Ukraine : cinq questions sur les enjeux du référendum à Donetsk

Des membres d\'une commission électorale prépare un référendum sur l\'indépendance à Donetsk (Ukraine), le 8 mai 2014.
Des membres d'une commission électorale prépare un référendum sur l'indépendance à Donetsk (Ukraine), le 8 mai 2014. (GENYA SAVILOV / AFP)

Les habitants de la "République populaire de Donetsk", autoproclamée par les séparatistes pro-russes sont appelés à se prononcer sur l'indépendance de la région.

Les autorités de Kiev ont beau dénoncer un scrutin illégal et dénué de toute valeur, le vote est un symbole pour les séparatistes. Les pro-russes organisent, dimanche 11 mai, un référendum sur l'indépendance de Donetsk et Louhansk, deux provinces de l'est de l'Ukraine.

Après avoir pris le contrôle de plusieurs bâtiments officiels dans la région, les séparatistes rééditent le scénario de la Crimée, cette péninsule du sud-est du pays désormais rattachée à la Russie, dans un contexte toujours très tendu. Les autorités de Kiev ont lancé début mai une opération militaire contre les insurgés, qui s'est déjà soldée par des dizaines de morts.

Dans quelles conditions est organisé ce scrutin ? Comment se déroule la campagne ? Que cache la distance affichée par Vladimir Poutine ? Francetv info revient sur les principales questions posées par ce référendum.

Qui est concerné par le référendum ?

Les insurgés de l'est de l'Ukraine prévoient de consulter les habitants de la "République populaire de Donetsk". Autoproclamée le 7 avril par des militants pro-russes, elle se situe au coeur de la région minière du Donbass, l'un des poumons économiques de l'Ukraine.

Les habitants de Louhansk sont également appelés aux urnes par les séparatistes. Les deux provinces, qui sont voisines (en bleu sur la carte), abritent 7,3 millions d'habitants sur les 45,5 millions que compte l'Ukraine. Les insurgés, qui n'y contrôlent pas l'ensemble du territoire, disent attendre une participation de 60 à 70%.

Dans les deux régions, la question sera similaire. "Approuvez-vous l'indépendance de la République populaire de Donetsk" et "approuvez-vous l'indépendance de la République populaire de Louhansk".

 

 

Comment se prépare le vote ?

Derrière l'organisation du scrutin se cache un homme, Roman Lyagin, qui se décrit comme le président de "la commission électorale de la République populaire de Donetsk", explique la BBC (en anglais). C'est lui qui supervise la préparation matérielle du référendum.

La chaîne décrit les imprimantes installées dans le bâtiment de l'administration régionale, occupé depuis des semaines par les rebelles : elles fonctionnent 24 heures sur 24 depuis deux semaines, afin d'imprimer l'ensemble des bulletins de vote.

Les insurgés ne disposent cependant pas de listes électorales officielles, précise l'organe de la "République populaire de Donetsk", La Voix du peuple. "Les autorités de Kiev ont refusé de nous [les] donner, affirme-t-il. C'est pourquoi tous ceux qui veulent voter pourront s'inscrire sur des listes directement dans les bureaux de vote."

Comment se déroule la campagne ?

Les séparatistes font planer la menace d'une attaque "des fascistes de Kiev", explique Libération, qui évoque des rumeurs diffusées dans toute la ville de Donetsk, comme la construction de camps de concentration destinés aux pro-russes. Dans les rues, les affiches évoquent clairement une Ukraine sous la coupe des nazis, signalent des journalistes sur Twitter.

 

Dans ces conditions, les pro-Ukraine ont de plus en plus de mal à se faire entendre et sont victimes de nombreuses intimidations: plusieurs militants ont été tués, enlevés ou battus ces dernières semaines, et d'autres ont trouvé refuge à Kiev ou à l'étranger. "Un drapeau ukrainien dans une voiture, c'est un pare-brise cassé dans la journée", affirme une militante pro-Kiev à Libération.

Le scrutin intervient également alors que le gouvernement ukrainien affiche son intention de rétablir l'ordre dans l'est : l'opération militaire lancée contre les séparatistes s'est déjà soldée par des dizaines de morts et que des combats persistent. Kiev a annoncé la mort d'une vingtaine de pro-russes vendredi 9 mai, après que les insurgés ont tenté de prendre le siège de la police à Marioupol, dans la province de Donetsk.

Que peut-on attendre du scrutin ?

Difficile de garantir les résultats sachant qu'aucun contrôle indépendant ne sera organisé sur les conditions du scrutin. Même dans l'est de l'Ukraine, la population serait en majorité en faveur du maintien de l'unité du pays, selon une étude réalisée par le think-tank américain Pew Research Center. Mais la victoire du camp indépendantiste ne semble guère faire de doutes.

Pour autant, le scénario n'est pas le même qu'en Crimée, péninsule du sud-est de l'Ukraine, annexée par la Russie depuis un référendum contesté mi-mars. Certes, une victoire du "oui" consoliderait le pouvoir des séparatistes à Donetsk, explique le Financial Times (en anglais). Mais les habitants ne sont pas appelés cette fois-ci à s'exprimer sur un rattachement à la Russie : Donetsk pourrait devenir une "sorte de zone grise", estime un officiel pro-Kiev dans le journal, contrôlé par un gouvernement séparatiste soutenu par Moscou.

Pourquoi Poutine a-t-il demandé le report du vote ?

Accusé de manipuler les insurgés pro-russes dans l'est de l'Ukraine, Vladimir Poutine a affiché une position plus conciliante, mercredi 7 mai, en demandant le report du référendum sur l'indépendance. Une proposition rejetée dès le lendemain par les séparatistes, assurant que le scrutin pouvait "mettre fin" à la "guerre civile" dans la région.

L'agence Reuters évoque une potentielle stratégie de la part du président russe. Le rejet de sa demande "peut être utilisé pour démontrer que les gens de l'Est ukrainien ne sont pas des Russes, qu'ils ne reçoivent pas leurs ordres de la Russie, que la Russie n'exerce aucun contrôle sur eux" explique Maria Lipman, du Carnegie Center de Moscou.

C'est d'ailleurs l'idée qu'a cherché à faire passer la presse russe dans la foulée, note Le Figaro. "Poutine ne commande pas le Donbass", titrait le site gazeta.ru. "Les propos de Vladimir Poutine privent les [Occidentaux] partisans d'une ligne dure contre Moscou de prétexte pour lancer un troisième train de sanctions", estimait le quotidien Kommersant.

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