Migrants : "Depuis l'épopée de l'Aquarius, les ONG sont complètement entravées dans leur action de sauvetage"

Photo d\'illustration. Le bateau Aquarius.
Photo d'illustration. Le bateau Aquarius. (GUILLAUME HORCAJUELO / EPA)

Plus de 600 migrants sont morts noyés en Méditerranée lors des quatre dernières semaines. C'est un bilan communiqué jeudi 12 juillet par Médecins sans frontières et SOS Méditerranée.

"Depuis l'épopée de l'Aquarius, les ONG sont complétement entravées dans leur action de sauvetage", a dénoncé jeudi 12 juillet sur franceinfo Sophie Beau, co-fondatrice et directrice générale de SOS Méditerranée. Selon elle, le chiffre important de migrants morts en mer "est à mettre en lien avec l'absence de navire de sauvetage" en Méditerranée. "Cela ne peut que se traduire par plus de victimes en mer", a-t-elle déploré. Face au blocage des ports d'Italie et de Malte aux navires de sauvetage, Sophie Beau a jugé qu'il n'y a "pas de respect par les institutions européennes du cadre habituellement prévu par le droit maritime international."

franceinfo : Comment êtes-vous parvenus à cette estimation de 600 victimes ?

Sophie Beau : Cette estimation se base sur les décomptes de l'Organisation internationale des migrations, qui se base sur les témoignages des survivants des derniers naufrages comptabilisés depuis un mois. C'est vraiment un chiffre très important, puisqu'en un mois on a eu plus de personnes décédées qu'il n'y en avait eu depuis début 2018 jusqu'au mois de juin. Evidemment, ce chiffre est à mettre en lien avec l'absence de navire de sauvetage. Depuis l'épopée de l'Aquarius, qui a dû aller débarquer 630 personnes à Valence, les ONG sont complétement entravées dans leur action de sauvetage. Malheureusement, on le savait, on l'annonçait et on le prédisait, cela ne peut que se traduire par plus de victimes en mer. C'est ce que nous déplorons aujourd'hui. Quand il n'y a pas de navire de sauvetage, les gens se noient.

Ce ne sont donc pas les navires de sauvetage qui créent un appel d'air ?

Il n'y a pas de lien entre la présence ou non de navires de sauvetage des ONG par rapport au nombre de départ. Il n'y a pas d'appel d'air. Ce décombre macabre le montre bien. L'absence de navire de sauvetage n'empêche pas les gens de devoir fuir la Libye à tout prix. Cela a été démontré depuis de nombreux mois. Les conditions dans les camps en Libye sont terribles. Les gens font face à : extorsion de fonds, violences multiples, viols, assassinats, tortures, esclavage. Les derniers témoignages font état de détérioration des conditions en Libye. Par tous les moyens, les gens cherchent à fuir la Libye, y compris en mettant leur vie en danger sur ces bateaux de fortune qui sont leur dernier espoir pour sauver leur peau.

Depuis le refus de l'Etat italien de laisser vos navires accoster sur ses cotes, les opérations sont-elles plus difficiles, beaucoup moins nombreuses ?

Il n'y a plus de navires de sauvetage qui opèrent depuis quelques semaines, parce qu'il y a eu une fermeture des ports qui se trouvaient être les ports de destination habituelle des navires qui faisaient des sauvetages. Et on ne parle pas que des navires des ONG. Les ONG faisaient 30 à 40% des sauvetages. Tout le reste, ce sont d'autres navires. Tous les navires sont bloqués parce que l'Italie refuse d'ouvrir ses portes, parce que Malte a refusé d'ouvrir ses portes. Nous sommes aujourd'hui en escale à Marseille, donc très loin de la zone de sauvetage. Nous nous préparons à revenir sur zone, mais dans ces conditions, c'est très compliqué d'opérer. Le cadre de sauvetage n'est plus défini et il n'y a pas de respect par les institutions européennes du cadre habituellement prévu par le droit maritime international.