Migrants : "Le pape a deux langages", un "quand il y a 200 millions de téléspectateurs" et un autre "devant un public plus réduit"

Le pape François lors de la bénédiction \"Urbi et Orbi\", le 25 décembre 2017.
Le pape François lors de la bénédiction "Urbi et Orbi", le 25 décembre 2017. (ANDREAS SOLARO / AFP)

Pour le spécialiste de l’histoire des religions, Odon Valet, "le pape François réconforte ceux qui pensent comme lui, que les migrants ne peuvent pas être renvoyés chez eux. Mais en même temps on ne peut pas accueillir tous les migrants".

Lors de la traditionnelle bénédiction "Urbi et Orbi", lundi 25 décembre, le pape François a notamment plaidé une nouvelle fois pour l’accueil des migrants. Un discours suivi par 50 000 personnes, au Vatican mais qui reflète un sujet sur lequel il a "deux langages" a affirmé Odon Valet, spécialiste de l’histoire des religions, lundi 25 décembre sur franceinfo.

franceinfo : Qui s’exprime sur Jérusalem, le pape ou le chef d’Etat ?

Odon Valet : C’est un peu des deux. Le Saint-Siège est sur la même position que le gouvernement français. Il est contre le gouvernement américain qui fait de Jérusalem le lieu de son ambassade et contre le Premier ministre israélien [Benyamin Netanyahou] qui estime que tout Jérusalem appartient à Israël. Le plus important, ce n’est pas tant Jérusalem, ce sont les migrants, les migrants d’Afrique et d'ailleurs. Au fond, le pape est un peu comme la fac de droit de Grenoble qui accueille des migrants, comme les fameuses républiques des Escartons qui, dans les siècles passés, ont accueilli des Vaudois, des protestants et maintenant accueillent des réfugiés en masse et sont solidaire de ces réfugiés, notamment d’Afrique.

Les migrants semblent être le fil directeur de son pontificat ?

Oui, il en parle énormément. Et en plus en Italie, il y a de gros problèmes actuellement car les nouvelles autorités autrichiennes, très à droite, aimeraient une rectification de frontière au profit de l'Autriche. L’extrême droite se trouve dans beaucoup de pays européens, elle est anti-migrants. La circulaire Collomb, qui voudrait renvoyer plus facilement les migrants dans leurs pays d’origine, est tout à fait contraire à ce que dit le pape François. D'ailleurs Nathalie Loiseau, ministre des Affaires européennes et catholique pratiquante a donné une interprétation de la circulaire Collomb très accommodante.

A travers ce type d’allocution, le pape peut-il avoir du poids ?

‘Le pape combien de divisions ?’ disait Staline. Il n'en a aucune. Mais je pense qu'il a quand même une certaine influence. Le pape François réconforte ceux qui pensent comme lui, que les migrants ne peuvent pas être renvoyés chez eux. Mais en même temps on ne peut pas accueillir tous les migrants. Et cela le pape François le dit mais le dit plus discrètement. Il a deux langages, un langage quand il y a 200 ou 300 millions de téléspectateurs comme aujourd'hui ou hier soir à la messe de minuit, avec un ton très dur pour la protection des migrants. Et devant un public plus réduit et plus choisi, il dit qu'on sait qu'on ne peut pas accueillir tous les migrants. C'est sa cinquième bénédiction de Noël.

Y a-t-il eu une évolution depuis ces années ?

Oui, il y a eu une évolution car le pape François a quand même plus de 81 ans. Il sait que les années lui sont comptées, qu’il faut parler assez fort, et parfois durement pour être entendu. Il y a eu certains discours violents, mais là, c’est un discours s’adressant aux politiques, aux chefs d’Etats mais aussi aux chrétiens qui accueillent les migrants, qui les protègent en Italie, ou encore en Allemagne, ou à Paris. Il conforte les troupes catholiques pro-migrants. Mais il faut savoir qu'il y a des catholiques qui votent pour l'extrême droite et qui ne sont pas pro-migrants. Le pape souhaite que les querelles religieuses passent au second plan, ce qui est premier, c’est l’accueil de l'être humain.  

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