Pourquoi l'Allemagne a choisi de s'ouvrir aux réfugiés

Un migrant brandit une photo de la chancelière allemande Angela Merkel à son arrivée en gare de Munich (Allemagne), le 5 septembre 2015.
Un migrant brandit une photo de la chancelière allemande Angela Merkel à son arrivée en gare de Munich (Allemagne), le 5 septembre 2015. (MICHAEL DALDER / REUTERS)

Le ministre de l'Economie allemand estime que son pays peut se permettre d'accueillir, à terme, un demi-million de réfugiés par an. La France, deuxième contributeur en Europe, doit en recevoir 24 000 sur deux ans.

Alors qu'en France, le débat fait rage sur l'opportunité d'accueillir 24 031 réfugiés lors des deux ans à venir, comme l'a annoncé François Hollande, lundi 7 septembre, un de nos voisins accueille les migrants à bras ouverts : l'Allemagne. Le pays s'est engagé à recevoir le plus grand nombre de demandeurs d'asile (31 443) parmi les pays de l'Union européenne, et ne compte pas s'arrêter là. Lundi, son ministre de l'Economie et vice-chancelier Sigmar Gabriel a estimé que le pays pouvait "certainement gérer un chiffre de l'ordre du demi-million [de réfugiés] pendant plusieurs années". Les manifestations de générosité se sont multipliées de la part des habitants, notamment à Munich, où plus de 30 000 migrants sont arrivés d'Autriche entre samedi et lundi.

Mais comment expliquer une attitude si ouverte, quand ses voisins européens sont bien plus timorés ? Francetv info liste les raisons possibles.

L'Allemagne a besoin des migrants 

L'arrivée massive de réfugiés pourrait être une aubaine dans un pays inquiet pour sa démographie. Le taux de naissances en Allemagne est un des plus bas au monde, la moyenne d'âge de sa population augmente, et les projections démographiques prédisent que le pays comptera environ 10 millions d'habitants de moins en 2060. 

Une situation qui fait redouter une pénurie de main d'œuvre outre-Rhin : 1,8 million de travailleurs manquants dès 2020, estime l'institut Prognos. Aujourd'hui, on cherche par exemple 140 000 ingénieurs, programmateurs et techniciens, selon la fédération des employeurs BDA. "Si nous arrivons à les intégrer rapidement dans le marché du travail, nous aiderons les réfugiés, et nous nous aiderons nous-mêmes", affirmait il y a quelques jours le président de la fédération des industries allemandes.

Avant même l'arrivée des réfugiés, l'Allemagne a connu un boom de l'immigration ces dernières années. Angela Merkel vient d'ailleurs d'annoncer, lundi, parallèlement à l'afflux de réfugiés, une plus grande ouverture aux migrants économiques en provenance des Balkans.

Son économie est suffisamment forte pour les accueillir

Si le ministre de l'Economie allemand, Sigmar Gabriel, est si confiant dans la capacité de son pays à accueillir plus de réfugiés que ses voisins, c'est parce que l'Allemagne "est économiquement un pays fort", a-t-il expliqué lundi à la télévision. Les indicateurs sont positifs.

La croissance existe, même si elle était un peu plus faible qu'attendu au deuxième trimestre (+0,4%). Le taux de chômage a légèrement augmenté en août, mais ne s'élève qu'à 6,4%, selon les chiffres officiels. Eurostat donne même un chiffre bien plus bas, 4,7% en juillet, le taux plus faible de la zone euro.

Angela Merkel a le soutien de l'opinion publique

Si l'on en croit un sondage publié par Le Parisien, dimanche, 55% des Français interrogés estiment que la France ne doit pas assouplir les conditions d'obtention de l'asile, "comme l'a fait l'Allemagne", précise la question. Outre-Rhin, en revanche, cette politique bénéficie d'un relatif consensus. Selon un sondage de la chaîne ARD, le 4 septembre, 59% des personnes interrogées ne craignent pas l'arrivée de nombreux réfugiés, et 22% pensent même que leur pays devrait en accueillir d'avantage.

Et même en considérant que ce choix constitue un risque politique pour Angela Merkel, celle-ci dispose d'une cote de popularité assez confortable. Toujours selon ARD, son taux d'opinions favorables, bien qu'en baisse de 4% en août, reste de 63%.

Tout n'est pas rose pour autant. Dans la nuit de dimanche à lundi, un incendie criminel a fait six blessés dans un foyer de réfugiés. Un second incendie a ravagé, lundi, un site vide qui devait abriter des migrants, cette fois-ci en Allemagne de l'Est. Dans cette région où le chômage est bien plus élevé (9,2%) que dans le reste de l'Allemagne, ils sont 46% à avoir peur d'un afflux de réfugiés.

Après l'épisode grec, l'Allemagne veut changer son image

Cet été, quand les négociations sur le plan de sauvetage de la Grèce battaient leur plein, les critiques ont plu sur l'Allemagne, accusée d'être intransigeante face à la détresse du peuple grec. Une image totalement bouleversée depuis quelques semaines. L'Allemagne est passée du rôle "de commissaire à l'austérité à celui d'hôte bienveillant", s'est réjoui lundi le quotidien conservateur Die Welt, quand le Süddeutsche Zeitung, un autre quotidien, saluait l'avènement d'une "nouvelle Allemagne". Même le ministre des Finances, Wolfgang Schäuble, symbole de la rigidité du pays lors des négociations sur la Grèce, a promis mardi que l'Allemagne ferait les efforts budgétaires nécessaires pour accueillir les nouveaux arrivants.

Cette séquence est aussi l'occasion pour Angela Merkel de tourner la page d'un épisode peu glorieux : en direct à la télévision, en juillet, la chancelière avait fait pleurer une adolescente palestinienne réfugiée en lui expliquant que l'Allemagne ne pouvait pas accueillir tous ceux qui le souhaitaient. Son attitude, perçue comme manquant de sensibilité, avait été très critiquée sur les réseaux sociaux. La jeune fille devrait, finalement, bénéficier d'un nouveau permis de séjour.

A moins que les Allemands ne cherchent à réparer des erreurs d'un passé plus lointain. S'adressant à la presse, lundi, Angela Merkel a prononcé une phrase qui en dit long : "Je me réjouis que l'Allemagne soit devenue un pays auquel les gens associent de l'espoir, c'est quelque chose de très précieux si on regarde notre histoire." 

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