 7% de la population belge est musulmane ? "La méthodologie que j’utilise est établie au départ à partir du nombre d’habitants issus de l’immigration et installés en Belgique depuis 1945", explique l'auteur de l'étude, le sociologue Jan Hertogen, interrogé dans Sud Info.

Croisement de données, "ajustements", ou encore reprise "d’une étude faite en Allemagne en 2008 auprès de 5 000 habitants [et] qui a évalué leur laïcité"... Les (nombreuses) imprécisions de ces travaux ne sont pas cachées, mais relativisent toutefois le caractère scientifique des chiffres avancés. Ainsi, "il faut noter que cette méthodologie ne permet pas de prendre en compte les musulmans belges dont les parents, grands-parents ou arrière-grands-parents ne sont pas issus de l’immigration", met en garde Sud Info dans ses colonnes. Mais pour Michel Marteau, ces limites ne "changent pas fondamentalement les conclusions de l'étude".

Sur Twitter, le compte de Sud Presse a par ailleurs martelé qu'il ne s'agissait pas d'un recensement, mais "d'un calcul scientifique et sociologique". Moins risqué, le site parodique Nord Presse, pendant humoristique du titre wallon, n'a pas tardé à rebondir sur la polémique, y allant de sa propre enquête-Wikipedia. "Alerte : 11 millions de GENS habitent près de chez vous", plaisante le faux journal. Une vraie info, pour le coup, puisque 11,2 millions de personnes vivent en Belgique.