Files de taxis aux frontières, chargeurs de téléphone pris d'assaut... Sept choses vues au plus fort de la crise des migrants en Europe

Les migrants sur la route reliant Sid (Serbie) ) Tovarnik (Croatie).
Les migrants sur la route reliant Sid (Serbie) ) Tovarnik (Croatie). (ELISE LAMBERT / FRANCE TV INFO)

Heurts avec la police, construction de murs et camps de fortune… Le sud-est de l'Europe vit depuis plusieures semaines, une crise migratoire historique. Francetv info a passé quatre jours entre la Hongrie, la Serbie et la Croatie. Récit de la semaine en sept images.

Une semaine historique pour l'Union européenne. En quelques jours, des milliers de candidats à l'exil se sont présentés aux portes de la Hongrie et de la Croatie, après avoir traversé la Serbie. Passage obligatoire pour ces migrants venus par la terre rejoindre l'Europe occidentale, les trois pays ont tour à tour fermé leurs frontières, incapables de gérer la situation.

Dès lundi, la Hongrie a fermé sa frontière avec la Serbie par un mur de barbelés, surveillé 24h/24 par des centaines de policiers et militaires armés. Quatre jours plus tard, la Croatie dans un premier temps volontaire pour laisser passer les migrants, a temporairement fermé ses principaux points de passage avec la Serbie, complètement dépassée par la situation. Samedi 19 septembre, la Hongrie a annoncé avoir achevé la pose d'une clôture de barbelés sur 41 km de sa frontière avec la Croatie. 

Conséquences : des milliers de migrants originaires d'Afghanistan, d'Iran, d'Irak et de Syrie, sont bloqués dans des conditions épouvantables, aux portes de l'Europe, dans l'attente d'une réouverture des frontières, pour rejoindre leur destination finale.

Des familles en exode, marchant le long des autoroutes 

Une famille d\'Afghans marchant le long de l\'autoroute d\'Horgos.
Une famille d'Afghans marchant le long de l'autoroute d'Horgos. (ELISE LAMBERT / FRANCE TV INFO)

C'est sans doute l'indice le plus marquant de l'ampleur de cette crise migratoire. Partout en Croatie, Hongrie et Serbie, des milliers d'enfants et d'adultes errent le long des autoroutes et routes, marchant les uns derrière les autres, frôlés par les voitures roulant à pleine vitesse. Refoulés à une frontière, la plupart n'ont souvent que la marche à pied comme solution pour rejoindre un nouveau point de passage. Le visage fatigué, le dos courbé, certains tentent le stop, demandent de l'eau ou de la nourriture. Ils ne savent jamais combien de temps leur marche va durer.

Des pneus brûlés, des gaz lacrymogènes lancés

Un enfant assis par terre, après les heurts entre la police et les migrants mercredi 16 septembre 2015 à Horgos en Serbie.
Un enfant assis par terre, après les heurts entre la police et les migrants mercredi 16 septembre 2015 à Horgos en Serbie. (ELISE LAMBERT/FRANCETV INFO)

Mercredi 16 septembre à Horgos, village serbe à la frontière avec la Hongrie, certains migrants lancent des projectiles contre le mur de barbelés, espérant débloquer la situation. La police et l'armée hongroise venues en nombre, répliquent par des jets d'eau et l'envoi de gaz lacrymogène. Dans un total chaos, des centaines de migrants se jettent sur les barrières, espérant y trouver une brèche avant de faire face à des rangées de policiers armés jusqu'aux dents. Dans le ciel, plusieurs hélicoptères surveillent la situation, dans le vacarme de leurs moteurs et de leurs hélices. Au sol, d'immenses nuages de fumée noire se dégagent de pneus en feu. Avant de se dissiper dans la soirée, avec le retour au calme.

Des bénévoles qui distribuent nourriture et couvertures

Ana Maria, 45 ans, est bénévole pour les migrants à la gare de Keleti à Budapest en Hongrie.
Ana Maria, 45 ans, est bénévole pour les migrants à la gare de Keleti à Budapest en Hongrie. (ELISE LAMBERT/FRANCETV INFO)

Petite et frêle, Ana Maria, 45 ans, aide depuis une semaine le groupe de bénévoles hongrois Migration Aid, à la gare de Keleti, à Budapest. Mère de deux enfants, Ana Maria n'a pas de maison, pas de travail, parfois pas de quoi nourrir sa famille, et se sent "comme les migrants". Chaque jour, elle aide à porter les cartons de boîtes de conserve, vêtements, sacs, et couvertures... "La semaine passée, j'avais installé une tente dans la gare de Keleti pour distribuer des fruits et des bonbons aux enfants. Vous auriez vu ces sourires !" raconte-t-elle. Ana Maria s'est décidée à venir après avoir vu les images de migrants marchant le long des rails, dans les journaux : "la situation actuelle est horrible pour eux. Ils ont parcouru des kilomètres pour venir ici et n'ont aucun espoir. Je connais parfaitement cette sensation." 

Du thon, beaucoup des chips, et des canettes de soda

Les provisions d\'Hassim et Ayman, deux Irakiens rencontrés à Horgos, mercredi 16 septembre 2015.
Les provisions d'Hassim et Ayman, deux Irakiens rencontrés à Horgos, mercredi 16 septembre 2015. (ELISE LAMBERT / FRANCE TV INFO)

Même si la nourriture n'est pas très variée, et la quantité limitée, la plupart des migrants mangent à leur faim. Avec leurs économies, ils achètent chaque jour, lors d'un bref passage dans un village ou aux abords des autoroutes, quelques provisions pour la journée. "Même si on ne sait jamais réellement combien de temps cela vu durer", confie Mahmoud, un jeune Syrien rencontré à Horgos mercredi. Dans la majorité des sacs en plastique, les mêmes produits faciles à manger : des boites de thon et de sardine, du pain, des paquets de chips, beaucoup de soda et des bonbonnes d'eau. La température dans la journée dépasse les 30 degrés.

Des téléphones portables en charge chez l'habitant

Moaed branche ses portables chez Irène à Horgos.
Moaed branche ses portables chez Irène à Horgos. (ELISE LAMBERT/FRANCETV INFO)

Face à la situation, certains habitants des villages situés aux frontières de la Croatie et de la Serbie, tentent d'apporter leur aide aux migrants. Moaed, 25 ans est irakien, il est le cinquième de la journée, mercredi, à venir recharger les téléphones portables de son groupe chez Irène, 57 ans, habitante d'Horgos depuis 1981. "Je ne comprends pas ce qu'ils disent, mais je me débrouille", confie-t-elle, "je leur montre les prises, je leur donne du thé et l'accès à mon robinet s'ils veulent se laver". Dans son jardin, des multiprises sont étalées un peu partout, débordant de téléphones en charge. "C'est très important pour nous le téléphone, c'est notre seul lien vers la maison et pour s'informer", explique San, un Afghan de 16 ans venu faire le plein de sa batterie. 

Des masques de protection sur le visage des enfants

Des enfants portent se protègent le visage avec des serviettes en Hongrie le 16 septembre 2015.
Des enfants portent se protègent le visage avec des serviettes en Hongrie le 16 septembre 2015. (ARTUR WIDAK / NURPHOTO)

Dans la plupart des points de transit des migrants, les conditions de vie sont déplorables : avec la chaleur, de nombreux insectes tournoient dans l'air et viennent se poser sur la peau. Il existe très peu de toilettes et la plupart des personnes sont obligées de faire leurs besoins dehors. Pas de poubelles ni de coin pour se laver non plus, des tas de détritus jonchent le sol, à côté des terrains de jeu des enfants. Pour éviter qu'ils ne tombent malades ou attrapent des infections, quelques mères leur mettent des masques ou serviettes de protection, distribués par des associations.

Des rangées de taxis aux frontières

Des taxis déposent des migrants à Sid (Serbie).
Des taxis déposent des migrants à Sid (Serbie). (ELISE LAMBERT/FRANCE TV INFO)
 

Jaunes, parfois roses, les taxis sont très convoités. Face au manque de transports en commun et l'impossible passage aux frontières, de nombreux migrants font appel à eux pour tenter leur chance à un autre point de passage. La négociation sur le prix est souvent difficile, la plupart des migrants n'ont aucune idée des tarifs en vigueur et craignent d'être abusés. "Ce chauffeur nous demande 300 euros", explique Maria, une Syrienne rencontrée à Horgos. "On veut juste passer la frontière, et on n'a pas cet argent. On n'a pas de passeport, on est pauvres !" déplore-t-elle. Du côté des taxis, l'heure est au pragmatisme : "Je veux bien les déposer où ils veulent, mais il faut prendre en compte l'attente pour passer les frontières et le risque pour moi", explique un chauffeur.

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