Attaque à Liège : "On n'a pas toujours les moyens légaux ou légistiques pour anticiper ce genre d'actes"

Les enquêteurs de la police scientifique belge mènent leurs investigations sur le lieu de l\'attaque, le 29 mai à Liège (Belgique).
Les enquêteurs de la police scientifique belge mènent leurs investigations sur le lieu de l'attaque, le 29 mai à Liège (Belgique). (ERIC LALMAND / BELGA)

Louis Michel, député européen et ancien vice-Premier ministre belge, a estimé mardi sur franceinfo que "l'État de droit doit disposer d'un certain nombre de moyens pour contrer ce genre de choses".

Un homme radicalisé a tué trois personnes dont deux policières, mardi 29 mai à Liège (Belgique), avant d'être lui-même abattu par la police. Selon la justice belge, cet acte a l'apparence d'un acte terroriste. Louis Michel, député européen et ancien vice-Premier ministre belge, a estimé mardi 29 mai sur franceinfo que l'objectif du tueur était au minimum de "s'attaquer aux institutions". Pour Louis Michel, si l'État est impuissant, c'est que l'on n'a "pas toujours tous les moyens légaux ou légistiques pour anticiper ce genre d'actes".

franceinfo : Considérez-vous qu'il s'agit d'une attaque terroriste ?

Louis Michel : Ma première pensée va aux victimes. Au-delà de ça, aujourd'hui l'enquête n'est évidemment pas encore assez loin pour prétendre que c'est une attaque terroriste. Des signes semblent indiquer qu'il avait été en contact avec des personnes radicalisées, il a manifestement voulu s'attaquer aux institutions, à l'autorité de l'État, à la puissance publique, au travers de policiers. Je pense que c'était effectivement ça son objectif.

On a l'impression d'une litanie d'attaques de ce genre en Belgique, en France aussi. L'État est impuissant face à cela ?

L'État est impuissant parce que ce sont des États démocratiques. Nous n'avons pas toujours tous les moyens légaux ou légistiques pour anticiper ce genre d'actes. L'assaillant avait déjà reçu 11 permissions de sortie qui s'étaient bien passés. Son nom apparaît dans trois rapports, mais indirectement, donc les différentes autorités qui suivent ces rapports n'ont pas jugé utile ou opportun de considérer que le risque était important.

Des voix s'élèvent en Belgique pour remettre en cause ces permissions de sortie de certains détenus. Vous n'êtes pas d'accord avec cela ?

Il est très mauvais, il n'est pas convenable, dans une démocratie, de chaque fois réagir ou de faire des modifications légistiques après un événement. Ce n'est pas dans l'émotion que l'on traite des dossiers comme cela. Maintenant, je n'ai pas dit qu'il ne faudrait pas revoir un certain nombre de lois qui sont peut-être sans doute un peu permissives ou, disons, droit-de-l'hommistes. Que ce soit à gauche ou à droite, très souvent on se rend compte que l'on réagit dans l'émotion. L'homme politique a du mal à exprimer son point de vue, a du mal aussi à demander aux citoyens un peu de recul sur les choses. Dernièrement en Belgique on a eu toutes les peines du monde à, par exemple, prolonger le délai de garde à vue de 24 heures à 72 heures. On n'a pas eu la majorité qualifiée pour le faire. Parfois, c'est vrai que, pour un homme politique comme moi, qui a quand même une certaine expérience de la chose publique, je trouve ça parfois surprenant. C'est vrai que dans un monde où l'on voit de plus en plus de violence, l'État de droit doit disposer d'un certain nombre de moyens pour contrer ce genre de choses.