Comment les Ukrainiens voient-ils la situation de leur pays ?

Des étudiants déploient un drapeau ukrainien géant à Lviv, dans l\'ouest du pays, en soutien à une \"Ukraine unie\", le 2 mai 2014.
Des étudiants déploient un drapeau ukrainien géant à Lviv, dans l'ouest du pays, en soutien à une "Ukraine unie", le 2 mai 2014. (YURIY DYACHYSHYN / AFP)

Un think tank américain a réalisé une série d'études dans le pays. Principal enseignement : 77% des sondés jugent que l'Ukraine doit rester unie.

L'Ukraine se déchire depuis plusieurs mois déjà. Après la révolution de la place de l'Indépendance et la destitution du président Viktor Ianoukovitch, en février, les autorités pro-occidentales de Kiev doivent faire face aux séparatistes pro-russes dans l'est du pays.

Mais que pensent les habitants de la crise que traverse le pays ? Le Pew Research Center (en anglais), un célèbre think tank américain, a réalisé une série d'études auprès de 1 659 personnes dans tout le pays. Les questions leur ont été posées en face-à-face entre le 5 et le 23 avril 2014, après l'annexion de la Crimée par la Russie, mais avant les violences à Odessa et dans d'autres villes de l'est.

Voici les principaux enseignements de ces études.

Large majorité sur l'unité du pays

Séparatistes pro-russes et partisans de Kiev s'affrontent sur le terrain, mais la position de l'opinion publique est claire, selon les résultats des études : 77% des sondés jugent que l'Ukraine doit rester unie.

Sans surprise, la position est ultra-majoritaire dans l'Ouest, avec 93%. Mais même dans l'Est, la tentation de la sécession reste largement minoritaire, y compris chez les populations russophones. Seule la Crimée se prononce majoritairement en faveur de l'autodétermination des régions, à 54%.

La langue, toujours un sujet de discorde

L'abolition d'une loi qui accordait le statut de langue régionale à la langue russe avait attisé les tensions en Crimée, expliquait à francetv info Emmanuelle Armandon, politologue et spécialiste de l'Ukraine à l'Inalco (Institut national des langues et civilisations orientales). Sur ce dossier, l'Ukraine reste profondément divisée.

Dans l'Ouest, 66% des sondés souhaitent que l'ukrainien soit l'unique langue officielle du pays. A contrario dans l'est, le bilinguisme recueille les faveurs de 73% des personnes interrogées.

Les autorités de Kiev en difficulté dans l'est

Les nouvelles autorités pro-occidentales de Kiev, en place depuis la destitution du président Viktor Ianoukovitch, divisent profondément le pays.

Dans l'Ouest, 60% des sondés jugent qu'elles ont eu une "bonne influence" sur la situation dans le pays. A l'inverse, dans l'Est, deux tiers des personnes interrogés les voient d'un mauvais œil.

Inquiétudes autour des prochaines élections

Comment va se dérouler la prochaine élection présidentielle, programmée pour l'instant le 25 mai ? Difficile d'imaginer un scrutin sans accrocs, tant les combats ont été violents dans certaines villes de l'est du pays.

Pourtant, dans l'ouest de l'Ukraine, 59% des sondés estiment que le vote du 25 mai sera libre et équitable. Une confiance que ne partagent pas les habitants de l'Est : seuls 27% ont une opinion similaire.

La Crimée, une région à part

Rattachée à la Russie depuis un référendum contesté, mi-mars, la Crimée, péninsule du sud-est de l'Ukraine, se distingue clairement des autres régions du pays à chaque question des études du Pew Research Center.

Dans la région, les sondés accordent ainsi une confiance massive à Vladimir Poutine, à 93%, contre 4% pour Barack Obama. Et 88% d'entre eux réclament que le gouvernement de Kiev reconnaisse le résultat du référendum et prenne donc acte de leur sortie du territoire ukrainien.