Séduction, gastronomie, éducation... Les Français n'ont plus de quoi frimer

Une gargouille sur le toit de Notre-Dame, à Paris.
Une gargouille sur le toit de Notre-Dame, à Paris. (CHASE JARVIS / GETTY IMAGES)

Les réactions fusent au Royaume-Uni après la parution d'un livre américain saluant la bonne éducation des bambins français. FTVi se penche sur les clichés chers aux Français, mais qui ont récemment perdu de leur superbe. 

Nous avions, comme chacun sait, la meilleure cuisine, les meilleurs vins, les fromages les plus goûteux et la plus belle avenue du monde. Un ouvrage américain, intitulé French Children Don't Throw Food ("Les enfants français ne jettent pas leur nourriture"), paru en janvier au Royaume-Uni et attendu pour février aux Etats-Unis, achève le tableau : nous voilà devenus les meilleurs parents, et nos enfants les mieux éduqués. 

La thèse n’a pas manqué de faire bondir. Les Français font-ils vraiment mieux que tout le monde, dans tous les domaines, s'interroge une journaliste du New Zealand Herald (lien en anglais). De plus en plus, le mythe du mode de vie "à la française" agace. Tour d’horizon des clichés hexagonaux récemment passés à la moulinette de la réalité. 

• Les Français sont de meilleurs parents

Mais comment font les Français pour que leurs enfants ne jettent pas leur purée par terre ? C'est la question que s'est posée la journaliste américaine Pamela Druckerman dans son récent ouvrage French Children Don't Throw Food.

Pour cette mère de trois enfants élevés à Paris, les Français ont tout compris à l'éducation des bambins. Selon elle, les parents français seraient beaucoup moins laxistes que leurs semblables anglais ou américains. La raison ? Ils osent dire "non" et ne laissent rien passer, de la nourriture aux horaires des repas et du coucher. Des règles sévères mais imparables, aux résultats époustouflants : d’après la journaliste, les petits Français font ainsi leur nuit dès l'âge de deux mois, ne pinaillent pas sur la nourriture et vont au lit sans faire d'histoiresassure Pamela Druckerman.

Vous avez dit idyllique ? C'est aussi l'avis de The Economist (lien en anglais), qui accuse l'Américaine de ne se baser que sur des témoignages de parents issus de milieux bourgeois. L'hebdomadaire l’invite donc à visiter les banlieues françaises pour voir si là aussi, le "bonjour madame" est la règle.

Samantha Brick, une Britannique elle aussi expatriée en France, réplique dans The Sun (lien en anglais) "La vérité, c'est que les Françaises sont vaniteuses, superficielles et pensent d'abord à elles. (…) Nos enfants, eux, savent qu'ils sont aimés." La French touch en prend un coup…

Les Français sont de grands séducteurs  

Plusieurs ouvrages américains, parus il y a quelques années et cités dans les chroniques indignées des journalistes, restent en travers de la gorge des Anglo-Saxons. Les titres sont éloquents : French Woman Don’t Sleep Alone ("Les Françaises ne dorment pas seules") et What French Women Know : About Love, Sex, and Other Matters of the Heart and Mind ("Ce que les Françaises connaissent de l’amour, du sexe et des questions du cœur et de l’esprit").

Pas de bol pour nous : l'affaire Dominique Strauss-Kahn est passée par là, et dans son sillage l'ouvrage d'Elaine Sciolino, correspondante pour le New York Times à Paris, publié en juin 2011. La journaliste y critique la "séduction à la française". Le décryptage est cruel : si la drague est "au cœur" de notre société, c'est parce qu'il nous faut compenser une influence géopolitique déchue. "Dans les yeux d'Elaine Sciolino, nous sommes un pays délicieux et suranné. Mais aussi indécrottablement sexiste", analyse Le Nouvel Observateur.

L'arrestation de l'ancien patron du FMI n'a fait qu'amplifier cette impression, suscitant des débats sur la "tolérance des Françaises" (lien en anglais). Le cliché du Français "pervers" (lien en anglais) contre l'Américain puritain a la peau dure. 

• Les Français ont la meilleure cuisine

N'y aurait-il plus que le fromage et le coq au vin pour redorer notre image d'amateur de bonne chair chère ? Même pas ! Début 2011, Michael Steinberger, un critique gastronomique américain, a jeté un pavé dans la casserole des Français. Sa thèse tient en une phrase, lâchée dans L'Express"La cuisine française est fatiguée". Il en déroule les preuves dans un livre, La cuisine française, un chef-d'œuvre en péril. Le journaliste y évoque notamment la concurrence venue de l'étranger.

Inutile de se raccrocher aux branches avec l'argument de la gastronomie française entrée à l'Unesco en 2010 : "Je trouve cette initiative absurde. C'est une posture arrogante, qui traduit en fait une peur, un repli identitaire, et donne une image figée de votre cuisine", martèle Michael Steinberger. 

En outre, ce n'est pas la cuisine française qui est entrée au patrimoine culturel immatériel, mais le repas gastronomique. Une "pratique sociale coutumière", souligne l'Unesco. Les Français étant ce qu'ils sont, ils n'ont pas manqué de faire le raccourci en jouant sur les mots. Comme Le Figaro, qui titre pompeusement "La gastronomie française au patrimoine de l'humanité".

• Les Français sont les meilleurs, tout court

La chute est douloureuse. Le mode de vie "à la française" ne convainc plus. Et cette défiance n'est pas l'apanage des Anglo-Saxons : "Non, les Français n’ont pas la meilleure cuisine ni le meilleur vin au monde", assurait en 2009 l'Italien Alberto Toscano, auteur de Critique amoureuse des Français.

Pourquoi tant de haine ? "Ils ont un complexe de supériorité, avec un besoin de s'affirmer et d'être les premiers de la classe". La même année, les ouvrages de Stephen Clarke (Français, je vous haime) et de Renée Kaplan (L’amie américaine -Chroniques d’une New-Yorkaise à Paris) visaient eux aussi à faire descendre les Français de leur piédestal.

Cet "indécrottable narcissisme", comme le nomme Joëlle Meskens sur Le Soir, se retournerait aussi contre nous. "Les Français chantent tous les trois ans la litanie du déclin. (…) A mon avis, ils vivront beaucoup mieux le jour où ils se sentiront libres d'être normaux", insiste Alberto Toscano. Des Français "normaux" qui attirent tout de même beaucoup l'attention des autres nations, à en croire le nombre de livres écrits à leur sujet.