VIDEO. La politique d'asile en France et en Europe vue par Bénédicte Jeannerod (Human Rights Watch)

Avenue de l'Europe/France 3

"Avenue de l'Europe" consacrait son numéro de janvier 2018 à la situation des réfugiés sur le sol européen. Bénédicte Jeannerod, directrice France de l'ONG de défense des droits de l'Homme Human Rights Watch, était l’invitée de l’émission.

Alors que le gouvernement français présente un projet de loi sur l'asile et l'immigration, "Avenue de l'Europe" consacrait un numéro spécial au sort des réfugiés en Europe. La directrice France de Human Rights Watch, organisation non gouvernementale internationale qui se donne pour mission de défendre les droits de l'Homme, était l’invitée de l’émission présentée par Véronique Auger.

En matière de droit d'asile, l'Allemagne est-elle aussi exemplaire que le dit sa réputation (et le reportage d'"Avenue de l'Europe") ? En accueillant plus d'un million de personnes en à peine deux ans dans un contexte de xénophobie montante, "Angela Merkela a fait preuve d'un très grand courage politique", souligne Bénédicte Jeannerod. Un exemple – sauf en ce qui concerne le regroupement familial, actuellement suspendu – que les autres pays européens n'ont pas suivi...

Comment expliquer que la France échoue là ou l'Allemagne réussit ? Principalement par "un manque de volonté politique, de la part de François Hollande comme d'Emmanuel Macron". L'actuel président "a des mots forts sur l'obligation morale de l'Europe d'accueillir des personnes qui fuient leur pays. Malheureusement, on voit encore beaucoup de contradictions entre les discours et les actes".

Que penser de la nomination d'un chargé de la mission d'intégration ? Le député LREM Aurélien Taché veut "repenser l'ensemble du système" pour accélérer les procédures. "Plus vite, oui, mais pas plus expéditif", souligne Béatrice Jeannerod, estimant que l'Ofpra (l'Office français de protection des réfugiés et apatrides) peut réellement réussir à réduire les délais d'instruction. Sur les efforts pour assurer l'intégration, en particulier l'apprentissage de la langue et l'accès à l'école, "la France a failli à de nombreux égards", il reste beaucoup à faire. 

L'accélération des retours forcés, avec les "dublinés" (ceux dont la demande d'asile ne correspond pas au pays d'entrée ainsi que le veut le traité de Dublin) renvoyés par exemple en Grèce, dans les conditions décrites par le reportage d'"Avenue de l'Europe" ? Un traité "absurde" qui fait peser tout le poids de l'immigration sur la Grèce et l'Italie, les deux principaux points d'entrée dans l'UE. L'invitée du magazine prône "une meilleure répartition des responsabilités", dont "la France peut prendre plus".

Les résultats de l'accord entre l'UE et la Turquie ? "Un accord symbolique de la manière de l'UE […] de tout faire pour que les migrants n'arrivent pas jusqu'à l'Europe, par le biais d'accords avec des pays tiers problématiques en matière de droits humains (Turquie, Libye...). Une énorme contradiction entre les valeurs affichées et la manière dont les pays membres délèguent la responsabilité de l'immigration à l'extérieur de l'Europe." 

L'initiative d'Emmanuel Macron de repérer les demandeurs d'asile en amont, au Niger ? "Une initiative intéressante", du fait que "l'Ofpra travaille avec le HCR" (le Haut-Commissariat pour les réfugiés de l'ONU, chargé d'identifier les personnes qui relèvent du droit d'asile), mais "pas suffisante". "Il faudrait qu'il bénéficie à un plus grand nombre de personnes que les 3 000 qui ont été annoncées."

Une interview diffusée dans "Avenue de l'Europe" le 24 janvier 2018.

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