"Je me sens dans mon pays" : à Cergy, le soulagement des réfugiés accueillis en France

Une famille de réfugiés arrive au centre Hubert-Renaud, à Cergy (Val-d\'Oise), où ont été accueillis 47 demandeurs d\'asile irakiens et syriens venus d\'Allemagne, mercredi 9 septembre 2015.
Une famille de réfugiés arrive au centre Hubert-Renaud, à Cergy (Val-d'Oise), où ont été accueillis 47 demandeurs d'asile irakiens et syriens venus d'Allemagne, mercredi 9 septembre 2015. (JACKY NAEGELEN / REUTERS)

Près de 200 réfugiés sont arrivés en France, mercredi, en provenance de l'Allemagne. Une cinquantaine d'entre eux se sont installés dans un centre de vacances de la région parisienne.

Quatre heures après son arrivée, Ali, jeune Syrien qui a fui la ville de Deraa et l'Etat islamique, se sent déjà "dans son pays". Mercredi 9 septembre, lui et 47 autres réfugiés, quelques Syriens mais surtout des Irakiens, sont arrivés en France, à Cergy (Val-d'Oise), qu'ils ont rejoint en car depuis Munich, en Allemagne. Pour quelques semaines, le temps que soient examinées leurs demandes d'asile et qu'on trouve des villes pour les accueillir, ils vivront dans un centre de 115 places, mobilisé pour l'occasion, et qui sert habituellement pour des colonies de vacances.

Ils sont, avec deux autres groupes à Bonnelles (Yvelines) et Champagne-sur-Seine (Seine-et-Marne), les premiers des 24 000 demandeurs d'asile que la France s'est engagée à accueillir sur deux ans, dont 1 000 dans les prochaines semaines. Francetv info a assisté à leur arrivée.

"J'aimerais que ma famille soit là pour voir ça"

C'est un père tenant dans ses bras un jeune enfant qui descend le premier du car, mercredi. Dans le groupe, des hommes jeunes et des familles, dont une dizaine d'enfants et deux bébés. Sans doute épuisés par les treize heures de route, ils arrivent sans effusions de joie, mais le sourire aux lèvres et avec un soulagement palpable. Le préfet du Val-d'Oise est plusieurs fois applaudi quand il leur souhaite la bienvenue au nom de l'Etat français.

Beaucoup de ces réfugiés ne s'imaginaient pas, il y a encore quelques jours, qu'ils s'installeraient en France. Ils ne connaissent pas toujours bien le pays, mais sont pleins d'espoir. Comme Ali, qui pensait que Munich serait la dernière étape de son périple. Des Français rencontrés sur place lui ont dit qu'en France, il pourrait plus rapidement faire venir sa famille, restée à Damas. "J'aimerais qu'ils soient là pour voir ça", dit-il. A son arrivée, on lui a prêté un téléphone pour qu'il puisse les prévenir.

Tous aspirent au calme après un voyage éprouvant. "Ici, c'est mieux pour les enfants, ils vont pouvoir se reposer", explique un père de famille irakien (qui se prénomme lui aussi Ali). Durant leur périple de près de trois mois, sa femme et lui ont souvent dormi dans la rue avec leurs quatre enfants, dont un bébé qui avait 25 jours quand ils ont quitté Bagdad.

Ali, le Syrien de Damas, frissonne, lui, au souvenir de sa traversée entre la Turquie et les îles grecques. A 50 personnes dans un canot pneumatique, ils s'en sont tirés sains et saufs, "grâce à Dieu", mais le bateau suivant, parti deux heures plus tard, a coulé après avoir heurté un ferry. 

Le centre ne devrait ouvrir que huit semaines

Après un tel périple, l'urgence est de déterminer les besoins de ces réfugiés : repérer les malades ou les femmes enceintes, évaluer l'état psychologique des arrivants, distribuer des vêtements, établir le niveau scolaire des enfants. Dans une salle, différents stands sont installés, tenus par des associations. Plus loin, ceux qui le souhaitent peuvent passer une visite médicale. Le dispositif, organisé en quelques jours, est conséquent : il y a plus d'associatifs que de réfugiés. Une débauche de moyens "très politique", ironise un associatif, qui, comme ses confrères, insiste sur l'importance d'une prise en charge à long terme. 

Les réfugiés devraient, si leur dossier est validé, obtenir l'asile dans quelques jours, mais personne ne sait vraiment combien de temps ils vont rester. Le centre doit rester ouvert huit semaines et, dans l'idéal, le préfet aimerait qu'il accueille plusieurs vagues de réfugiés d'ici là (le centre compte 115 places, et un nouveau car pourrait arriver jeudi). Mais tout dépendra des solutions trouvées pour reloger les arrivants.

Le marchand de glaces offre sa tournée

Face à ce dispositif, Erimias ne sait pas trop quoi penser. Cet Erythréen, installé en France depuis huit ans, a accompagné un groupe de huit réfugiés de son pays, venus voir le centre. Ces derniers vivent dans un hôtel de Cergy depuis l'évacuation du camp de la Chapelle, à Paris, en juin. La France accorde l'asile aux Erythréens, mais la procédure est longue et éprouvante. Alors ils sont venus "souhaiter la bienvenue [aux réfugiés], mais aussi rappeler qu'ils existent". Bien sûr, ils se réjouissent de la "chance" de ces nouveaux arrivants. Mais Erimias s'interroge sur ce changement d'attitude soudain de la France : "Est-ce qu'ils se sont sentis obligés d'imiter la politique de l'Allemagne ? Avant la mort de l'enfant syrien, il y avait des morts tous les jours, mais il n'y avait pas de photo, donc on n'en parlait pas."

Une chose est sûre : aujourd'hui, la cause des réfugiés mobilise. "Sur 70 personnes qui sont là aujourd'hui, il y a 50 bénévoles", explique le préfet du Val-d'Oise. "Ça en dit long sur la disponibilité des Français à aider." A Cergy, mercredi, une femme et ses deux enfants improvisent une partie de quilles avec deux petits Irakiens à peine arrivés.

Plus tard, c'est le petit Lucas, 6 ans, qui vient offrir des livres et sa peluche Winnie l'Ourson "aux migrants qui ont fui leur pays, parce que c'est important". "On n'a pas beaucoup, mais on donne ce qu'on a", explique sa mère.

Un peu plus tôt, c'est la sonnerie d'un glacier qui a retenti dans la cour du centre de vacances. Abdallah connaît bien le centre et la base nautique située à deux pas. En allumant sa télé, il a tout de suite reconnu l'endroit, et a décidé de venir offrir des glaces aux jeunes réfugiés et aux bénévoles. Lui-même est prêt à aider : "Si, demain, une famille a besoin d'un logement, je suis prêt à l'accueillir, j'ai tout ce qu'il faut chez moi." Les 47 réfugiés de Cergy ne seront sans doute pas les seuls à trouver, en France, un nouveau foyer.

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