Sauvetage de migrants en Méditerranée : "L'Europe est au pied du mur", estime SOS Méditerranée

Des migrants à bord d\'un canot pneumatique secourus par des membres de l\'ONG SOS Méditerranée, le 9 juin 2018, en mer Méditerranée.
Des migrants à bord d'un canot pneumatique secourus par des membres de l'ONG SOS Méditerranée, le 9 juin 2018, en mer Méditerranée. (KARPOV / SOS MEDITERRANEE / AFP)

Le président de SOS Méditerranée souhaite que l'Union européenne prenne des "solutions humaines" concernant l'accueil des migrants, afin de respecter "la dignité de chacun".

Une semaine tout juste après l'arrivée en Espagne des 630 migrants à bord de l'Aquarius, un nouveau bateau cherche un port où accoster. Le Lifeline transporte environ 200 réfugiés. C'est dans ce contexte que se déroule, dimanche 24 juin à Bruxelles, un mini-sommet des pays membres de l'Union européenne sur l'accueil des migrants. "L'identité européenne, c'est le respect de la vie", a réagi sur franceinfo Francis Vallat, président de SOS Méditerranée.


Comment réagissez-vous face à la situation de ce nouveau bateau, le Lifeline ?

Francis Vallat : Ce nouveau problème illustre la nécessité et l'urgence de trouver une solution qui lie à la fois la possibilité de solutions en profondeur pour la période intermédiaire pendant laquelle les migrants viennent en Europe et sont en Europe, et la question du sauvetage. Il est évident qu'il y a un point, au milieu de toutes ces problématiques très compliquées, qui est celle des questions migratoires. Il y a une question, qui est simple et à laquelle l'Europe ne peut pas échapper, c'est celle du sauvetage. C'est la vie humaine qui est en question. Et l'identité européenne, c'est le respect de la vie. Ce sont les valeurs, qu'on les appelle humanistes, républicaines, démocrates… Donc l'Europe est au pied du mur.

Appelez-vous la France à accueillir les migrants qui se trouvent à bord du Lifeline ?

À SOS Méditerranée, nous sommes dans le sauvetage. Nous ne sommes pas dans les solutions, nous ne faisons pas de politique, nous n'avons probablement même pas entre nous toujours les mêmes opinions. C'est le respect de la vie humaine d'abord, et dans le cadre de ce respect de la vie humaine, nous ne sommes ni pour, ni contre telle ou telle solution. On nous parle de centres externalisés, fermés… En remarquant, d'ailleurs, que le président Macron les a liés au fait que le sauvetage et l'arrivée dans les ports sûrs doivent être respectés. Tout ce que nous demandons, en ce qui concerne les solutions, c'est qu'elles soient humaines, qu'elles correspondent à des normes irréprochables en respectant la dignité de chacun. Or, je note simplement que dans l'approche bilatérale de la France et de l'Espagne, il est fait référence explicitement aux normes du HCR [Haute commissariat pour les réfugiés]. C'est évidemment très important, parce que le drame humain qui se joue en Libye, le crime contre l'humanité, c'est soit l'inexistence, soit l'existence de centres de rétention qui sont de véritables camps de concentration où toutes les femmes sont violées. Et une grosse partie des hommes est torturée.

L'Aquarius est aujourd'hui dans les eaux internationales : en cas de nouveau sauvetage de migrants, est-ce qu'il prendra une nouvelle fois la direction de l'Italie ?

Nous le demanderons. Nous sommes une organisation citoyenne à deux points de vue. Nous sommes soutenus, et c'est remarquable parce que nous n'avons que trois ans d'existence et sinon nous n'y arriverions pas, par 35 000 citoyens de France. Et nous sommes citoyens parce que nous respectons les institutions, les autorités légales. Donc, nous allons demander, bien entendu. D'abord, en arrivant, nous allons nous mettre sous commandement italien, comme toujours. Nous n'agissons jamais de notre propre fait, jamais.