Sommet européen : "Barroso contre Hollande, c'est le choc de deux édredons"

François Hollande arrive à Bruxelles (Belgique) pour le sommet européen qui s\'ouvre le 27 juin 2013. 
François Hollande arrive à Bruxelles (Belgique) pour le sommet européen qui s'ouvre le 27 juin 2013.  (GEORGES GOBET / AFP)

Où en sont les relations entre la France et Bruxelles après les attaques des dirigeants français contre le président de la Commission ? Eléments de réponse avec François Beaudonnet, correspondant de France 2 à Bruxelles.

François Hollande joue l'apaisement avec Bruxelles. A son arrivée au sommet européen qui s'ouvre jeudi 27 juin dans la soirée, François Hollande a balayé de la main les "questions de personnes", les jugeant "secondaires". Une façon pour le chef de l'Etat de calmer les esprits après les récentes passes d'armes entre le gouvernement et le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso. Où en sont les relations entre Paris et Bruxelles après cet épisode ? Eclairage avec François Beaudonnet, correspondant à Bruxelles pour France 2.

Francetv info : Des désaccords entre la France et Bruxelles, il y en a eu beaucoup. Ces récentes attaques sont-elles plus violentes que dans le passé ? 

François Beaudonnet : C’est particulièrement violent, oui. En 2010, il y a eu un autre moment très tendu, entre Nicolas Sarkozy et la commissaire européenne à la Justice, Viviane Reding, sur l'affaire des Roms. Mais, même si cela avait été fort, José Manuel Barroso s’était bien gardé d’intervenir. Cette fois, on parle quand même de deux présidents. C'est assez rare et les mots employés ont été extrêmement forts : "réactionnaire" et "chauvinisme" vis-à-vis de la France, "carburant du Front national" à l'égard de Barroso… 

Comment perçoit-on les attaques des dirigeants français depuis Bruxelles ? 

Pour la plupart des autres pays européens, la position française est mal comprise. Nos partenaires se disent : "Vous êtes protectionnistes. Vous voulez faire porter la responsabilité aux autres quand ça va mal, alors qu'on voit bien que c'est votre pays qu'il faut réformer." C'est en tout cas le discours ambiant. Vu de la Commission européenne, je pense que José Manuel Barroso a été très touché par ce qu'il a pris pour des insultes, notamment celles venant des cinéastes. C'est pour cela qu'il a réagi. Un peu de manière épidermique : Barroso est en fin de mandat, son bilan est très contesté et il s'est senti agressé.

Le climat est tendu. Dans quelles conditions ce sommet va-t-il se dérouler ?

L'ambiance sera sans doute fraîche. Avant le sommet, François Hollande et José Manuel Barroso vont se réunir tous les deux, avec le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy. Ils vont en profiter pour régler les problèmes. Barroso va sans doute se justifier. Reste que les deux hommes ne sont pas des personnages très conflictuels. C'est tout de même le choc de deux édredons.

"La commission n'a pas à nous dicter ce que nous avons à faire", a fait savoir François Hollande. A-t-il raison ? Bruxelles fait-elle vraiment de l'ingérence ?

Faire des recommandations est le rôle de la Commission européenne. C'est inscrit dans ses nouvelles attributions et la France l'a accepté. Mais peut-être est-elle allée un peu loin dans le détail. Lorsque la Commission dit : "La réforme des retraites doit être faite cette année sinon la situation va s'aggraver", elle est dans son rôle. Lorsqu'elle parle de l'âge légal de départ à la retraite, elle va un peu loin. La Commission n'a pas à orienter les choix des pays.

Elle n'est pas plus dure avec la France qu'avec les autres membres de l'Union. Mais le fait que la France mette du temps à se réformer, et ce depuis de nombreuses années, donne l'impression aux responsables européens que le pays n'avance pas. Comme il est considéré comme un mastodonte économique au sein de l'Europe, cela inquiète l'Allemagne et les autres partenaires. Ils se disent, "si la France va mal, l'Europe va suivre".

L'Union européenne devrait revoir ses recommandations concernant l'âge de départ à la retraite. C'est une victoire pour François Hollande ?

Le président français va pouvoir rentrer en disant : "C'est moi le patron. J'accepte qu'on me donne une ligne à suivre globale, mais pas qu'elle se substitue au dialogue social." Ce sera présenté comme une victoire vis-à-vis de l’Europe, mais en réalité, c'est une victoire sans combat. Au fond, les partenaires européens se fichent un peu de la façon dont la France va mettre en œuvre sa réforme des retraites, du moment qu'elle le fait.

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