Un routier à Calais : "Cinq migrants sont entrés dans ma remorque, sur la rocade"

Des migrants aux abords d\'une route, près de Calais (Pas-de-Calais), le 22 mai 2015.
Des migrants aux abords d'une route, près de Calais (Pas-de-Calais), le 22 mai 2015. (PASCAL ROSSIGNOL / REUTERS )

Comment les migrants s'introduisent-ils dans les camions pour tenter de passer en Angleterre ? Témoignage d'un chauffeur routier.

Pour les chauffeurs routiers, la situation reste tendue à Calais. L'évacuation de deux campements, mardi 2 juin, n'y a rien changé.  D'un côté, des centaines de migrants bloqués dans cette ville portuaire du Pas-de-Calais cherchent à passer en Angleterre. De l'autre, les routiers veulent éviter toute incursion à bord avant d'embarquer sur un bateau : si la police britannique trouve des clandestins dans leur véhicule, ils risquent au mieux une amende, au pire la prison.

Alors que francetv info a révélé, mardi 2 juin, l'explosion du nombre d'interceptions de migrants dans les poids lourds s'apprêtant à traverser la Manche, un chauffeur routier, José Zydower,  43 ans, salarié de l'entreprise Norbert Dentressangle depuis huit ans et demi, avait raconté à francetv info les précautions prises afin d'éviter d'avoir des clandestins à bord. Il avait alors souligné que cela ne lui était pas arrivé depuis deux ans. 

"Plusieurs migrants ont rabattu le rétroviseur"

Mais jeudi 4 juin, il nous envoie ce SMS pour témoigner que le problème reste brûlant : "Je suis sur le port de Calais, j'attends la police, cinq clandestins sont entrés dans ma remorque sur la rocade lors d'un bouchon."

Joint par francetv info, il raconte. Une file d'attente s'était formée devant le port vers 14h30-15 heures. "C'était un entonnoir à une heure de pointe, une situation toujours difficile. Quand il y a des embouteillages, les migrants ont davantage le temps d'entrer dans la remorque. Et là, c'est ce qui s'est passé : plusieurs d'entre eux sont montés sur le marchepied, à l'avant, pour rabattre le rétroviseur.  Pendant ce temps-là, d'autres se sont introduits à l'arrière".

Le câble autour de la remorque était coupé

Comment l'a-t-il su ? "Evidemment, je n'ai rien vu puisque ça se passait à l'arrière et que le rétro avait été rabattu, mais dans ce cas-là, les collègues préviennent. Ça klaxonnait dans tous les sens. Je suis descendu. J'ai vu que le plomb qui maintient le cordon-tir passé autour de la remorque et des bâches, pour que personne n'entre, avait été coupé."

Consigne est donnée aux chauffeurs de laisser la police agir et de ne surtout pas vérifier ou évacuer eux-mêmes la remorque. Arrivé au port, José Zydower prévient donc la chambre de commerce et la police de l'air et des frontières de la présence de migrants dans son véhicule. Les policiers ouvrent la remorque et constatent "qu'ils sont deux, une dame d'une trentaine d'années, un jeune homme du même âge, probablement africains". Ils sont deux alors qu'un chauffeur l'avait prévenu avoir vu cinq personnes monter à bord, mystère qu'il ne s'est pas expliqué.

"La police les a ramenés à la rocade"

Et ensuite ? "La police de l'air et des frontières les a ramenés à la rocade. La plupart des migrants vivent sur la zone industrielle des Dunes, derrière le port, où il y a un gros campement." Pour le couple de migrants découvert, retour donc au point de départ, jusqu'à une nouvelle tentative pour gagner l'Angleterre. Quant au chauffeur routier, ça l'a ralenti de "deux heures et demie. Pour embarquer la remorque à bord du bateau, il faut d'habitude vingt minutes."

De son côté, la police de l'air et des frontières, jointe par francetv info, assure qu'elle n'a pas trouvé plus de migrants dans les remorques ce jour-là que d'habitude. Et que le démantèlement des deux camps, qui étaient, selon elle, "des camps résiduels", n'a rien changé à la situation du port.  Scène ordinaire d'un jour ordinaire à Calais.