Pourquoi tout le monde voulait que le Royal Baby soit une Royal Princess

La duchesse Kate et le prince William présentent à la foule leur second enfant, le 2 mai 2015, devant l\'hôpital St Mary de Londres (Royaume-Uni).
La duchesse Kate et le prince William présentent à la foule leur second enfant, le 2 mai 2015, devant l'hôpital St Mary de Londres (Royaume-Uni). (MAXPPP)

Plus la naissance de l'enfant princier approchait, plus les Britanniques espéraient que Kate accouche une petite fille. Francetv info vous dit pourquoi.

"Je suis impatient ! Mais cette fois, j'espère que ce sera une petite fille !"  Papy Charles (alias le prince de Galles, of course) avait peut-être mis la pression sur un innocent fœtus et sur une femme enceinte, mais il avait surtout vu juste ! Après des semaines d'attente, la duchesse de Cambridge, Kate Middleton, a donné naissance à une petite fille, samedi 2 mai, à l'hôpital Saint Mary de Londres.

Francetv info vous dit pourquoi les sujets de sa Majesté, ainsi que la famille royale elle-même, a mené une étrange (et gênante) campagne pro-chromosomes X.

Parce que c'était une fille, c'était évident

Le couple princier avait annoncé, en février, ne pas connaître le sexe du bébé. Depuis, aucune source royale n'avait officiellement évoqué la question, laissant la presse people au bord de la crise de nerfs, agrippée aux précieuses informations d'obscures sources anonymes "proches de la royauté". Façon gorge profonde, ces informateurs de l'intérieur brisaient le silence, rapportant par exemple que Kate, une jeune femme "pas très branchée sucre d'habitude", se gavait de bonbons. "Si ce que l'on dit [sur les envies de sucre] est vrai", rapportait le Daily Mail (en anglais), nul doute qu'une fillette était en route. Kate elle-même avait cette intuition, relayait le site.

Tour à tour, des sources versatiles made in Buckingham Palace ont prédit tantôt la naissance d'une fille, tantôt celle de jumelles, puis d'un garçon, et enfin (à nouveau) d'une fillette, résume Terrafemina. Tout aussi fiable, la vendeuse d'une boutique de vêtements pour enfants assurait que Kate avait passé en revue les tenues pour fillettes lors de sa visite dans son magasin. "Un indice" pro-fille ?, titrait le site People.com (en anglais), mystérieux.

(GIPHY)

A force d'espérer, les Sherlock Holmes en herbe voyaient d'ailleurs des princesses partout. Kate porte du rose lors de sa dernière sortie publique ? "C'est un signe qui ne trompe pas." Elle achète des pots de peinture de trois nuances de rose ? "Ah, vous voyez !" Comme si le cliché voulant que le rose soit la couleur privilégiée des demoiselles avait la valeur scientifique d'une échographie, la presse people s'excite, au point d'annoncer prématurément, fin mars, la naissance de cette pauvre petite. Les auteurs américains de cette "royal bourde", Ok! Usa et Style and Life (en anglais) nous ont même fait le plaisir de raconter en détail l'ambiance électrique dans la salle de travail, logée au fond à gauche du cerveau créatif de leur reporter. 

Parce que persiste le désir morbide de voir renaître
la princesse Diana

Le royaume voulait une nouvelle princesse. Les filles du prince Andrew et de son ex-femme Sarah Ferguson, Beatrice et Eugenie, ont beau porter ce titre, et les chapeaux loufoques qui vont avec, elles n'ont jamais conquis le cœur des Anglais (elles ne sont jamais que des "Royal cousins", conclut, snobinard, le site sofeminine.co.uk.)

 

Les princesses Eugenie et Beatrice, à l\'occasion du festival de courses hippiques Royal Ascot, à Londres, le 19 juin 2014. 
Les princesses Eugenie et Beatrice, à l'occasion du festival de courses hippiques Royal Ascot, à Londres, le 19 juin 2014.  (SUZANNE PLUNKETT / REUTERS )

Depuis la mort de la princesse de Galles, Lady Di, en 1997, sa première descendante était attendue comme le messie. La résurrection. Lors de la première grossesse de Kate, The Guardian (en anglais) s'inquiétait déjà de cette pression attendue sur les épaules de l'héritière. "Cet enfant serait non seulement le premier lien direct féminin avec le tsunami émotionnel que représentait Diana, elle aussi appartiendrait [dès sa naissance] au public", prévenait un édito anxieux. Soit la promesse d'une vie entière sous les flashs, exposée plus que quiconque aux jugements impitoyables de la société.

Pire, le couple princier soulignerait cette filiation en baptisant la fillette Elizabeth Diana, assurait au Sun le journaliste Andrew Morton, biographe de Lady Di, dès septembre. Des amies du couple le lui auraient assuré : s'il s'agit d'une fille, son nom rendra "hommage" à sa défunte mamie.

Pour perpétrer les clichés sexistes

"Si Kate et William élevaient une petite princesse, cela ajouterait à leur charme", prédisait sans rire le site Hollywoodlife (en anglais), dès le mois de novembre. En 2013, si la duchesse de Cambridge avait mis au monde une fille, cette dernière aurait pu accéder au trône en vertu d'une toute nouvelle loi. Cette petite victoire symbolique séduisait les femmes en général, et les féministes en particulier, relevait à l'époque Jezebel (en anglais). Mais puisque le trône n'est plus un enjeu, pourquoi les sondages, lancés notamment par The Mirror, donnaient en moyenne 70% de votants en faveur d'une fille ? Pourquoi les Alice, les Mary et les Margaret avaient-elles la cote chez les bookmakers ? Par pur sexisme, à en juger par les raisons avancées dans la presse britannique. Il ne s'agit plus de régner, non. Il s'agit d'être une "princess" ! Crinière blonde, traîne mauve et couronne en strass.

Dans sa liste des huit raisons pour un Royal Baby féminin, le site Entertainment Tonight (en anglais) déroulait les clichés : "Tout le monde aime les princesses car elles sont dignes et convenables", commençait-il, dans une ambiance très Disney old school. Argument numéro 2 : la garde-robe d'une princesse est forcément plus excitante que celle d'un prince. Et surtout, elle contient "des bijoux". "DES BIJOUX", en majuscule, même. "En gros, on veut voir un bébé avec une tiare !", s'enflammait ET Online, avant de fantasmer à l'idée de préparer dès maintenant le mariage royal de la petite puce. Quant aux "tenues coordonnées entre maman-enfant, c'est le rêve", poursuivait le site. Perspicace, hein ? 

Wendy et Paisley Dickey, Kayla et EverRose Sims, June Shannon et Alana Thompson, Alicia Morgan et Laci Crews, stars de l\'émission \"Toddlers and Tiaras\" (bambins et tiares), participent à l\'émission de télévision américaine \"Anderson\", en février 2012. 
Wendy et Paisley Dickey, Kayla et EverRose Sims, June Shannon et Alana Thompson, Alicia Morgan et Laci Crews, stars de l'émission "Toddlers and Tiaras" (bambins et tiares), participent à l'émission de télévision américaine "Anderson", en février 2012.  (ANDERSON / WARNER BROS TELEVISION )
 

A sa manière, Sofeminine.co.uk est venu compléter cette liste. Selon le site, la naissance d'une petite fille va enfin permettre à George de briller dans le rôle du "grand frère protecteur", tandis que William, lui, ne sera que "plus mignon" en papa poule. Comme diraient ces jeunes princesses de la vidéo ci-dessous dans le cadre d'une campagne pour l'égalité salariale : "What the f... ?" ("C'est quoi, ce bordel ?")

Pour des raisons économiques

La naissance d'un bébé princier se révèle un heureux évènement, y compris sur le front économique. Mais l'histoire a prouvé que les princesses affolaient davantage les chiffres que les petits garçons, explique le site économique du Daily Mail. En moyenne, le Dow Jones a grimpé de 2,4% dans les semaines qui ont suivi les naissances des princesses Anne (1950), Margaret (1930), et Elizabeth (1926), souligne Colin Cieszynski, de CMC Markets, cité par le site du quotidien. A l'inverse, l'augmentation s'est en moyenne limitée à 0,56% à l'occasion de la naissance de garçons. En juillet 2013, le Dow Jones a même affiché une baisse de 0,15% à l'issue de la semaine marquée par la naissance du prince George, poursuit l'économiste, rappelant toutefois que la mi-juillet constitue traditionnellement un mauvais timing sur le plan boursier. 

Enfin, la presse et l'industrie de la mode s'enthousiasment à l'idée de voir une mini-Kate à Buckingham. En 2013 déjà, l'édition britannique de Marie Claire prédisait un avenir de créatrice de tendances à l'héritière potentielle du couple princier, sur le modèle de la maman. Sois belle et vends des vêtements, martèle ainsi la société à cette fille qui ne verra peut-être jamais le jour. Comme si George lui-même, avec sa petite relève de la garde trop mignonne tricotée sur son chandail, n'avait pas d'ores et déjà le potentiel d'un authentique dandy !

Le prince George, fils de Kate et William, en novembre 2014, dans la cour de Kensington Palace, à Londres. 
Le prince George, fils de Kate et William, en novembre 2014, dans la cour de Kensington Palace, à Londres.  ( AFP )
 

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