Pavillon retiré à l'"Aquarius" : "Une nouvelle entrave à l'action de sauvetage qui répond à un impératif légal et moral"

Sophie Beau, la directrice général de SOS Méditerranée, lors d\'une conférence de presse le 14 août 2018. 
Sophie Beau, la directrice général de SOS Méditerranée, lors d'une conférence de presse le 14 août 2018.  (ETIENNE LAURENT / EPA)

Alors que le Panama va retirer son pavillon à l'"Aquarius", le navire qui porte secours aux migrants en méditerranée, demande à accoster à Marseille. 

"Nous en appelons aux Etats européens" pour que l'Aquarius "puisse repartir au plus vite mener sa mission de sauvetage", a expliqué lundi 24 septembre sur franceinfo Sophie Beau, la directrice général de SOS Méditerranée, une des ONG qui affrète le navire humanitaire. L'Aquarius, qui est actuellement en route vers Marseille avec 58 migrants à bord, doit se voir retirer son pavillon par le Panama.

La perte de ce pavillon est "une nouvelle entrave à l'action de sauvetage qui répond à un impératif légal et moral", souligne Sophie Beau qui ne peut "admettre" que "des principes fondamentaux telle que l'obligation d'assistance à personne en détresse soit remis en cause".

Si les autorités maritimes d'un Etat révoquent l'enregistrement d'un navire, comme va le faire le Panama, le bateau, une fois qu'il a terminé son voyage, ne peut plus reprendre la mer, sauf à trouver un autre pavillon.

franceinfo : Vous demandez à la France de laisser l'Aquarius débarquer à Marseille ? 

Sophie Beau : L'Aquarius a procédé à deux sauvetages d'affilée ces derniers jours. Il y a beaucoup de bateaux en détresse en ce moment. Nous avons appris, dans ce contexte extrêmement tendu qui est celui d'une catastrophe humanitaire, que le Panama allait radier l'Aquarius de son registre. Ce n'est pas encore fait, mais c'est ce qui est prévu. Dans ces conditions exceptionnelles, nous avons formulé cette demande de pouvoir accueillir l'Aquarius dans un port en France pour que nous puissions débarquer les 58 personnes rescapées dans un lieu sûr, conformément au droit maritime, et nous occuper de ce problème de pavillon. Nous formulons cette demande au vu des menaces qui pèsent sur le pavillon de l'Aquarius.

Ou se trouve l'Aquarius actuellement ?

L'Aquarius est toujours sur la zone de sauvetage au large de la Libye parce que nous avons été appelés sans cesse depuis ces quatre derniers jours sur différentes positions de bateaux en détresse. Deux d'entre elles ont abouti à des sauvetages. Deux autres n'ont pas abouti. Dans un des cas, les gardes-côtes ont intercepté l'embarcation. Dans l'autre, nous sommes arrivés sur une épave. Nous ne savons absolument pas ce qui s'est passé pour les personnes qui étaient à bord de ce bateau pneumatique retrouvé ce matin.

58 personnes se trouvent à bord de l'Aquarius. L'accueil est urgent ?

L'accueil va devenir urgent, ces personnes ont passé des heures traumatisantes et ont failli perdre la vie. Il y a 17 femmes, 18 mineurs parmi ces rescapés, des enfants en bas âge, une femme enceinte. Effectivement, il va falloir les débarquer dans un lieu sûr pour qu'elles puissent être prises en charge conformément au droit maritime, et à leurs besoins médicaux et de protection.

L'Aquarius est le seul bateau à effectuer des opérations de secours en méditerranée ?


L'Aquarius est le seul bateau de secours. Cette nouvelle attaque politique par le biais du pavillon de Panama est une nouvelle entrave à l'action de sauvetage qui est essentielle, vitale, qui répond à un impératif légal et moral. Nous sommes très inquiets face à cette nouvelle attaque sur cette obligation d'assistance à toute personne en détresse. C'est extrêmement préoccupant. Nous en appelons aux États européens à intervenir auprès du Panama pour essayer de revenir sur cette décision et si jamais cette radiation est effective, de nous octroyer un pavillon européen pour l'Aquarius pour qu'il puisse repartir au plus vite mener sa mission de sauvetage. Et nous appelons la société civile européenne à se mobiliser, parce qu'on ne peut pas admettre, à travers ces attaques sur l'Aquairus, que des principes fondamentaux telle que l'obligation d'assistance à personne en détresse soit remise en cause comme c'est le cas aujourd'hui.

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