Migrants : les trois enseignements du rapport de l'OCDE

Des réfugiés à bord de deux canots pneumatiques arrivent en provenance de la Turquie sur l\'île grecque de Lesbos, le 22 septembre 2015.
Des réfugiés à bord de deux canots pneumatiques arrivent en provenance de la Turquie sur l'île grecque de Lesbos, le 22 septembre 2015. (YANNIS BEHRAKIS / REUTERS )

Dans son rapport 2015 sur les perspectives des migrations internationales, l'Organisation de coopération et de développement économiques dresse un bilan plutôt sombre de la situation actuelle. 

"Les dirigeants européens doivent prendre une position historique face à cette tragédie humanitaire." Le secrétaire général de l'OCDE, Angel Gurria, a lancé cet appel en présentant, mardi 22 septembre, le rapport annuel de l'Organisation de coopération et de développement économiques sur les migrations.

Alors que les dirigeants européens se réunissent mardi et mercredi septembre à Bruxelles pour trouver une réponse commune à la crise des migrants et des réfugiés, l'OCDE appelle ses 34 pays membres à élaborer une stratégie politique globale sur cette question. Voici les trois enseignements du rapport. 

1Un million de demandes d'asile en 2015, un record

Globalement, les flux migratoires vers les pays riches de l'OCDE sont en hausse pour la première fois depuis 2007 et se retrouvent à leur niveau d'avant la crise, avec 4,3 millions d'entrées en 2014 dans les pays de la zone OCDE.

Plus spécifiquement, les demandes d'asile ont augmenté de 46% en 2014, dépassant 800 000 pour la première fois, leur niveau le plus haut depuis vingt ans. Avec les réfugiés qui fuient en masse la guerre en Irak et en Syrie, l'Union européenne peut s'attendre à un record d'un million de demandes d'asile pour 2015. L'organisation chiffre à un peu moins de la moitié, "350 000 à 450 000", le nombre de personnes qui pourront bénéficier de ce statut, dont un quart d'enfants, selon l'Unicef. 

Après avoir longtemps été l'un des trois principaux pays de destination des demandeurs, la France est seulement sixième, derrière l'Allemagne, les Etats-Unis, la Turquie, la Suède et l'Italie. En 2014, la France est "le seul pays parmi les dix principaux pays d'accueil à ne pas avoir connu d'augmentation des flux de demandeurs d'asile", pointe le rapport.  

2Cette crise migratoire "sans précédent" risque de durer

Pour l'instant, les 28 pays de l'Union européenne sont appelés à se répartir 120 000 personnes, alors que quatre fois plus de migrants ont déjà rallié l'Europe depuis janvier, selon le Haut-commissariat de l'ONU aux réfugiés (HCR). 

Une solution décriée par l'OCDE, qui met en garde l'Europe. "A court terme, les perspectives sont minces de voir la situation se stabiliser significativement dans les principaux pays d'origine", prévient l'organisation qui voit "des flux importants en perspective dans les années à venir".

L'OCDE liste le conflit en Syrie, les incertitudes sur la Libye, l'instabilité en Afghanistan et en Irak, mais aussi "les facteurs économiques et démographiques dans les pays d'Afrique subsaharienne", qui "vont continuer à pousser à émigrer, de même que la pauvreté élevée et le chômage dans les Balkans occidentaux".

Selon l'organisation, à défaut d'un plan d'urgence couplé à une politique de long terme, "l'inquiétude suscitée par les questions de migration atteint des sommets et les sentiments anti-immigrés se propagent"

3"L'Europe a les moyens et l'expérience pour répondre à cette crise"

Dans son rapport, l'OCDE se veut malgré tout positif : l'Europe a "la capacité et l'expérience" nécessaires pour faire face à la crise des réfugiés. Elle est mieux équipée que dans les années 1990, quand des millions de personnes ont fui les guerres d'ex-Yougoslavie. 

Jean-Christophe Dumont, le chef de la division des migrations internationales à l'OCDE, en veut pour preuve le nombre "gérable" de réfugiés par rapport à la population européenne, et l'arsenal législatif et juridique dont l'UE s'est dotée ces dernières décennies.

Dans ce contexte, "la parole publique est déterminante", ajoute-t-il, car "les faits sont là : la migration n'a pas d'impact négatif sur le marché du travail, elle ne renforce pas les déficits budgétaires, les immigrés contribuent plus qu'ils ne reçoivent en bénéfices individuels". Et ce d'autant plus que les réfugiés syriens "sont plus qualifiés que d'autres migrants". "Cela ne menace pas notre identité. Mais évidemment, c'est un message qui ne marche pas du jour au lendemain, il faut expliquer et répéter", insiste Jean-Christophe Dumont.

L'OCDE recommande ainsi de trouver une réponse politique commune, qui permettra d'accélérer le traitement des demandes d'asile, mais aussi d'aider les pays moins riches comme la Pologne, la Hongrie et la Bulgarie, qui ont besoin d'un coup de pouce financier de la part de leurs partenaires européens pour faire face à cet afflux de réfugiés.

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