Ukraine : la loi martiale votée pour 30 jours, les habitants attentistes et parfois inquiets

Des soldats ukrainiens en patrouille à Shyrokyne, à 25 km du port de Marioupol sur la mer d\'Azov, le 28 novembre 2018. 
Des soldats ukrainiens en patrouille à Shyrokyne, à 25 km du port de Marioupol sur la mer d'Azov, le 28 novembre 2018.  (SEGA VOLSKII / AFP)

Dans le sillage des incidents entre les marines russe et ukrainienne, Kiev a instauré une loi martiale dans dix régions du pays. La mesure divise les habitants. 

Décidée par le président ukrainien Petro Porochenko à la suite de la capture de trois navires militaires par la Russie, la loi martiale est entrée en vigueur mercredi 29 novembre dans dix régions. C'est le cas dans le secteur de Kharkov, ville de 1,2 million d'habitants à moins de 50 kilomètres de la Russie. 

Des relations "brisées"

D’une allure poussive sur la route enneigée, quelques rares poids-lourds russes franchissent les contrôles sous le regard méfiant des gardes-frontières ukrainiens. Au poste principal de passage vers la Russie, à 50 km à l’est de Kharkov, le premier jour d’entrée en vigueur de la loi martiale correspond également à une forte baisse de trafic. Des métallurgistes ukrainiens frontaliers continuent malgré tout à se rendre dans leur usine, en Russie, pour prendre leur poste. Parmi eux, Arkady, 52 ans, ne comprend pas cette loi, dévastatrice, dit-il, pour les relations humaines. "Ce n'est pas normal, s'exclame-t-il. Nos deux peuples sont liés entre eux notamment par des relations familiales. Et maintenant quelqu'un vient briser ses relations."

Originaire de Kharkov, comme Arkady, Ilya est allé à Kiev dès la loi martiale annoncée pour déposer ses papiers et obtenir sa mobilisation dans l’armée ukrainienne, en tant que réserviste. Il veut défendre son pays contre une éventuelle offensive russe. "Je suis en contact avec le commandement qui se trouve sur la ligne de front. Il y a une escalade, une aggravation, affirme cet Ukrainien de 30 ans. On ne prévoit pas d'apaisement. Il nous faut des ressources, des forces."

"La loi martiale peut nous protéger mais..."

Dans cette Ukraine multiple, Elena, 20 ans, ne sera pas facile à convaincre. Entre ses cours à l’université de Kiev et ses parents bloqués dans le Donbass, faute de moyens pour fuir la guerre, l’étudiante n’est pas certaine du bien-fondé de la loi martiale. "Il y a le danger du côté russe, vraiment, et l’instauration de la loi martiale peut nous protéger, mais je ne comprends pas comment ça doit fonctionner, lance la jeune fille. J’ai l’impression que c’est artificiel et politique, mais j’ai aussi l’impression que toutes les guerres le sont." Elena estime qu'elle manque d'éléments pour juger de la situation. "Il n'y a pas assez d'informations pour que je puisse être sûre que cette loi est bonne pour nous". 

Et il y a ceux qui décident fermement de ne pas appliquer la loi martiale de 30 jours voulue par le président ukrainien. C'est le cas du maire de Kharkov, faute officiellement, d'un manque de moyens...

En Ukraine, la loi martiale partage les habitants - un reportage de Claude Bruillot
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