Qui est Alexander Van der Bellen, le nouveau président écologiste autrichien ?

Alexander Van der Bellen au soir du second tour de l\'élection présidentielle, le 22 mai 2016, à Vienne (Autriche).
Alexander Van der Bellen au soir du second tour de l'élection présidentielle, le 22 mai 2016, à Vienne (Autriche). (ROLAND SCHLAGER / APA / AFP)

L'écologiste a remporté dimanche le "troisième tour" de la présidentielle, face au candidat de l'extrême droite.

Vainqueur par deux fois. Alexander Van der Bellen a été élu deux fois président de l'Autriche. En mai, il avait déjà remporté l'élection face au candidat d'extrême droite Norbert Hofer (FPÖ). Mais le scrutin, annulé par la Cour constitutionnelle en juillet, a dû se rejouer dimanche 4 décembre. Et l'écologiste s'est à nouveau imposé, cette fois-ci plus largement. Il est crédité de 53,6% des voix contre 46,4%, selon les premières estimations de la télévision publique autrichienne

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A 72 ans, cet ancien économiste devient ainsi le premier président écologiste d'Autriche – et le deuxième de l'Union européenne, après la Lettonie. Un symbole, même si ses pouvoirs sont limités : il est chef des armées, nomme le chancelier, peut démettre le gouvernement et dissoudre le Parlement dans certaines circonstances.

Alexander Van der Bellen était arrivé second avec 21,3% des voix au premier tour, le 24 avril. En devenant le seul rival du favori Norbert Hofer (35% des voix), il a bénéficié d'un large soutien de la part des Autrichiens qui craignaient de voir l'arrivée au pouvoir du premier président d'extrême droite depuis 1945.

Une famille marquée par l'histoire européenne

Alexander Van der Bellen est né à Vienne en 1944, sous le Troisième Reich, d'une mère estonienne et d'un père russe. Face au candidat du FPÖ, le symbole est fort. Le candidat écologiste se présente comme un "enfant de réfugiés". Son nom hollandais lui vient d'un ancêtre protestant qui a quitté les Pays-Bas pour la Russie au XVIIIe siècle. Fuyant la révolution russe de 1917, cette famille noble s'installe en Estonie, puis en Allemagne et, enfin, à Vienne. A la fin de la seconde guerre mondiale, l'avancée de l'Armée rouge pousse les Van der Bellen à migrer à nouveau vers le sud, dans le Tyrol autrichien.

Se qualifier d'enfant de réfugiés dans un pays où la crise des migrants a pris une telle place n'a rien d'anodin : l'Autriche, qui compte 8,5 millions d'habitants, a accueilli 90 000 demandeurs d'asile en 2015, ce qui représente 1% de sa population. Depuis, le gouvernement social-démocrate a fait un virage à 180° sur cette question.

Tandis que Norbert Hofer dénonce une "invasion musulmane" de réfugiés venus "profiter des allocations" autrichiennes, et souhaite leur expulsion, Alexander Van der Bellen défend la politique migratoire ouverte et généreuse qui prévalait jusqu'à il y a quelques mois.

Un écologiste libéral, "candidat du système"

Professeur d'économie à l'université de Vienne, Alexander Van der Bellen a fait campagne au centre en ciblant les classes aisées et urbaines, tout en se montrant plus favorable aux minorités.

Mais les Verts, dont il a été porte-parole fédéral de 1997 à 2008, le jugent trop libéral sur le plan économique. Pour éviter la longue procédure d'investiture du parti, il a préféré se porter candidat en indépendant, bien que le parti écologiste ait financé sa campagne.

Dès les résultats du premier tour, l'ancien économiste a été considéré comme la dernière digue contre l'extrême droite et a vu affluer les soutiens, même si aucun des partis traditionnels éliminés au premier tour n'a officiellement appelé à faire barrage derrière lui.

Avant le vote de mai, il revendiquait ainsi un comité de soutien de 4 000 personnalités : des intellectuels, mais aussi des hommes politiques de gauche comme de droite, notamment le nouveau chancelier social-démocrate, Christian Kern. Autant de soutiens issus des élites qui ont fait de Van der Bellen le "candidat du système", selon ses détracteurs.

En outre, le fait que cet europhile ait la faveur du président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, sert d'argument à l'extrême droite eurosceptique. Ce dernier avait exprimé sa crainte de "voir la droite pure et dure et l’extrême droite" l'emporter en Autriche.

"Vert à l'extérieur, rouge à l'intérieur"

L'engagement politique d'Alexander Van der Bellen trouve pourtant ses racines à gauche, puisqu'il a milité au sein du Parti social-démocrate (SPÖ) dans les années 1970 et 1980. En 1992, il rejoint les Verts, dont il devient le porte-parole en 1997. Deux ans plus tard, il prend la tête du groupe écologiste au Conseil national, la chambre basse du Parlement autrichien.

Sous sa houlette, les Verts deviennent la quatrième force politique du pays, mais il démissionne de son poste en 2008, après une lourde défaite du parti aux élections législatives.

Si la gauche le juge trop à droite, la droite, elle, le voit trop à gauche. Le candidat conservateur chrétien Andreas Khol (ÖVP), défait au premier tour, a dit de lui : "Van der Bellen, c’est une pastèque. Vert à l'extérieur, mais rouge à l’intérieur. Un socialiste, quoi." Le FPÖ le dépeint comme un "gauchiste en habits bourgeois" et son candidat, Norbert Hofer, l'a même qualifié de "fasciste vert".

De son côté, Alexander Van der Bellen a annoncé pendant la campagne qu'en cas de victoire du FPÖ aux législatives de 2018, il refuserait de nommer chancelier le leader du parti d'extrême droite, Heinz-Christian Strache.

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