Migrants : la France doit "prendre en considération cette politique dégradante et inhumaine et qu'on en change"

Christophe Deltombe, président de la Cimade, en 2011.
Christophe Deltombe, président de la Cimade, en 2011. (FRANCOIS GUILLOT / AFP)

Pour Christophe Deltombe, président de la Cimade, "il faut rétablir de la solidarité entre les pays européens", alors qu'une marche solidaire pour les migrants a démarré dimanche 28 avril depuis l'Italie pour atteindre Calais le 8 mai prochain.

La France doit "prendre en considération cette politique dégradante et inhumaine et qu'on en change", a déclaré dimanche 28 avril sur franceinfo Christophe Deltombe, président de l'association Cimade qui vient en aide aux migrants. La deuxième marche citoyenne de soutien aux migrants et demandeurs d’asile a commencé dimanche 28 avril en Italie et doit se terminer le 8 mai à Calais. Selon Christophe Deltombe, "il faut rétablir de la solidarité entre les pays européens".

franceinfo : La violence administrative à laquelle les migrants et les demandeurs d'asile font face, cela vous inquiète ?

Christophe Deltombe : Nous sommes nombreux à être très inquiets par cette violence administrative qui s'observe partout. Prenons Grande-Synthe, vous avez entre 300 et 500 personnes dans des campements, en partie hébergés et en partie non hébergés. Pour les campements sauvages, vous avez environ une expulsion tous les deux jours, depuis janvier. Ça veut dire qu'on va lacérer les tentes, gazer les bidons d'eau, détruire la nourriture, détruire les objets personnels et ceci tous les deux jours. C'est une réelle maltraitance et c'est insupportable. On est 36 associations à avoir saisi le rapporteur spécial des Nations Unies sur le droit du logement convenable parce qu'il est important que les Nations Unies se saisissent de ces problèmes. Ce dernier a déclaré que ce qu'il se passait à Grande-Synthe pouvait être qualifié de traitement cruel, inhumain et dégradant. Voilà la situation telle qu'elle est observée et dénoncée par le rapporteur des droits.

Vous dénoncez une machine infernale de l'asile européen ?

C'est le règlement Dublin qui est en fait un mécanisme par lequel les gouvernements font tout ce qu'ils peuvent pour empêcher l'accès au droit d'asile par des pratiques stupides qui consistent à renvoyer dans les pays des personnes au motif qu'elles ont été inscrites dans le premier pays dans lequel elles sont rentrées et donc pas forcement en France. En 2017, on a renvoyé 2 600 personnes dans les différents pays européens et les pays européens ont renvoyé 1 600 personnes en France. Vous avez des personnes qui voudraient déposer leur demande d'asile en France, on les renvoie ailleurs, et d'autres qui voudraient déposer leur demande en Allemagne, par exemple, et on les renvoie en France. Quel sens ça peut avoir tout ça ?

Qu'attendez-vous de la France ?

J'attends de la France, d'une part, qu'on commence à prendre en considération cette politique dégradante et inhumaine et qu'on en change. La deuxième chose, c'est qu'on se saisisse réellement de cette question du règlement Dublin et qu'au niveau de l'Europe on essaie de mettre en place un système unifié qui prenne en compte les désirs des personnes. C'est pour moi le principe le plus élémentaire. Enfin, il faut rétablir de la solidarité entre les pays européens. On est arrivé à un stade de non-droit tel que même l'Europe est en train de prendre de grands risques pour sa survie. Ce jeu de ping-pong entre les pays européens et cette incapacité à s'entendre et à mettre en place des règles communes, ça se fait sur le dos de ces personnes qui n'ont commis aucun délit.

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