Réforme de la politique migratoire de l'UE : "La Commission a évité un blocage total des gouvernements populistes", estime l'eurodéputée Fabienne Keller

Fabienne Keller, députée européenne Agir, en février 2019. 
Fabienne Keller, députée européenne Agir, en février 2019.  (ALEXIS SCIARD / MAXPPP)

Le texte présenté ce mercredi par la Commission européenne doit permettre aux États de choisir s'ils désirent accueillir des migrants ou non. Mais l'élue Agir est convaincue que la grande majorité d'entre-eux garderont leurs frontières ouvertes aux demandeurs d'asiles.

La Commission européenne présente, mercredi 23 septembre, sa proposition de réforme de la politique migratoire européenne. Si le texte passe en l'état, chaque pays membre de l'UE pourra participer soit à l'accueil des migrants, soit à la lutte contre les passeurs, "à la carte", au moyen de contributions financières.

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Fabienne Keller, députée européenne (groupe PPE, droite), membre du groupe Agir, et rapporteure au Parlement européen sur la révision de ce dispositif, a estimé, sur franceinfo, que par ce texte - une "proposition pragmatique" selon elle - "la Commission a évité un blocage total des gouvernements populistes". Pour l'eurodéputée, la proposition de la Commission européenne n'est pas parfaite, mais elle constitue "un bon point d'équilibre".

franceinfo : Est-ce que ce n'est pas une victoire pour des pays comme la Hongrie ou l'Autriche, ceux qui ne voulaient accueillir personne ?

Fabienne Keller : C'est un principe de solidarité qui est proposé. Avec, en cas de crise ou de débordement d'un pays de première entrée - typiquement la Grèce - la possibilité d'appeler d'autres États membres à prendre en charge une partie des migrants.

La Commission, a dès à présent évité un blocage total des gouvernements populistes, notamment la Hongrie et la Pologne, en leur proposant une alternative.Fabienne Keller, eurodéputéeà franceinfo

C'est vrai qu'on aurait préféré un dispositif vraiment européen, le même pour tous les États membres, mais cela évitera un blocage, comme on en a connu sur les propositions précédentes. La catastrophe de Moria [incendies dans le plus grand camp de migrants d'Europe à Lesbos, en Grèce], nous a montré qu'il faut avancer.

Est-ce qu'en offrant cette possibilité de ne pas accueillir de migrants, on ne risque pas d'allonger la liste des États membres qui ne veulent pas en accueillir ?

Il faut reconnaître aussi que c'est une proposition pragmatique. Parce qu'aujourd'hui, les migrants ne souhaitent pas non plus demander l'asile en Hongrie et en Pologne ; ils savent qu'ils seront refusés. Je crois que tous les autres États membres ont à cœur de respecter la Convention de Genève : accueillir ceux qui demandent l'asile, parce qu'ils fuient la guerre ou qu'ils sont persécutés pour des raisons liées à leurs convictions, à leur situation sociale. Donc c'est une exception. Je ne peux pas croire qu'elle va s'étendre. Mais il y a d'autres aspects dans ce pacte ; il y a par exemple la volonté de négocier avec les pays d'origine et de transit des personnes qui viennent rechercher refuge en Europe. Il y a une volonté aussi de raccourcir les délais.

Ça veut dire obliger des pays comme la Tunisie, la Turquie, l'Algérie, à retenir plus fermement les migrants ?

On a des accords avec eux, des aides au développement, une relation entre grands États et relations commerciales. On pourra ouvrir plus, de manière plus transparente et plus ouverte, un volet sur l'asile et la migration, sur les retours, mais aussi sur la migration légale, qui, je le regrette un peu, est reporté à l'année prochaine, mais quand même. C'est mettre du pragmatisme dans les relations, mais aussi une volonté partagée de gérer avec humanité et s'entraider. Des procédures plus rapides, tout en respectant les droits de l'ensemble des personnes, ce droit essentiel de recours à l'asile.

Cela pourra soulager certains pays européens où arrivent ces migrants par la Méditerranée, la Grèce, l'Italie, l'Espagne. Jusqu'à présent, le premier pays européen traversé par les demandeurs d'asile devait traiter administrativement ce dossier. Cela veut dire que la France va traiter davantage de dossiers dans les années à venir ?

La France en traite déjà beaucoup parce qu'elle est un des principaux pays de ce qu'on appelle la migration secondaire. C'est-à-dire que les migrants entrent dans un pays, comme l'Espagne ou l'Italie, et essayent de se déplacer s'ils le peuvent, pour déposer leur demande dans un pays où ils pensent qu'il sera mieux traité. Donc, pour la France la situation en terme de nombre de demandes d'asile ne devrait pas évoluer très fortement. Un pilotage de ces questions, ensemble, sera engagé.

Nous avons des frontières communes, il faut donc qu'on gère nos frontières ensemble, et donc la migration et la demande d'asile de manière clairement coordonnée.Fabienne Kellerà franceinfo

C'est une volonté forte. Franchement, c'est un domaine où, depuis cinq ans, on n'arrive pas à avancer. La proposition de la Commission n'est pas parfaite, mais elle constitue un bon point d'équilibre et une vraie volonté d'avancer sur ce dossier tellement sensible.

Il faut aussi se poser la question du lieu où les demandeurs d'asile souhaitent se rendre ?

Bien sûr, c'est un parcours de vie. Chaque migrant est une personne, un membre d'une famille. Ils doivent être respectés dans leur parcours. Bien sûr, nous avons des règles : nous ne pouvons pas accueillir tous ceux qui souhaitent travailler en Europe mais nous devons, avec humanité et générosité, mettre en œuvre les règles communes que nous avons fixées. C'est tout le défi de cette politique de migration. Mais il faut bien sûr tenir compte des aspirations et des personnes qui viennent.

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