Crise migratoire : sans initiative, "Emmanuel Macron et Angela Merkel se rendent compte que ça risque de détruire l'Europe"

Emmanuel Macron en juillet 2019. 
Emmanuel Macron en juillet 2019.  (KOCA SULEJMANOVIC / EPA)

Le spécialiste des migrations François Gemenne a réagi sur franceinfo alors que le président français accueille lundi l'Office International des Migrants et le Haut-Commissariat des réfugiés. 

Une nouvelle réunion doit avoir lieu lundi 22 juillet à Paris entre ministres des Affaires étrangères et de l'Intérieur d'une quinzaine de pays pour évoquer la question migratoire, alors que des ONG ont annoncé reprendre leurs sauvetages en mer Méditerranée. De son côté, Emmanuel Macron va recevoir les dirigeants de l'Office International des Migrants et le Haut-Commissariat des réfugiés. Le spécialiste des migrations et professeur à Sciences Po-Paris François Gemenne était invité sur franceinfo lundi. Il a expliqué que le couple franco-allemand veut agir pour "l'impératif humanitaire", mais aussi pour empêcher les nationalistes, comme l'Italien Matteo Salvini, de récupérer politiquement la situation. "Emmanuel Macron et Angela Merkel se rendent compte que si on ne met pas un terme à cette situation, ça risque de détruire l'Europe et de détricoter complètement son projet. Il y a un intérêt politique pour l'Europe".

franceinfo : Une quinzaine d'États volontaires, ça peut changer la donne sur le sujet ?

François Gemenne : Tant la France que l'Allemagne, tant Emmanuel Macron qu'Angela Merkel se rendaient compte que cette situation de marchandage n'était plus tenable. À la fois parce qu'elles créaient des conditions humanitaires impossibles pour les migrants, pour les ONG et parce qu'elles créaient à chaque fois une crise politique en Europe. Après avoir voulu un système où tout le monde participait avec la proposition de la Commission européenne en 2015, on se résout à y aller à quelques-uns. Je pense qu'ils sont un peu optimistes en imaginant qu'une quinzaine d'États seraient volontaires. Selon mon décompte, ils seraient plutôt dix ou douze. Sur la question de politique européenne en matière d'asile, il va falloir y aller comme pour l'euro ou Schengen, avec des coalitions d'États volontaires. La grande question maintenant c'est ce qu'on va faire des pays qui refusent de collaborer. Le risque est d'avoir une Europe à deux vitesses. L'initiative franco-allemande est la chose à faire et peut permettre de débloquer cette situation qui dure maintenant depuis plusieurs années et qui fait le lit des nationalistes et des extrémistes un peu partout.

On n'en parlerait pas comme d'un problème si l'accueil était prévu et planifié ?

Si les choses étaient organisées et qu'il y avait un système qui permette d'éviter ces crises humanitaires à chaque fois, ça permettrait d'éviter que les nationalistes en fassent en quelque sorte leurs choux gras. On voit bien l'intérêt de Matteo Salvini à créer une crise politique à chaque fois qu'il y a un bateau qui demande l'autorisation d'accoster. Il y a deux raisons qui motivent cette initiative franco-allemande. L'impératif humanitaire et je crois qu'Emmanuel Macron et Angela Merkel se rendent compte que si on ne met pas un terme à cette situation, ça risque de détruire l'Europe et de détricoter complètement son projet. Il y a un intérêt politique pour l'Europe.

Les ONG reprennent du service en Méditerranée, qu'est-ce que vous pensez de cette situation ?

C'est une excellente nouvelle, on le voit avec la liste de morts et de naufrages. Encore plusieurs naufrages en Tunisie ont eu lieu ces derniers jours. On voit bien que l'action des ONG est absolument indispensable. Sinon, ça veut dire que les gens se noient et qu'ils sont ramenés en Libye où ils sont près de subir des bombardements. Le retour des ONG est aussi une excellente nouvelle particulièrement l'été qui est une période propice aux traversées.

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