Décret ciblant les navires humanitaires : "L'Union européenne regarde l'Italie et ne fait rien", affirme France Terre d'Asile

Le bateau de secours en mer \"Ocean Viking\" en route pour les côtes libyennes, le 5 août 2019.
Le bateau de secours en mer "Ocean Viking" en route pour les côtes libyennes, le 5 août 2019. (ANNE CHAON / AFP)

"La France doit montrer l’exemple et serait bien avisée à titre d’ouvrir un port sûr de débarquement", a déclaré Pierre Henry, directeur général de France Terre d'Asile.

L'Italie a adopté mardi 6 août un décret visant les ONG qui portent secours aux migrants en Méditerranée. Les bateaux qui entrent dans ses eaux territoriales sans autorisation risquent une amende qui peut s'élever jusqu'à un million d'euros. "Ce qui est préoccupant, c’est que dans cette affaire, l’Union européenne regarde l’Italie et ne fait rien," a dénoncé sur franceinfo Pierre Henry, directeur général de France Terre d'Asile. 

franceinfo : Comment accueillez-vous cette décision italienne ?

Pierre Henry : Hélas, sans surprise. Matteo Salvini, c’est la surenchère permanente. Il a construit sa réputation sur une ligne radicale autour de l’immigration en tentant de faire oublier les autres problèmes de l’Italie, en particulier l’ampleur de la dette publique, et en fabriquant un ennemi, le migrant, le naufragé. C’est finalement une figure classique du populisme dont le ministre de l'Intérieur italien se sert à merveille pour assurer son ascension et son emprise sur la société. Ce qui est très préoccupant, c’est qu'il impose le goutte à goutte, le cas par cas à l’Europe et c’est un poison lent qu’il diffuse. Vous avez vu dans quel immobilisme se trouve l’Union européenne face à Matteo Salvini. Il n’y a plus de force de sauvetage en Méditerranée, la force Sophia est privée de toute intervention maritime. Il n’y a pas d’accord de répartition entre les 27 pays membres, malgré la tentative il y a une quinzaine de jours promue par l’Elysée. Salvini se sert de cette question migratoire pour assurer sa notoriété et son emprise sur la société italienne. Ce qui est préoccupant, c’est que dans cette affaire, l’Union européenne regarde l’Italie et ne fait rien. L’Union européenne, c’est aussi une communauté de valeurs que l’Italie, bien qu’elle soit souveraine, est en train de bafouer. Sauver des vies en Méditerranée, c’est une tâche qui s’impose à tout le monde.

Cette décision italienne peut-elle changer quelque chose pour l’Ocean Viking, affrété par SOS Méditerranée et Médecins sans frontières, et de manière générale pour les actions des ONG ?

Ça mettra les autres pays européens en face de leurs responsabilités. L’Italie joue le durcissement et face à cela, il va bien falloir que l’Espagne, Malte, la France, les puissances méditerranéennes trouvent une réponse commune, sinon ce sont nos valeurs qui se noient en Méditerranée. Il n’y a que les batailles que l’on ne mène pas que l’on est certain de perdre. Pour l’instant, l’Union européenne est en ordre dispersé et ne mène pas la bataille.

Si l’Ocean Viking a quitté Marseille il y a deux jours, c’est bien qu’il y a encore beaucoup de vies à sauver en Méditerranée ?

Chaque bateau qui va sur zone ramène des naufragés. On meurt en silence en Méditerranée. Nous allons traverser de nouvelles crises dans les jours et semaines qui viennent et qui vont mettre chacun des États européens devant leurs responsabilités. Ça veut dire que la France, qui cherche semble-t-il un accord de répartition, doit montrer l’exemple. Il y a des symboles qui comptent beaucoup en politique. Salvini fait du symbole avec le durcissement de sa politique migratoire. La France serait bien avisée à titre de symbole, d’ouvrir un port sûr de débarquement. Ce serait une avancée, une réponse et ça peut donner un autre "la", humaniste, à d’autres pays pour tenter de trouver une réponse à cette crise que traverse l’Europe.

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