Qui est Viktor Ianoukovitch, le président ukrainien décrié ?

Un manifestant déchire un portrait du président ukrainien, Viktor Yanukovitch, sur la place de l\'Indépendance, à Kiev, vendredi 29 novembre 2013. 
Un manifestant déchire un portrait du président ukrainien, Viktor Yanukovitch, sur la place de l'Indépendance, à Kiev, vendredi 29 novembre 2013.  (STOYAN NENOV / REUTERS )

L'opposition bloque le siège du gouvernement à Kiev. Elle compte sur des ralliements à son appel à la grève générale pour forcer le pouvoir à la démission. 

Les manifestations pro-européennes qui secouent l'Ukraine depuis plus d'une semaine sont aussi des rassemblements anti-Ianoukovitch. A 63 ans, le président ukrainien s'est attiré les foudres d'une partie de la population en refusant de signer un accord d'association avec l'Union européenne.

Lundi 2 décembre, à l'issue d'un week-end marqué par des rassemblements monstres et de nombreuses scènes de violence, les manifestants ont continué de réclamer sa démission. Francetv info dresse le portrait de Viktor Ianoukovitch, l'homme que la contestation aimerait chasser du fauteuil de président, mais qui n'en est pas à son premier défi.

Une ascension spectaculaire

L'opposition et les médias ukrainiens dénoncent les goûts de luxe du président, élu en 2010. Certes, il vit dans une somptueuse villa, se passionne pour les sports automobiles, le tennis et la chasse, mais les jeunes années de Viktor Ianoukovitch se déroulent dans le dénuement. Orphelin à l'âge de deux ans, il est élevé par sa grand-mère et passe un séjour en prison pour vol. Il grandit dans l'est de l'Ukraine, le Donbass industriel, une région russophone difficile.

A la fin des années 90, les luttes de clans y font rage pour le contrôle des usines métallurgiques. Ancien mécanicien devenu patron d'une entreprise de transport, il est nommé gouverneur de Donetsk en 1997. Son ascension se poursuit en 2002, lorsqu'il devient Premier ministre et successeur tout désigné du président Leonid Koutchma.

Une accession au pouvoir dans la contestation 

En 2004, sa victoire truquée à la présidentielle met le feu aux poudres et provoque la Révolution orange. Deux jours après son élection, le 23 novembre, quelque 500 000 personnes se rassemblent sur la place de l'Indépendance, à Kiev, en soutien à son adversaire, Viktor Iouchtchenko, pro-européen. Face à la mobilisation et à la confirmation de fraude électorale sur le premier scrutin, de nouvelles élections sont organisées le 26 décembre. Soutenu par VladimirPoutine, Ianoukovitch est battu de justesse.

Bref Premier ministre d'un exécutif instable

Au lendemain de la Révolution orange, on croyait Viktor Ianoukovitch fini politiquement. Mais dès 2006, sa formation politique, le Parti des régions, devient le premier groupe parlementaire. Incapable de former une coalition stable, Ioulia Timochenko est limogée et Ianoukovitch devient Premier ministre de son rival d'hier, Viktor Iouchtchenko.

Le pays demeure instable : huit mois plus tard, le président dissout à nouveau l'assemblée. Viktor Ianoukovitch doit quitter son poste et rendre le titre de Premier ministre à Ioulia Timochenko.

Le "candidat de Moscou" fait volte-face 

En 2010, il bat finalement sa charismatique rivale. "Cette victoire est le premier pas vers l'unification du pays et vers la stabilité", lance-t-il alors. "Je prendrai en considération les électeurs de Ioulia Timochenko et ceux des candidats qui n'ont pas passé le deuxième tour", poursuit-il. Depuis son arrivée à la présidence, Viktor Ianoukovitch soigne son image : celui qui, il y a quelques années, ne maîtrisait pas impeccablement l'ukrainien le parle désormais parfaitement. "Candidat de Moscou", Viktor Ianoukovitch se présente comme un défenseur des valeurs démocratiques et de l'indépendance de l'Ukraine, tout en affichant sa volonté de se rapprocher de l'Union européenne.

Mais le 21 novembre 2013, à quelques jours de la signature prévue d'un accord d'association historique avec l'Union européenne, son revirement abasourdit les Ukrainiens. Pour les manifestants pro-européens, il ne fait aucun doute que le président a cédé sous la pression de Moscou. Pourtant, "s'il renonce à l'intégration européenne, la Russie va l'engloutir", note l'analyste Olexy Garan, qui relativise la position pro-russe de Viktor Ianoukovitch.

Un président équilibriste accusé d'autoritarisme

Pragmatique, Viktor Ianoukovitch marche sur des œufs. D'un côté, il déclare que son gouvernement a l'intention d'"accélérer" le rapprochement de son pays avec l'UE, avec l'envoi d'une délégation à Bruxelles. Mais parallèlement, le Premier ministre, Mykola Azarov, a annoncé la visite prochaine en Russie du président ukrainien afin de renforcer la coopération entre Kiev et Moscou.

Quant à la répression brutale du week-end, elle a été précédée par une dérive en matière de liberté de la presse et de rassemblement, ainsi que par la condamnation en 2011 de Ioulia Timochenko à sept ans de prison pour abus de pouvoir. Une affaire dénoncée par l'opposition comme un acte de vengeance de la part de Viktor Ianoukovitch, et qui avait provoqué une grave crise entre Kiev et l'Union européenne.