L'évacuation du campement de migrants du quai d'Austerlitz, une "opération d'envergure" bien rodée

Des policiers observent l\'évacuation du campement de réfugiés installé quai d\'Austerlitz à Paris, le 17 septembre 2015.
Des policiers observent l'évacuation du campement de réfugiés installé quai d'Austerlitz à Paris, le 17 septembre 2015. (GEOFFROY VAN DER HASSELT / ANADOLU AGENCY / AFP)

Deux campements parisiens, où vivaient 800 migrants, ont été évacués, jeudi 17 septembre, avant le lever du jour. Près de la gare d'Austerlitz, l'opération était très encadrée. Francetv info était sur place.

Les silhouettes de trois CRS se découpent devant le halo d'un réverbère. Leurs autocars sont garés à proximité. On entend des bruits étouffés. Chacun s'affaire dans l'ombre. Il est 6 heures du matin, la mécanique se lance. L'évacuation du campement de 407 migrants installé quai d'Austerlitz, dans le 13e arrondissement de Paris, commence dans le calme, jeudi 17 septembre.

Tout est organisé pour que la machine ne s'enraye pas. Les journalistes sont regroupés dans l'entrée de la Cité de la mode et du design. Une personne du service Communication de la mairie de Paris filtre les journalistes.

"Presse accréditée - Opération de mise à l'abri des réfugiés - Jeudi 17 septembre 2015" : les éléments de langage sont inscrits sur les badges. Le mot "évacuation" est proscrit. Pourtant, l'objectif est bel et bien de déloger les migrants de leurs tentes. Puis de les regrouper dans des bus et de les conduire vers des centres d'hébergement, un peu partout en Ile-de-France.

"Ce n'est pas une opération de police"

Jean-Sébastien Lamontagne, directeur de cabinet du préfet de la région, descend sur les pavés du quai, en bord de Seine. Des travailleurs sociaux, essentiellement de la mairie de Paris et des ONG, ainsi que de nombreux journalistes, le suivent. "Ce n'est pas une opération de police", insiste-t-il. A quelques mètres, sous le pont Charles-de-Gaulle, le préfet d'Ile-de-France, Jean-François Carenco, répond aux interviews devant les tentes. Les migrants sont réveillés un à un.

Ibrahim est déjà debout. Il est en France depuis trois ans. Chaque jour, il se rend à Melun (Seine-et-Marne) pour travailler sur des chantiers de construction. Il a quitté le Soudan en 2005, quand la guerre est arrivée dans sa ville. Syrie, Liban, Turquie, Grèce, Turquie à nouveau, Italie, France, Royaume-Uni et retour en France... Ibrahim a vécu dans de nombreux pays. Sa vie tient dans quelques grands sacs en plastique posés devant lui.

Des réfugiés prévenus de l'évacuation

Comme lui, certains réfugiés ont déjà préparé leurs affaires. Ils étaient prévenus par les associations ou la mairie de Paris. D'autres les rassemblent à la hâte. Jean-Sébastien Lamontagne les invite à déposer leurs sacs aux pieds des poutres en béton. Puis il prend la parole devant les réfugiés réunis face à lui.

Un document distribué détaille, en français, en anglais et en arabe, les démarches à suivre pour, selon les termes employés, "sortir de la situation de précarité dans laquelle" les réfugiés se trouvent. En clair, comment faire une demande d'asile. Il détaille aussi les conditions de vie dans les centres en région parisienne. "Ce centre vous procurera un hébergement, et trois repas par jour", précise ce document... très long et au vocabulaire complexe.

(PREFECTURE DE PARIS)

"Vous pouvez le lire et réfléchir", indique Jean-Sébastien Lamontagne. Or, très peu de réfugiés parlent et lisent le français. Quelques-uns pratiquent l'anglais. La majorité parle l'arabe littéraire. Ce sont les deux langues officielles du Soudan, le pays dont la plupart des réfugiés du campement sont originaires. D'autres viennent d'Ethiopie et de Somalie. Une poignée d'entre eux de Bulgarie.

Interruption du tournage de "Complément d'enquête"

Tous sont invités à monter dans des bus. Sur les 16 véhicules mobilisés, 13 sont utilisés. Les migrants sont répartis en fonction de la destination. Ils sont hébergés dans 22 centres, des Hauts-de-Seine aux Yvelines en passant par Paris. Les préfectures de Paris et d'Ile-de-France disposent d'un tableau pour organiser les regroupements. Les réfugiés, eux, n'ont aucune idée de l'endroit où ils vont atterrir. Mais ils sont heureux de quitter le campement et ses dures conditions de vie.

Les CRS restent sur le trottoir, le long de la route. Ils supervisent la montée des migrants dans les bus. "On ne voulait pas de contact entre les forces de l'ordre et les migrants. C'est réussi", observe une personne de la mairie de Paris.

Plus bas, près de la Seine, le tournage de l'émission de France 2 "Complément d'enquête" commence. Les fauteuils rouges sont installés depuis 6 heures. L'invité, c'est le député Nicolas Dupont-Aignan. Le président de Debout la France refuse d'accueillir des migrants dans sa ville, Yerres (Essonne), et propose d'organiser un référendum sur le rétablissement du contrôle aux frontières. Cette position déplaît aux associations et à des politiques présents. Elles interviennent et, après un vif échange, obligent les équipes de l'émission à cesser le tournage et à plier bagage.

"On a eu une semaine pour finaliser l'opération"

"Ce n'est pas une opération de com', c'est une opération de prise en charge et de mise à l'abri, se défend Pierre-Henry Brandet, porte-parole du ministère de l'Intérieur. On a besoin de rendre compte de la manière dont cela se fait." Il reconnaît qu'il s'agit d'une "opération d'envergure", préparée plusieurs semaines à l'avance. 

La justice a donné son feu vert à l'évacuation du campement vendredi 11 septembre. "On a eu une semaine pour finaliser l'opération", indique Sophie Brocas, préfète de Paris. Et préparer avec minutie l'évacuation pour montrer que les autorités maîtrisent la situation ? Réponse de Sophie Brocas : "C'est mieux quand ça se passe bien, évidemment."

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