Immigration, communautarisme, voile : ce qu'il faut retenir de l'entretien d'Emmanuel Macron à "Valeurs actuelles"

Emmanuel Macron à l\'aéroport de Dzaoudzi-Pamandzi, à Mayotte, le 22 octobre 2019.
Emmanuel Macron à l'aéroport de Dzaoudzi-Pamandzi, à Mayotte, le 22 octobre 2019. (SAMUEL BOSCHER / AFP)

L'hebdomadaire ultraconservateur publie, jeudi, un long entretien avec le président de la République, effectué au retour de son déplacement à Mayotte et à La Réunion.

"Tête-à-tête avec Macron", titre Valeurs actuelles. Le président de la République a accordé un entretien, à paraître jeudi 31 octobre, à l'hebdomadaire. Il a été réalisé à bord de l'A330 présidentiel au retour du voyage d'Emmanuel Macron à Mayotte, aux îles Glorieuses et à La Réunion. Au menu, des thèmes chers au journal ultraconservateur : immigration, communautarisme, foulard islamique. "L'idée d'échanger avec Valeurs actuelles est la volonté de parler à tous les Français y compris dans les espaces politiques qui ne sont pas forcément les siens", explique l'Elysée à l'AFP.

Franceinfo vous résume cet échange.

Sur l'immigration : "Il ne faut pas avoir de fantasmes"

L'entretien a eu lieu après la visite du président à Mayotte, un territoire français où le droit du sol a été suspendu pour empêcher les Comoriens nés à la maternité de Mamoudzou d'obtenir la nationalité française. Une mesure que l'hebdomadaire, qui voit dans l'île "une forme de laboratoire permettant de faire face aux vagues migratoires à venir en France", verrait bien étendu au reste du territoire français. "Refus net" du chef de l'Etat, écrit le journaliste. "Je rappelle que nous nous focalisons souvent sur les phénomènes migratoires subis par les pays européens, mais l'essentiel de l'immigration est intra-africain, sud-sud. A Mayotte, avec l'immigration venue des Comores, on est en plein dedans", répond Emmanuel Macron, en insistant sur la spécificité de l'île.

Le président estime que le lien entre immigration et obtention des prestations sociales qu'il dit observer à Mayotte ne concerne pas l'Hexagone. "Ce n'est pas un phénomène que vous voyez aujourd'hui en Europe continentale. Ce n'est pas vrai en France hexagonale, ce n'est pas ça, notre sujet ! déclare-t-il. Il ne faut pas avoir de fantasmes. La France a toujours eu des gens qui venaient pour des raisons familiales, politiques ou économiques. On a toujours eu 10 à 14% de la population qui était d'origine étrangère." Il rappelle, en citant les cas de ratonnades contre les Espagnols ou les Italiens, qu'il y a toujours eu des difficultés, mais que "l'équilibre français n'a pas été bouleversé par ces arrivées".

Le président de la République insiste aussi sur la nécessité de mieux lutter contre l'immigration illégale, en réduisant les délais d'instruction des dossiers du droit d'asile, en s'attaquant aux "abus" de l'Aide médicale d'Etat (AME) et en réalisant davantage de reconduites à la frontière. Mais il refuse d'avoir "un discours simplificateur sur l'immigration". Il défend enfin l'intérêt économique de ses arrivées : "Il y a des emplois que vous ne ferez plus occuper à des Français, comme le métier de plongeur [dans les restaurants]. Je suis lucide : c'était déjà impossible il y a quarante ans ! Je préfère avoir de la migration légale, enregistrée, sous quotas, pendant x années, plutôt que du travail détaché dissimulé", déclare-t-il.

Sur le voile : "C'est l'échec de notre modèle qui se conjugue avec la crise que vit l'islam"

Pour le chef de l'Etat, la polémique autour du foulard islamique s'explique par "l'échec de notre modèle qui se conjugue avec la crise que vit l'islam""Vous avez plusieurs phénomènes qui se mélangent. C'est comme dans la chimie, et c'est là où ça devient dangereux : vous avez des gens qui ne sont pas intégrés, qui sont en sécession de la République, qui se moquent de la religion mais l'utilisent pour provoquer la République. Vous avez typiquement, dans certains quartiers, beaucoup de jeunes filles qui mettent des voiles parce que ça embête le monde, estime-t-il. Elles sont petites-filles de l'immigration, mais leurs grands-mères ne portaient pas le voile en arrivant en France." Une situation qu'il regrette : "Aujourd'hui, on entend : 'Mon père, vous l'avez mis au chômage, mes frères n'ont jamais eu de boulot, la République ne nous aime pas...' (...) Et c'est vrai, et il faut l'entendre !"

Le chef de l'Etat rejette cependant toute interdiction du foulard islamique pour les accompagnatrices des sorties scolaires. "La République doit être intraitable. Mon problème n'est pas la maman qui porte un voile en accompagnant son enfant en sortie scolaire… Celle-là n'est pas perdue : elle a mis son enfant à l'école publique et elle vient faire une sortie scolaire. C'est même par elle qu'on va reconquérir les personnes égarées, estime Emmanuel Macron. Si c'est son choix, c'est son choix. Si c'est le choix de son mari et qu'elle est opprimée, au moins elle se dit que son enfant va pouvoir choisir et pourra être libre. Mais si on l'humilie…"

Sur le communautarisme : "Il y a des gens dans la sécession…"

Enfin, le président a été interrogé sur le communautarisme. "Je lutte de toutes mes forces contre le communautarisme. Et je ne veux pas tomber dans le piège communautarisme = islam. Le communautarisme, c'est le projet politique, estime-t-il, avant de glisser : Il y a des tensions entre les religions ou religions supposées et ce qui va avec… Et donc il y a des gens dans le communautarisme et dans la sécession… En fait, ils n'aiment pas les autres. Mais je ne veux pas parler de racisme anti-blanc, je ne veux pas rentrer dans cette dialectique, parce que je pense qu'elle est mortifère. Je n'ai aucune naïveté, je suis intraitable."

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