Comment la France justifie son refus d'accueillir le navire "Aquarius", bloqué avec plus de 600 migrants à son bord

L\'Aquarius, le 14 septembre 2017 au large de la Libye. 
L'Aquarius, le 14 septembre 2017 au large de la Libye.  (TONY GENTILE / X90029 / REUTERS)

Le bateau de l'ONG SOS Méditerranée se trouve actuellement dans les eaux internationales avec précisément 629 migrants, ballottés entre l'Italie, Malte et l'Espagne.

Tous les regards étaient tournés vers la France. Après plus de deux jours de silence et la décision de l'Espagne d'accueillir l'Aquarius, Emmanuel Macron a finalement dénoncé, mardi 12 juin, le "cynisme" et "l'irresponsabilité" de Rome après que le gouvernement italien – ainsi que Malte – a refusé d'accueillir dans leurs ports le bateau de l'ONG SOS Méditerranée et ses 629 migrants. 

La gauche a ainsi dénoncé le "silence coupable" du gouvernement français. "C'est à Naples, en Espagne, en Corse mais pas à l'Elysée et à Matignon ni à Bruxelles que les réactions et décisions de simple humanité (...) se disent et se prennent. Triste leçon pour la France et l'Union européenne", a réagi la députée La France insoumise Clémentine Autain dans un tweetLe premier secrétaire du PS, Olivier Faure, a vu dans "l'Espagne de Sanchez (l')honneur de l'Europe".

Réagissant à la polémique, Édouard Philippe a assuré mardi que la France était "prête à aider" l'Espagne pour "accueillir" ces migrants et "analyser la situation de ceux qui sur ce bateau pourraient vouloir bénéficier du statut de réfugié".

Mais pourquoi Paris, à la différence de Madrid, n'a pas proposé son aide à l'ONG SOS Méditerranée ? Eléments de réponse.

Parce que c'est normalement à l'Italie de coordonner les secours

Selon la Convention internationale sur le sauvetage, c'est à Rome de gérer les bateaux humanitaires dans cette zone de la Méditerranée. L’Organisation internationale pour les migrations (OIM) précise que "la responsabilité de mettre à disposition un endroit sûr, ou de s’assurer qu’un endroit sûr soit mis à disposition, incombe au gouvernement responsable de la zone SAR dans laquelle les survivants ont été sauvés".

C'est également ce qu'a rappelé Emmanuel Macron mardi matin en Conseil des ministres. "Il a rappelé le droit international maritime qui veut que (...) ce soit la côte la plus proche qui assume la responsabilité de l'accueil, a indiqué Benjamin Griveaux, porte-parole du gouvernement. Il a également dit que si quelque bateau que ce soit avait pour rive la plus proche les côtes françaises, il pourrait à l'évidence accoster sur les côtes françaises, dans le respect du droit international et du droit maritime."

Problème : l'Italie, par la voix de son nouveau ministre de l'Intérieur, Matteo Salvini, refuse d'ouvrir ses ports, rejetant la responsabilité sur Malte. Dans un communiqué publié dimanche soir, l'île a également refusé d'accueillir l'Aquarius

Selon un tweet de SOS Méditerranée France, l'Aquarius a alors reçu l'instruction du Centre de coordination des secours maritimes italiens (IMRCC) de rester en stand-by à sa position actuelle, "soit 35 milles nautiques de l'Italie et 27 milles nautiques de Malte""C'est la première fois qu'on nous dit qu'il y a un problème. D'après le droit maritime international, ils ont l'obligation de nous donner un 'port sûr' de débarquement", a déclaré la directrice générale de SOS Méditerranée, Sophie Beau

Parce que la Corse ne serait pas "le port le plus sûr et le plus proche"

Face aux critiques, le secrétaire d'État auprès du ministre de l'Europe et des Affaires étrangères, Jean-Baptiste Lemoyne, a défendu l'action de la France qui, selon lui, "agit" et n'est "pas inerte" sur la question migratoire, sans prendre position sur l'Aquarius.

Interrogé par Sud-Radio sur la proposition faite par les dirigeants de nationalistes corses d'accueillir l'Aquarius dans un port de l'île, il a balayé cette idée : "Que dit le droit international ? Il faut aller vers le port le plus sûr et le plus proche. Et on voit bien que la Corse n'est pas le port le plus sûr et le plus proche. Vu la situation du bateau, c'est entre l'Italie et Malte".  Jean-Baptiste Lemoyne en a profité pour tacler le président de l'Assemblée de Corse, Jean-Guy Talamoni. "(Jean-Guy Talamoni) prend une position, n'étant pas aux responsabilités, qui est facile. Tout le monde réagit à chaud, c'est le concours Lépine."

Parce que l'ONG SOS Méditerranée n'a pas fait de "demande"

Autre argument avancé par le gouvernement : l'ONG n'en a pas fait la demande. "Nous n'avons pas été saisis d'une demande de la part de l'ONG SOS Méditerranée, pour une raison simple, c'est que pour se rendre jusqu'en France, c'est aussi plusieurs jours de mer, dans une mer qui n'est pas bonne, avec des passagers qui ne sont pas en bonne santé", s'est ainsi justifié la ministre des Affaires européennes, Nathalie Loiseau.