Mise en scène de la mort d'un journaliste russe par l'Ukraine : "Qu'il y ait eu un contrat sur lui, c'est tout à fait possible"

Le journaliste russe Arkadi Babtchenko, lors d\'une conférence de presse, mercredi 30 mai, à Kiev (Ukraine).
Le journaliste russe Arkadi Babtchenko, lors d'une conférence de presse, mercredi 30 mai, à Kiev (Ukraine). (SERGEI SUPINSKY / AFP)

Arkadi Babtchenko "était de plus en plus critique" et avait "reçu des menaces en 2017", a estimé jeudi sur franceinfo Anne Le Huérou, maître de conférences à Nanterre. 

Le journaliste russe Arkadi Babtchenko qu'on croyait mort assassiné à Kiev, est apparu bien vivant mercredi 30 mai lors d'une conférence de presse orchestrée par le chef de la Sécurité d'Etat ukrainienne. Les autorités ukrainiennes expliquent que c'était en fait un coup monté pour déjouer un complot et empêcher le meurtre du journaliste, très critique vis-à-vis du Kremlin.

"Pour l'instant les informations données par les services ukrainiens sont assez légères", a estimé jeudi 31 mai sur franceinfo Anne Le Huérou, maître de conférences à Nanterre, spécialiste de la civilisation russe contemporaine. Mais selon elle, "qu'il y ait eu un contrat sur lui est tout à fait possible". Arkadi Babtchenko "était de plus en plus critique" et avait "reçu des menaces en 2017".

franceinfo : Vous connaissez Arkadi Babtchenko ?

Anne Le Huérou : Tous les gens qui connaissent Arkadi Babtchenko sont passés par des sentiments extrêmement mélangés au cours de ces 24 heures, entre la tristesse et l'abattement de mardi soir, et hier, on a été abasourdis. Je connais Arkadi Babtchenko depuis 2005-2006, ancien vétéran des deux guerres de Tchétchénie. Il avait commencé à publier des nouvelles, des récits, et il avait à cœur de promouvoir la littérature écrite par les anciens vétérans considérant que c'était une manière de les réhabiliter. C'est à cette occasion qu'on avait publié et traduit des nouvelles aux côtés d'auteurs tchétchènes.

Qu'est-ce qui déplaisait à Moscou ?

Il y a plusieurs périodes d'Arkadi Babtchenko. Il s'est fait une plume avec ses récits de guerre, il a été édité et il est devenu, au tournant des années 2010 et encore plus en 2013, de plus en plus critique vis-à-vis du Kremlin. Il a aussi pris fait et cause pour les soulèvements populaires, les révolutions arabes. Il a été arrêté au moment des évènements du parc Gezi et quelques mois plus tard, il se rend à Maïdan (symbole de la révolution ukrainienne) et là il tombe dans Maïdan.

N'est-il pas étrange de le faire passer pour mort ?

Arkadi Babtchenko était de plus en plus critique, il a reçu des menaces en 2017 qui l'ont contraint à quitter la Russie pour Prague, avant de s'installer en Ukraine quelques mois plus tard. Qu'il y ait eu un contrat sur lui, c'est tout à fait possible, plausible. Quand on a appris sa mort mardi soir, on était à la fois très tristes, mais finalement pas si étonnés que ça. On s'est dit, c'est un de plus sur la liste de ceux qui gênent.

Vous estimez donc plausible qu'il y ait eu un contrat sur Arkadi Babtchenko ?

En même temps, plausible ne veut pas dire vrai et c'est toute la question des fake news et des probabilités avec lesquelles les services secrets russes ou ukrainiens peuvent jouer. C'est une histoire tout à fait rocambolesque et pour l'instant les informations données par les services ukrainiens sont assez légères. L'heure est à la circonspection. Soit, c'est quelque chose de tellement énorme qu'on va pouvoir remonter jusqu'à des commanditaires haut placés à Moscou, et là les Ukrainiens seraient les champions du dévoilement de l'implication des services russes, ou bien ça va faire "pschitt".