Migrations en Europe : "L'hystérisation des débats" ne permet pas "une vraie politique européenne"

Emmanuel Macron et la chancelière allemande Angela Merkel, le 19 juin 2018, à Meseberg, à 70 km de Berlin.
Emmanuel Macron et la chancelière allemande Angela Merkel, le 19 juin 2018, à Meseberg, à 70 km de Berlin. (LUDOVIC MARIN / AFP)

L'universitaire Yves Pascouau, spécialiste des politiques européennes, explique, mardi, que "l'affaire de 'l'Aquarius' donne l'impression qu'on est revenu à l'été 2015, quand il y avait un million de personnes qui arrivaient sur le territoire de l'Union européenne".

"Les chefs d'État et de gouvernement" en Europe subissent "la rébellion des ministres de l'Intérieur" sur la crise migratoire, comme c'est le cas en Allemagne, a estimé, mardi 19 juin sur franceinfo, Yves Pascouau. Le chercheur à l'université de Nantes et fondateur du blog Europeanmigrationlaw.eu a défendu l'idée d'"une hystérisation des débats qui est due à la montée en puissance de formations politiques et de gouvernements, d'extrême droite ou de droite extrême", alors que le sujet s'est invité au sommet franco-allemand organisé à Meseberg, à 70 km de Berlin.

franceinfo : Des solutions peuvent-elles réellement sortir de ce genre de sommet ?

Yves Pascouau : Cette réunion se tient dans un contexte d'hystérisation des débats. Toute la focalisation de l'affaire de "l'Aquarius" donne l'impression qu'on est revenu à l'été 2015, quand il y avait un million de personnes qui arrivaient sur le territoire de l'Union européenne et où Schengen était proche de l'explosion. Aujourd'hui, tous les chiffres démontrent que les arrivées ont fortement diminué. La zone Schengen a été très renforcée avec un corps européen de gardes-frontières. On a une hystérisation qui est due à la montée en puissance de formations politiques et de gouvernements, d'extrême droite ou de droite extrême. Tout ce contexte fait que la question devient tout à fait centrale et prioritaire.

Est-ce qu'Angela Merkel a les coudées franches ?

Elle est face à une pression forte de la part de son ministre de l'Intérieur. Mais, si on regarde la carte européenne, on a l'impression qu'il y a une rébellion des ministres de l'Intérieur. Le ministre de l'Intérieur allemand [Horst Seehofer] a mis une pression très claire sur la chancelière allemande. Le ministre de l'Intérieur italien, Matteo Salvini, est aux avant-postes de toute une série d'actions qui vont à rebours de ce qui s'est fait jusqu'à présent avec les fermetures des ports. Le secrétaire d'État belge à l'immigration, Theo Francken, en cavalier seul, tient des propos extrêmement durs qui ne sont pas très éloignés des actions qui sont mises en œuvre par Mateo Salvini. On a des ministres de l'Intérieur qui sont en train de mettre la pression sur les chefs d'État et de gouvernement. Ces ministres de l'Intérieur sont en train de renverser la vapeur.

Comment sortir de cette situation et reconstruire une politique européenne ?

C'est tout l'enjeu. Reconstruire nécessite de prendre la mesure des choses. 2015 a été un premier choc pour les États membres qui ont dû adopter un ensemble de mesures pour réagir à la situation. Aujourd'hui, on se retrouve face à un deuxième choc qui est de pouvoir répondre en interne au sein même des gouvernements et entre les États. La solution ne passera pas par une réaction aux chocs externes et internes, elle passera par la nécessité d'avoir une vision politique. Malheureusement, je ne pense pas que le contexte politique actuel permette d'avoir une vision stratégique de ce à quoi doit correspondre une vraie politique européenne d'immigration et d'asile.