L’Erythréen poursuivi devant un tribunal de Palerme est-il vraiment le chef d’un vaste réseau de trafic de migrants africains?

Au centre de la photo (prise en juin 2016), on voit celui qui a été pris pour Medhanie Yehdego Mered, chef d\'un important réseau de trafiquants de migrants africains. Réseau ayant des ramifications en Erythrée, en Ethiopie, au Soudan, aux Emirats Arabes Unis, en Libye.
Au centre de la photo (prise en juin 2016), on voit celui qui a été pris pour Medhanie Yehdego Mered, chef d'un important réseau de trafiquants de migrants africains. Réseau ayant des ramifications en Erythrée, en Ethiopie, au Soudan, aux Emirats Arabes Unis, en Libye. (HO / AFP)

Le doute gagne le tribunal de Palerme (Sicile) au procès de celui qu’on pensait être le chef du plus gros réseau de trafic de migrants en Méditerranée. Il pourrait s’agir d’une erreur d’identité ou d'une manipulation. Face à cet imbroglio à l'italienne, les procureurs ont demandé à deux officiers de la police soudanaise de venir témoigner.

L'Erythréen Medhanie Yehdego Mered est accusé d'être le "général" d'un des plus gros réseaux de trafiquants de migrants africains, avec des ramifications en Erythrée, en Ethiopie, au Soudan, aux Emirats Arabes Unis, en Libye et dans plusieurs pays européens. Il est en particulier accusé d'avoir affrété le bateau dont le naufrage a fait plus de 360 morts en octobre 2013 au large de l'île italienne de Lampedusa.

Mais est-ce bien cette personne qui se trouve dans le box des accusés du tribunal de Palerme? Rien n’est moins sûr.

En 2016, un homme, présenté comme Mered, a été arrêté au Soudan et extradé vers l'Italie. Les autorités italiennes, soudanaises et britanniques ont salué à l’époque un coup important contre les réseaux de trafiquants. Le problème, c’est que l’homme aujourd’hui dans le box affirme s’appeler Medhanie Tesfamariam Berhe et être un simple charpentier victime d’une erreur d'identité et judiciaire.

Confusion

L’enquête de la justice italienne semble lui donner raison. Dès son extradition en 2016, des voix se sont élevées pour assurer que l'homme arrêté était Medhanie Tesfamariam Berhe, un réfugié érythréen de six ans plus jeune que l'homme recherché et qu'il ne ressemblait pas du tout à la photo de l'avis de recherche.

Depuis, les expertises vocales sur des conversations téléphoniques du "général" semblent confirmer l’erreur. Selon un journaliste du New Yorker (qui dit l'avoir interviewé), le vrai Mered se trouverait actuellement aux Émirats Arabes Unis.

Le doute gagne mais les procureurs de Palerme poursuivent le procès. Face à cette possible confusion, ils ont demandé à deux hauts officiers de la police soudanaise de venir témoigner.

Témoignages de policiers soudanais

Mais "témoigner de quoi exactement?", demande Michele Calantropo, l'avocat de Medhanie Yehdego Mered. Dans une déclaration à l’AFP, cet avocat, commis d'office depuis 2016, affirme "ne pas savoir ce que les policiers soudanais, présentés comme ayant participé à la traque et à l'arrestation de son client, ont à dire à la cour". La seule explication, selon lui, c'est qu'ils pourraient venir témoigner "que même si l'accusé n'est pas 'le général', il est lui aussi impliqué dans le trafic de migrants et mérite d'être condamné".

Mais quelle confiance accorder à ces témoignages, alors que la police soudanaise pourrait être à l’origine de cette erreur d’identité, voir d’avoir joué un rôle trouble dans cette possible substitution de prisonnier? Les procureurs de Palerme refusent tout commentaire officiel "jusqu'à la conclusion du procès".

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