VIDEO. Quand les migrants font demi-tour, les seuls gagnants sont les passeurs

Quand les réfugiés d'Irak ou de Syrie, à bout de souffrances, préfèrent faire marche arrière vers la Turquie… Sur la rivière Evros, aux confins grecs de l'Union européenne, les seuls gagnants sont les passeurs. Extrait du magazine "Avenue de l'Europe".

En Grèce, où des milliers de réfugiés d'Irak ou de Syrie restent bloqués pendant des mois, parfois dans des conditions effroyables comme sur l'île de Lesbos, certains se résignent à faire marche arrière. Or la Turquie, contrainte par l'accord de mars 2016 avec l'UE de "reprendre" les clandestins débarqués en Grèce, n'accepte que ceux qui sont arrivés par les îles. Paradoxe : hier, les migrants cherchaient par tous les moyens à rejoindre l'Europe ; aujourd'hui, certains doivent entrer en clandestinité pour la quitter...

Soufli, sur la rivière Evros, point de passage obligé des candidats au retour. Le fief des passeurs. L'équipe du magazine s'installe sur la place du village pour attendre discrètement l'arrivée des bus de Thessalonique. Des réfugiés en descendent. L'un d'eux accepte de parler à Frédérique Maillard et Salah Agrabi. 

Un nouveau "marché" pour les passeurs

Khaled est un Kurde de Syrie. Ce n'est pas un clandestin : il a obtenu le droit d'asile en Allemagne, mais le regroupement familial lui a été refusé. Ses enfants sont malades dans le camp où ils se trouvent, explique-t-il. Khaled dit avoir fait cinq demandes de visa pour aller les voir – toutes rejetées par l'ambassade de Turquie."Même si j'ai des papiers, explique-t-il en brandissant son passeport, je suis obligé de payer un passeur pour retrouver ma famille en Turquie." 

"Le passeur m'a prévenu que c'était dangereux, mais il m'a dit de ne pas m'inquiéter. Il m'a dit 'je serai là pour t'aider'…" Khaled va devoir, de nuit, longer les rails jusqu'à la rivière Evros, zone militaire interdite.

Jusqu'à 30 personnes par jour, à 1 500 euros chacune

Khaled a-t-il réussi ? Il a laissé aux journalistes le numéro de téléphone de son passeur. Après plusieurs jours, le caméraman de l'équipe, Salah Agrabi, parvient à le contacter. Après s'être assuré que Khaled a pu passer en Turquie, il lui pose quelques questions en arabe.

Combien prend-il par personne ? "1 500 euros." Combien de personnes fait-il passer par jour vers la Turquie ? "Quinze, vingt, parfois même trente personnes." Une fortune assurée... d'autant que les passages clandestins vers la Turquie se multiplient. Cette année, la police grecque a arrêté trente passeurs.

Extrait de "Grèce : pris au piège", un reportage diffusé dans "Avenue de l'Europe" le 24 janvier 2018.

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