Migrants bloqués sur des bateaux humanitaires : "Il faut que les États trouvent des solutions beaucoup plus vite", demande SOS Méditerranée

Des migrants soudanais à bord du navire humanitaire Ocean Viking, le 14 août 2019 en mer Méditerranée
Des migrants soudanais à bord du navire humanitaire Ocean Viking, le 14 août 2019 en mer Méditerranée (ANNE CHAON / AFP)

La France, l'Allemagne, la Roumanie, le Portugal, l'Espagne et le Luxembourg se disent prêts à recevoir une partie des migrants du navire Open Arms, qui cherche un port d'accueil.

"Aujourd'hui, la France - parmi d'autres pays - est moteur dans la recherche de solutions", a déclaré sur franceinfo vendredi 16 août Frédéric Penard, directeur des opérations de l'organisation SOS Méditerranée, alors que les 147 migrants secourus par le navire humanitaire Open Arms vont être accueillis dans six pays de l'Union européenne. "Il faut absolument que des solutions soient trouvées beaucoup plus vite par les États qui souhaitent aller de l'avant", a-t-il ajouté.

Un autre navire est toujours bloqué en mer : l'Ocean Viking, affrété par Médecins sans frontières et SOS Méditerranée, avec 356 migrants à son bord. "Les personnes fuient la Libye""elles ont été torturées", a rappelé Frédéric Penard, alors que le ministre italien de l'Intérieur Matteo Salvini accuse les ONG de complicité avec les passeurs.

franceinfo : Dans quel état sont les migrants à bord de l'Ocean Viking ?

Frédéric Penard : Ce sont des personnes qui ont été secourues au cours de quatre opérations depuis le 23 août. Certaines d'entre elles sont donc à bord depuis quasiment une semaine. Ces personnes sont prises en charge, humanitairement et médicalement. Nous n'avons pas d'urgence médicale. Néanmoins, les gens sont très fatigués, ils sortent de situations terribles en Libye qu'ils nous racontent au jour le jour. Ils ont dérivé plusieurs jours en mer. La situation est urgente, et c'est pour ça que le droit maritime dit très clairement que les gens doivent être débarqués le plus tôt possible dans un port proche.

Comment gérez-vous la situation politique actuelle, avec l'intransigeance italienne d'un côté et les hésitations de l'Union européenne de l'autre ?

Nous avons le droit maritime de notre côté. Nous avons simplement agi tel que tous les marins le font depuis maintenant des décennies, c'est-à-dire en portant assistance à des personnes en danger. C'est la seule préoccupation que nous avons.

Le droit nous dit que les États doivent s'organiser pour assister les capitaines qui ont mené des opérations de sauvetage. La balle est donc dans le camp des États qui ont le devoir d'organiser le débarquement dans un port sûr, un endroit où les personnes sont prises en charge, ainsi que tous les enjeux qui les concernent. Aujourd'hui, la France - parmi d'autres pays - est moteur dans la recherche de solutions. C'est quelque chose que nous soulignons, mais nous souhaitons que les choses aillent beaucoup plus vite. Les passagers de l'Open Arms sont bloqués en mer depuis plus de quinze jours. Il faut absolument que des solutions soient trouvées beaucoup plus vite par les États qui souhaitent aller de l'avant.

Que répondez-vous à Matteo Salvini, qui vous accuse de complicité avec les passeurs ?

C'est faux. Ça fait des années qu'on le dit et qu'on le répète : les organisations de sauvetage ne sont pas un facteur d'attraction, c'est la Libye qui est un repoussoir. Les personnes fuient la Libye, c'est ce qu'elles nous racontent depuis des années, et en particulier les 356 personnes actuellement à bord de l'Ocean Viking.

Ces personnes  ont été torturées, pour certaines d'entre elles dans le camp de détention de Tajoura qui a été bombardé il y a quelques semaines. C'est cette situation que les personnes fuient avant toute chose. Ce n'est pas l'hypothétique possibilité qu'un navire en haute mer à 100 kilomètres des côtes les repère - autant dire dans un endroit où il est très difficile de repérer les embarcations en danger - qui fait que les personnes prennent un risque considérable en montant sur un bateau en caoutchouc.

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