"Les foyers sont complets" : la Tunisie refuse d'accueillir plusieurs dizaines de migrants bloqués au large de ses côtes

Un centre d\'hébergement pour migrants à Médenine, en Tunisie, le 28 août 2018.
Un centre d'hébergement pour migrants à Médenine, en Tunisie, le 28 août 2018. (FATHI NASRI / AFP)

La Tunisie refuse de laisser accoster un bateau avec des migrants à son bord. Le pays est débordé par l'afflux de migrants en provenance de Libye. 

Voilà onze jours que 75 migrants partis de Libye patientent sur le pont d'un bateau au large de la Tunisie. Les autorités tunisiennes refusent de laisser le remorqueur égyptien Maridive 601, arrivé le 31 mai au large de Zarzis, dans le sud du pays, entrer dans le port. La Tunisie fait désormais ce que l’Europe fait depuis plus d’un an maintenant avec les bateaux de migrants : du blocage.

Les centres d'hébergement de la ville de Médenine, à quelques kilomètres de la frontière libyenne, qui prennent en charge les migrants sauvés en mer ou qui fuient la Libye par le désert, sont débordés. Le téléphone de Mongi Slim ne cesse de sonner. Il est dépassé. Il souhaite accueillir les migrants bloqués pour l’heure en mer, mais rappelle que les centres d'accueil sont pleins. "Nous sommes déjà au complet, affirme Mongi Slim, responsable local du Croissant-Rouge tunisien pour la région. "Médenine accueille entre 700 et 800 personnes, c’est beaucoup pour une petite ville, reprend-il. Les moyens sont très limités, les foyers sont complets…

Le centre de la route de Djerba ne peut contenir qu'une centaine de personnes, on y met plus de 200 personnes. Les gens dorment dans les couloirs.Mongi Slim, responsable local du Croissant-Rougeà franceinfo

La place manque, la nourriture et les soins également. Comment, dans ce contexte, accueillir de nouveaux arrivants ? Ici, on fonctionne à flux tendu. Les migrants ne peuvent rester que 60 jours dans le centre. Ensuite, ils n'ont pas le choix, ils doivent faire la place aux nouveaux arrivants. Une jeune femme, qui a échoué ici comme tant d’autres après avoir été vendue et condamnée à travailler comme esclave en Libye, fait part de son désarroi. Violée à plusieurs reprises, elle est angoissée à l’idée d’avoir été contaminée par le VIH. "Je ne sais pas si j’ai été contaminée, dit-elle, en larmes. Il n’y a pas d’argent pour les traitements, ici. Rien. J’ai besoin d’un contrôle, mais je ne peux pas le faire." À la douleur d'avoir été violée s'ajoute l'angoisse de ne pas savoir ce qui lui arrivera une fois qu'elle sera sortie du centre. "C’est un bon pays la Tunisie, mais il n’y a pas de travail. Alors où est-ce qu’on va pouvoir aller ? Je n’en sais rien", dit-elle.

Ici tu ne peux rester que deux mois. Après tu dois sortir, même si tu n’as nulle part où aller.Une jeune migrante actuellement en centre d'hébergement à Médenineà franceinfo

En refusant d'accueillir de nouveaux migrants, la Tunisie veut montrer à l’Europe qu’on ne peut plus lui déléguer la responsabilité des migrants qui continuent à affluer encore plus depuis le début de la guerre en Libye. "Les migrants veulent être accueillis par un pays européen", a lâché un responsable du ministère de l’Intérieur pour justifier le refus de les accueillir. En attendant, 75 migrants, dont 32 mineurs, doivent patienter en mer.

Le reportage de Maurine Mercier
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