"J’irai en Libye, en Europe, peu importe, là où je peux travailler", témoigne un jeune Tunisien, malgré le risque des naufrages

Les dépouilles de certaines des victimes du naufrage du 3 juin sont remises à leurs proches à Sfax (Tunisie).
Les dépouilles de certaines des victimes du naufrage du 3 juin sont remises à leurs proches à Sfax (Tunisie). (SOFIENE HAMDAOUI / AFP)

Au moins 40 jeunes gens originaires de Tataouine, au sud-est de la Tunisie, ont péri lors du naufrage d'un bateau de migrants dimanche. Malgré ce lourd tribut, d'autres sont prêts à tenter de rejoindre l'Europe.

Le bilan, encore provisoire du naufrage en Méditerranée dimanche 3 juin, d'un bateau de migrants au large de la Tunisie a atteint 60 morts, selon l'Organisation internationale pour les migrations. Parmi les victimes, figurent de nombreux jeunes gens de Tataouine, au sud-est du pays. Malgré le danger, d'autres sont prêts à tenter le voyage vers l'Europe.

Au moins 40 jeunes de Tataouine ont perdu la vie

Devant une maison modeste du centre-ville de Tataouine, au sud-est de la Tunisie, une mère de famille de famille pleure la mort d'un de ses neuf enfants. Elle prépare ses funérailles, entourée de la fratrie. "J’ai perdu mon mari, il y a 12 ans, indique-t-elle en pleurant. Tous mes enfants sont diplômés mais aucun ne trouve de travail."

On ne s’en sort plus. Que Dieu me donne la force de résister. J’ai connu beaucoup de choses dures dans ma vie, mais là, non, je ne laisserai pas mon deuxième fils partir.Une mère de famille qui a perdu l'un de ses fils dans le naufrageà franceinfo

La famille et les voisins se sont réunis autour du corps de la victime. Le frère de la victime du naufrage, 24 ans, devait lui aussi grimper à bord de l'embarcation. "On était trop nombreux, témoigne-t-il. Au dernier moment, le passeur m’a dit de patienter encore quatre jours avant de pouvoir partir à mon tour." Malgré la tournure dramatique des événements, le jeune homme affirme qu'il est prêt à tenter de rejoindre l'Europe par la mer : "Vous savez, j’irai en Libye, en Europe, peu importe, là où je peux travailler."

Une région où "il n'y a rien"

Abdellatif Rhida, un habitant de 40 ans de Tataouine, n’en peut plus de voir les jeunes de sa ville se "suicider en mer", dit-t-il, malgré la révolution de 2011. 

Après la révolution, on a vraiment eu une démocratie, mais on n’a que ça. Ça ne suffit pas.Abdellatif Rhida, un habitant de Tataouineà franceinfo

"On est dans une région où les hommes d’affaires n’investissent pas. Il n’y a rien", poursuit-il. Pour lui, le coupable, c’est l’État, qui "ne surveille pas assez les frontières". "L’État n’a pas de solutions pour les jeunes. Il s’en débarrasse", lance-t-il. 

Mardi, 40 victimes du naufrage vont être enterrées, alors que d'autres familles attendent toujours que les sauveteurs retrouvent enfin le corps de leurs fils. Une quarantaine d'autres personnes sont encore portées disparus.

La ville de Tataouine paye un lourd tribu après le naufrage du 3 juin - un reportage en Tunisie de Maurine Mercier
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