Attaque à Liège : "on est dans une dispersion de la menace et de l'idéologie"

Un policier sécurise le quartier de Liège où un homme a tué trois personnes mardi 29 mai.
Un policier sécurise le quartier de Liège où un homme a tué trois personnes mardi 29 mai. (JOHN THYS / AFP)

Sébastien Boussois, chercheur en Sciences politiques et spécialiste en terrorisme et radicalisation, estime ce mardi sur franceinfo que l'on peut faire un parallèle entre la Belgique et la France. Selon lui, la menace a changé car elle est "beaucoup plus diffuse".

Après l'attaque survenue mardi matin à Liège, où un homme a tué par balles trois personnes, dont deux policières, Sébastien Boussois, chercheur en Sciences politiques et spécialiste en terrorisme et radicalisation, estime sur franceinfo que l'on peut faire un parallèle entre la Belgique et la France.

Selon le chercheur, la menace a changé car elle est "beaucoup plus diffuse". La Belgique et la France sont confrontés à un même défi : celui de la radicalisation en prison, car "il y a plus de jeunes qui sont partis en Syrie" en sortant des prisons belges assure-t-il, que "véritablement d'autres qui se sont radicalisés notamment à Molenbeek".

franceinfo : On se rend compte ces derniers temps que la Belgique et la France sont touchés par le même type de phénomène avec ces attaques au couteau, et régulièrement des hommes en uniformes ciblés ?

Sébastien Boussois : Ça dépasse même le simple cadre de la France et de la Belgique. Ce qui est sûr, c'est que les deux pays ont été violemment touchés par les deux attentats en Europe parmi les plus importants, les attentats de Paris et de Bruxelles. Ce qu'il se passe à Paris, en Belgique ou ailleurs correspond à une évolution du terrorisme de manière globale. On n'est plus du tout dans l'époque où on était avec des jeunes en partie délinquants sur les filières de Paris et de Bruxelles, la filière Abaoud, qui partaient en Syrie pour aller se former et revenir ensuite de manière paramilitaire, organiser des commandos comme ils l'ont fait à Paris ou à Bruxelles. Là, on est dans une dispersion de la menace et de l'idéologie. On est dans une menace beaucoup plus diffuse avec des gens beaucoup plus isolés, beaucoup plus difficiles à cerner et du coup beaucoup plus difficiles à appréhender.

A-t-on là aussi un parallèle entre ce qui a pu se passer en France ces derniers mois, et ce qui s'est passé ce mardi en Belgique ?

On peut faire un parallèle sur le simple mode opératoire d'une part, comme à Trèbes. Mais également sur le fait d'avoir visé des symboles forts de l'autorité, soit de la République, soit du Royaume. Quand on se souvient de l'assassinat des deux policiers à Magnanville, on peut faire un lien si on a la certitude à terme que ce qu'a fait Benjamin Herman ce mardi matin était délibéré.

On retrouve aussi un parallèle sur la nécessité pour les autorités d'appréhender cette nouvelle menace et de lutter contre la radicalisation. Il y a là aussi, dans ce domaine, une même forme d'impuissance ?

Oui, ce sont les 12 travaux d'Hercule. Il faut faire un travail de fond de prévention de la radicalisation, et ce, très tôt. Mais il faut surtout cibler la question de la prison qui, aujourd'hui, reste un problème fondamental. On est dans des réflexions communes entre la France et la Belgique, sur du travail de formation dans les IPPJ (les établissements pour mineurs), on est dans de la formation dans les prisons, dans le travail d'aumôniers musulmans, mais qui sont tout à fait marginaux car il n'y a pas assez de budget. On est dans des situations en prison en Belgique où on doit fondamentalement réfléchir car, que ce soit à la prison de St Gilles ou de Forest, il y a plus de jeunes qui sont partis en Syrie en sortant de ces prisons-là, que véritablement d'autres qui se sont radicalisés notamment à Molenbeek.