Quatre questions sur le casse-tête autour des nominations aux postes clés de l'Union européenne

Emmanuel Macron s\'exprime devant la presse après l\'échec des négociations sur plusieurs postes clés de l\'Union européenne, lundi 1er juillet 2019 à Bruxelles (Belgique).
Emmanuel Macron s'exprime devant la presse après l'échec des négociations sur plusieurs postes clés de l'Union européenne, lundi 1er juillet 2019 à Bruxelles (Belgique). (GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP)

Les 28 n'ont pas réussi à se mettre d'accord sur le casting destiné à occuper la présidence de la Commission européenne, du Conseil, du Parlement, ainsi que sur le nom du Haut représentant pour les affaires étrangères.

"Cela donne une très mauvaise image de l'Europe, une image pas sérieuse", "pas crédible au plan international". Fatigué par 18 heures de négociations, Emmanuel Macron n'a pas mâché ses mots, lundi 1er juillet, à Bruxelles. L'objet de son courroux ? Les "heures passées en palabres" par les pays membres de l'Union européenne, qui ont échoué à s'accorder sur leur nouvelle équipe dirigeante, et qui transforment selon lui l'Union Européenne en "un club de 28 qui se réunit sans jamais se décider".

Alors que les chefs d'Etat et de gouvernement se retrouvent mardi pour tenter de se mettre d'accord, franceinfo revient sur les raisons de ce casse-tête européen.

Quels sont les postes à renouveler ?

Quatre postes clés sont en jeu. Tout d'abord celui de président de la Commission européenne, le pouvoir exécutif de l'Union, aujourd'hui occupé par Jean-Claude Juncker, issu du PPE (droite). Ensuite celui de président du Conseil européen, qui conduit les travaux des chefs d'État et de gouvernement des vingt-huit, incarné jusqu'à présent par le Polonais Donald Tusk (PPE). Le ou la successeur d'Antonio Tajani (PPE) à la présidence du Parlement européen est également à désigner. Tout comme le nouveau Haut représentant pour les affaires étrangères, sorte de "ministre des Affaires étrangères" de l'Union, qui succédera à l'Italienne Federica Mogherini (sociale démocrate).

Ce jeu de chaises musicales est rendu délicat par le résultat des élections européennes de mai, qui ont vu le tandem PPE (droite) et social-démocrate perdre le contrôle de la majorité qu'il détenait au Parlement européen. Il faut désormais composer avec les libéraux et les écologistes, qui sont sortis renforcés du scrutin.

Quelle était la solution soutenue par la France ?

Dimanche, un compromis préparé en marge du G20 d'Osaka et soutenu par l'Allemagne, la France, l'Espagne et les Pays-Bas était en passe de faire consensus : le social-démocrate néerlandais Frans Timmermans pour la Commission, l'Allemand Manfred Weber, chef de file du PPE, pour le Parlement et un couple PPE-libéral pour le Conseil et le Haut représentant.

En outre, la France pouvait, elle, demander la gouvernance de la Banque centrale européenne. Il s'agit là d'une nomination pour huit ans. Ce poste arrive également à échéance.

Pourquoi n'a-t-elle pas abouti ?

Cet arrangement, mené par le couple franco-allemand, continue mardi de cristalliser les désaccords des Etats membres. Une partie du PPE refuse en effet que son chef de file, Manfred Weber, soit privé de la présidence de la Commission.

Le groupe de Visegrad (qui réunit la Hongrie, la Pologne, la République tchèque et la Slovaquie) s'oppose de son côté frontalement à la nomination de Frans Timmermans à la tête de la Commission. Ils jugent le Néerlandais responsable, en tant que premier vice-président de la Commission, de procédures de sanctions contre la Pologne et la Hongrie pour des accusations de violations de l'Etat de droit.

"Il n'aime pas nos régions", a ainsi lancé à son arrivée le président tchèque Andrej Babis, jugeant "inacceptable" cette nomination. "Vous ne pouvez pas refuser quelqu'un parce qu'il a défendu les traités, les principes et les valeurs de l'UE", lui a sèchement répondu le chef du gouvernement espagnol, le socialiste Pedro Sanchez.

D'autres pays, dont l'Irlande, la Lettonie, et la Croatie, rejeteraient de leur côté la combinaison franco-allemande au motif qu'ils ne s'y sentiraient pas représentés, affirme l'AFP.

Cette situation est-elle inédite ?

Non. La situation n'est pas pire qu'en 2014, où il avait fallu trois sommets pour attribuer la présidence de la Commission à Jean-Claude Juncker et celle du Parlement à Martin Schulz, chef de file des sociaux-démocrates. Un quatrième sommet fin août avait porté sur le poste de président du Conseil et de Haut représentant.

Angela Merkel a d'ailleurs cherché à minimiser le report de l'accord, estimant que prendre son temps valait la peine pour éviter "cinq ans de tensions" en raison de mauvais choix.

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