Attaque à Liège : "En terme de terrorisme, il faut qu'on apprenne que le risque zéro n'existe pas"

Une voiture est retirée de l\'endroit où un homme a tué trois personnes, mardi 29 mai à Liège.
Une voiture est retirée de l'endroit où un homme a tué trois personnes, mardi 29 mai à Liège. (ERIC LALMAND / BELGA)

L'auteur de la tuerie qui a fait trois morts dont deux policières mardi matin à Liège, en Belgique, était fiché par la police pour avoir été en contact en prison avec des islamistes et s'être radicalisé.

L'homme qui a tué trois personnes dont deux policières mardi 29 mai vers 10h30 à Liège, en Belgique, était connu de la police pour avoir été en contact en prison avec des islamistes et s'être radicalisé. Benjamin Herman, avait déjà été condamné pour des vols, coups et blessures et pour trafic de stupéfiants, et a bénéficié à plusieurs reprises de permissions de sortie.

Selon David Stans, politologue au centre d’étude sur la radicalisation et le terrorisme à l’université de Liège, invité sur franceinfo mardi soir, "on n'est pas certain, pour l'instant, que c'est un acte terroriste", même si tous les éléments "tendent à prouver que cette personne aurait agi dans un cadre terroriste." 

franceinfo : Benjamin Herman était-il considéré comme particulièrement dangereux ?

David Stans : Il faut vraiment être très prudent. Il a été repris dans deux notes de la sureté de l'État et dans une note des services de police depuis 2017. Mais il n'était pas directement visé par ces notes. Il était en contact avec des personnes surveillées. Il n'apparaissait pas non plus dans les bases de données de l'organe de coordination et d'analyse de la menace. Il faudra voir si des erreurs ont été commises mais à première vue, il n'y avait pas de raison de l'empêcher de viser une potentielle réinsertion lors de sa sortie en 2020.

Avait-il des raisons d'être spécifiquement sous surveillance ?

En Belgique on n'a pas de bureau central du renseignement pénitentiaire. On agit en communication entre les services de sécurité. Il faudra voir si chaque partie a bel et bien joué son rôle. La radicalisation, ce sont des critères d'évaluation potentiels. L'évaluation porte aussi sur sa dangerosité. Il faut savoir où il était dans le processus de radicalisation. Ce qui est extrêmement difficile à déterminer. On a deux options. Soit une politique très sécuritaire de considérer qu'au moindre doute on empêche toute sortie ou probable réinsertion de l'individu. Ou, selon les dossiers que l'on aurait sur lui, on considère que l'option d'une réinsertion est un risque léger à prendre. Notre système est fondé sur une appréciation du risque.

Énormément de questions se posent encore ?

La radicalisation est un problème pour tous les pays. Il faut savoir ce qu'on va faire des personnes terroristes ou extrémistes. Est-ce qu'on a la capacité de suivre chaque individu ? Est-ce que c'est productif ? Et dans la radicalisation, il y a un certain nombre d'éléments qu'il faut prendre en compte. Pour certaines personnes, la violence les pousse à se rapprocher de certains mouvements, qui peuvent être Daech. Pour d'autres, c'est l'idéologie qui va les conduire vers un mouvement violent. Parfois, il existe aussi des zones grises entre les deux. Là, on est beaucoup trop tôt. On ne peut pas considérer qu'une perquisition qui permet de voir qu'il y avait un tapis de prière et un Coran sont des éléments suffisants pour parler d'une radicalisation. On ne doit pas tomber dans l'amalgame. Pour l'instant on n'est pas certain que c'est un acte terroriste, même si tous les éléments tendent à prouver que cette personne aurait agi dans un cadre terroriste. C'est au juge d'instruction de dire s'il s'agit ou non d'un acte terroriste. Il n'était pas considéré comme une personne prioritaire à surveiller par les services. Malheureusement, en terme de terrorisme, il faut qu'on apprenne que le risque zéro n'existe pas. Ce n'est pas pour autant qu'on doit rentrer dans des schizophrénies.