L'"Aquarius" en quête d'un port d'accueil : trois questions sur la nouvelle errance du navire humanitaire

L\'\"Aquarius\" pendant un exercice de sauvetage entre Lampedusa et la Tunisie, le 23 juin 2018. 
L'"Aquarius" pendant un exercice de sauvetage entre Lampedusa et la Tunisie, le 23 juin 2018.  (PAU BARRENA / AFP)

Deux mois après avoir suscité une intense crise diplomatique, le navire "Aquarius", avec 141 migrants à bord, recherche de nouveau un port d'accueil en Méditerranée.

C'est la première mission de sauvetage de l'Aquarius depuis son périple en juin dernier, lorsque l'Italie et Malte avaient refusé de le laisser accoster avec quelque 600 migrants à bord. Cette odyssée de neuf jours, qui s'était finalement achevée en Espagne, avait fait de l'Aquarius le symbole de la crise européenne sur le dossier des migrants, creusant le fossé entre les partisans d'une ligne dure et les défenseurs d'une solution coopérative. Depuis, rien n'a changé. 

En route pour l'Europe après un sauvetage vendredi dernier au large des côtes libyennes, l'Aquarius n'a toujours pas reçu de confirmation, mardi 14 août, d'un lieu sûr où accoster. Franceinfo répond à vos questions sur ce nouvel épisode de la crise migratoire. 

Combien de migrants sont à bord ? 

Vendredi 10 août, au large de la Libye, le navire affrété par les ONG SOS Méditerranée et Médecins sans frontières a secouru 141 personnes, dont une moitié de mineurs et plus d'un tiers de femmes, à bord de deux barques en bois. Les rescapés sont essentiellement originaires de Somalie et d'Erythrée. Ils "sont dans un état stable mais préoccupant, parce que ce sont des personnes très fragiles qu'on a récupérées dans un état d'épuisement, de fatigue, de déshydratation", explique Sophie Beau, directrice générale de SOS Méditerranée, dans une interview à franceinfo. "Elles sont passées par les camps en Libye et ont subi des sévices", précise-t-elle. 

"L'essentiel est que les rescapés soient débarqués sans délai dans un lieu sûr, où leurs besoins fondamentaux soient respectés et où ils seront à l'abri d'abus", a indiqué Nick Romaniuk, le coordinateur des secours pour SOS Méditerranée. "Les autorités maritimes libyennes qui ont coordonné ce sauvetage ont reconnu elles-mêmes qu'elles ne pouvaient pas nous offrir un port sûr et qu'il fallait qu'on s'adresse à d'autres centres de coordination des secours", détaille Sophie Beau. Mais pour l'instant, le navire, qui se trouve actuellement entre Malte et l'île italienne de Lampedusa, n'essuie que des refus. 

Qui refuse d'accueillir le navire ? 

Sollicités par les bénévoles de l'Aquarius en raison de leur proximité, Malte et l'Italie ont rapidement exprimé leur refus d'accueillir le navire dans leurs ports. "Il ne peut pas aller où il veut, pas en Italie !", a tonné le ministre de l'Intérieur italien, Matteo Salvini, lundi 13 août sur Twitter. "Arrêtez les trafiquants d'êtres humains et leurs complices, #portsfermés et #coeursouverts", a poursuivi le dirigeant de la Ligue (extrême droite).

L'Espagne, qui avait accueilli l'Aquarius une première fois en juin avec 630 migrants à son bord et qui est depuis devenue la première porte d'entrée des migrants en Europe, rechigne à se proposer à nouveau. "L'Espagne n'est pas le port le plus proche, et donc pas le port le plus sûr pour débarquer", a déclaré lundi à l'AFP une source gouvernementale espagnole.

"Pour répondre aux impératifs humanitaires, nous sommes en discussion avec les pays concernés pour que, dans le plein respect du droit de la mer, ce bateau puisse aller rapidement au port sûr le plus proche", a indiqué de son côté l'Élysée lundi. En précisant que les ports français ne sont pas les plus proches du navire, l'Élysée a ainsi implicitement écarté l'hypothèse de proposer au navire d'accoster en France.

Qui s'est proposé pour accueillir le navire ? 

La nouvelle errance de l'Aquarius et des 141 migrants a suscité une vive émotion auprès de certains responsables. Ainsi, le directeur du port de Sète, l'ancien ministre communiste Jean-Claude Gayssot, a proposé lundi d'y accueillir le bateau. "Le port de Sète est prêt à accueillir l'Aquarius dès lors que les autorités françaises le lui permettront", a-t-il déclaré, en précisant que "c'est la dimension humanitaire qui doit prévaloir, il s'agit de sauver des vies, des familles". Une invitation décriée par Marine Le Pen. "Ce n'est pas au communiste Jean-Claude Gayssot, président du port de Sète, de décider de notre politique migratoire en accueillant l'#Aquarius", a-t-elle réagi dans un tweet. 

Comme en juin dernier, la Corse s'est également proposée d'accueillir l'embarcation, par la voix de Gilles Simeoni et Jean-Guy Talamoni, les élus politiques de Corse. Jean-Guy Talamoni, le président de l'Assemblée de Corse, a souligné que les migrants à bord n'étaient "pas tous en bonne santé" et qu'il y avait "donc une question d'urgence". La présidence française n'a pour l'instant pas commenté ces deux propositions. 

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