Les laitiers manifestent, pas de mesure de l'UE

les producteurs laitiers européens convergent vers le centre ville pour manifester.
les producteurs laitiers européens convergent vers le centre ville pour manifester. (© France 3)

Plusieurs milliers de producteurs ont manifesté lundi à Bruxelles, paralysant le centre-ville, pour réclamer des aides

Plusieurs milliers de producteurs ont manifesté lundi à Bruxelles, paralysant le centre-ville, pour réclamer des aidesPlusieurs milliers de producteurs ont manifesté lundi à Bruxelles, paralysant le centre-ville, pour réclamer des aides

Venus à bord de centaines de tracteurs, les producteurs, évalués entre 2.400 et 5.000 selon les sources, se sont rassemblés dans le quartier des institutions européennes qu'ils ont totalement bloqué.

Les ministres de l'Agriculture de l'UE convoqués d'urgence ont lancé une réflexion à long terme sur la crise du secteur, sans mesure d'aide immédiate.

Convoquée à la demande de la France et de plusieurs autres pays qui réclament le déblocage d'aides en faveur du secteur du lait victime d'une chute des prix, la réunion ministérielle n'a débouchée sur aucune mesure d'aide immédiate en faveur des producteurs.

On pouvait s'y attendre. La présidence suédoise de l'Union européenne s'était dite en effet très sceptique, un peu plus tôt lundi, face à la demande d'une nouvelle régulation du secteur laitier.

Interrogé sur le sujet, le ministre suédois de l'Agriculture Eskil Erlandsson s'était montré clair : "Je m'en tiens au "Bilan de santé" de la Politique agricole commune car je veux davantage de libéralisation du marché du secteur laitier", avait-il déclaré à son arrivée à la réunion à Bruxelles.

Le "Bilan de santé" de la PAC est le nom donné à une réforme récente de la PAC qui a accentué la libéralisation et la dérégulation du secteur agricole européen, en diminuant notamment les subventions versées.

Pas de mesure d'urgence mais un groupe d'experts


En revanche, les ministres réunis à Bruxelles ont annoncé la mise en place d'un groupe d'experts chargé de réfléchir aux moyens d'aider à terme le secteur laitier. Il devra notamment examiner la question de la généralisation "d'accord contractuels" en Europe entre producteurs et laiteries industrielles pour fixer les prix du lait, et éviter que les tarifs ne chutent trop lourdement.

Ce comité, qui comprendra des membres de la Commission européenne et des Etats de l'UE, doit commencer ses travaux mardi prochain "avec comme date butoir fin juin 2010" pour remettre ses propositions.

De nombreux Etats, emmenés par la France et l'Allemagne, ont aussi souhaité que le groupe étudie "un cadre régulé" du marché du lait, a précisé la commissaire européenne qui n'a cependant pas proposé de mesure de court terme, autre que celles déjà annoncées comme la possibilité pour les gouvernements de verser jusqu'à 15.000 euros par producteur.

Des manifestants remontés


Réunis à l'appel de l'EMB, une organisation récemment apparue dans le paysage syndical agricole européen et qui campe sur une ligne dure, les manifestants ont fait face à un important dispositif de policiers antiémeutes, aidés de véhicules équipés de lances à eau.

Les protestataires ont lancé des oeufs et des bouteilles en direction du lieu de la réunion, des policiers, mais aussi parfois des journalistes. Ils ont fait aussi retentir des sirènes et des klaxons ou lancé des pétards. Les plus déterminés ont tenté de mettre le feu à des bottes de pailles, entraînant le déclenchement des canons à eau.

"Ultra libéralisme = Mort de l'agriculture", pouvait-on lire sur les calicots des manifestants, ou encore "Pas de pays sans paysans".

Les protestataires accusent la politique actuelle de libéralisation de l'agriculture européenne d'être responsable de la situation, ce que réfute la Commission. Pour elle, c'est la baisse de la demande de produits laitiers, consécutive à la crise économique, qui est à l'origine du repli des prix.

Divergences de vues


Les pays européens restent divisés sur les moyens de faire face à la chute des prix laitiers, à l'origine de la crise actuelle, entre tenants de la libéralisation et du maintien d'un filet protecteur des pouvoirs publics.

Le secrétaire d'Etat allemand à l'Agriculture, Gert Lindemann, a indiqué lundi vouloir de la Commission européenne des "mesures d'accompagnement" à la hausse en cours des quotas de production laitière dans l'UE, rendue responsable par certains producteurs de la baisse des prix.

Il a reconnu toutefois qu'il n'y avait "pas d'unité" entre les pays de l'UE et qu'il serait difficile notamment de revenir sur la hausse des quotas laitiers.

Des réactions unanimes en France


La Confédération paysanne, qui avait soutenu la grève du lait à la mi-septembre, a dénoncé le "mépris" des ministres européens de l'Agriculture à l'égard des producteurs laitiers. "C'est la tendance la plus dérégulatrice qui l'a emporté", a regretté Philippe Collin, porte-parole de la Confédération paysanne, syndicat minoritaire.

La Coordination rurale, qui avait appelé à la grève du lait à la mi-septembre, a annoncé un "durcissement" des actions des agriculteurs. "Nous n'avons pas été entendus", a regretté François Lucas, président du syndicat agricole minoritaire, estimant que les autorités européennes avaient répondu "à la détresse" des producteurs de lait par le "mépris".

La Fédération nationale des producteurs de lait, branche du syndicat majoritaire FNSEA, a regretté que la réunion des ministres européens de l'Agriculture n'ait conduit à "aucune remise en cause" de la politique de Bruxelles dans le secteur du lait. "Malgré les efforts du ministre Bruno Le Maire, la ligne suivie par l'Union européenne dans l'évolution de la politique européenne commune (PAC) n'a pas subi la moindre inflexion", a dénoncé la fédération.

Dans un communiqué séparé, la FNSEA a rappelé que les producteurs avaient besoin de "mesures d'urgence pour apporter un peu d'oxygène dans les trésoreries".