Migrants : "La situation est catastrophique" à la frontière turco-grecque, alerte Médecins du monde

Philippe de Botton, président de Médecins du monde, le 5 mars sur franceinfo.
Philippe de Botton, président de Médecins du monde, le 5 mars sur franceinfo. (FRANCEINFO / RADIO FRANCE)

C'est la "conséquence de l'incurie et de l'impuissance de l'Union européenne qui a laissé filer cette crise", dénonce son président, Philippe de Botton.

Des dizaines de milliers de personnes ont afflué vers la Grèce depuis que le président turc Recep Tayyip Erdogan a ordonné vendredi l'ouverture des frontières de son pays. Une situation "absolument lamentable" alerte jeudi 5 mars sur franceinfo Philippe de Botton, président de Médecins du monde qui dénonce une "conséquence de l'incurie et de l'impuissance de l'Union européenne qui a laissé filer cette crise, qui n'est pas une crise migratoire, qui est simplement une crise de l'accueil et de la solidarité".

franceinfo : Quel est votre regard sur ce qui est en train de se passer à la frontière entre la Turquie et la Grèce ?

Philippe de Botton : La situation est absolument lamentable, catastrophique. C'est la conséquence de l'incurie et de l'impuissance de l'Union européenne qui a laissé filer cette crise, qui n'est pas une crise migratoire, qui est simplement une crise de l'accueil et de la solidarité. Nous, les associations, on a alerté depuis maintenant 2015-2016 sur l'incurie, l'inefficacité de cette politique et maintenant on en subit les conséquences. Quand on externalise les frontières et qu'on donne un blanc-seing, que ce soit à la Libye d'un côté ou à la Turquie de l'autre, avec 6 milliards d'euros, et qu'on ne prend pas en main cette politique migratoire européenne, on en subit les conséquences.

Qui sont ces réfugiés ?

Les 12 à 15 000 personnes qui sont à la frontière terrestre entre la Turquie et la Grèce, ainsi que les 1 000 ou 2 000 personnes qui essaient d'arriver sur les îles grecques sont principalement des Kurdes irakiens, des Afghans, des Pakistanais qui veulent retrouver leur communauté, principalement au Royaume-Uni.

Dans quelles conditions vivent-ils ces derniers jours ?

Depuis un certain nombre d'années, tous ces gens-là vivaient en Turquie, avaient un travail, avaient une vie relativement correcte. Et là, évidemment, étant donné qu'Erdogan a instauré ce chantage avec l'Union européenne, ils ont profité de cette opportunité pour se masser à la frontière. Médecins du monde a des cliniques en Turquie, donc il y a un état sanitaire qui est tout à fait correct. Il n'y a pas de confusion à faire avec la population syrienne, bloquée de l'autre côté de la frontière syro-turque, à Idlib. En revanche, sur les îles grecques, ce sont des conditions épouvantables.

Il y a des camps qui sont carrément des camps de rétention, des prisons à ciel ouvert. Il y a du viol, de la prostitution, des états psychologiques catastrophiques.Philippe de Botton, président de Médecins du mondeà franceinfo

 situation vous paraît-elle bloquée ?

Oui, je pense que la situation est complètement bloquée. L'Europe paye sa politique de répression. Il faut complètement changer d'attitude vis-à-vis de la migration. L'Europe a toujours considéré le migrant, l'exilé, le réfugié comme un danger. Ça n'est pas vrai, ça n'est pas un danger. Il faut au contraire changer de paradigme et l'accueillir, l'héberger, le soigner et ensuite faire en sorte de régler son cas au niveau juridique.

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