Quand l'Allemagne de l'Est servait de cobaye aux labos

Une usine de l\'entreprise allemande Hoescht, photographiée le 6 février 1996, à Francfort (Allemagne).
Une usine de l'entreprise allemande Hoescht, photographiée le 6 février 1996, à Francfort (Allemagne). (MATZERATH FABIAN / DPA / AFP)

Plus de 50 000 personnes de l'ex-Allemagne de l'Est communiste ont été la cible de tests, souvent à leur insu, selon "Der Spiegel".

Certains y ont laissé la vie. Plus de 50 000 personnes de l'ex-Allemagne de l'Est communiste ont servi de cobayes pour les groupes pharmaceutiques occidentaux, souvent à leur insu, selon un article de l'hebdomadaire allemand Der Spiegel, paru dimanche 12 mai. Au total, plus de 600 études dans 50 cliniques ont été menées jusqu'à la chute du Mur de Berlin en 1989.

Des documents inédits du ministère est-allemand de la Santé, ainsi que de la Stasi et de l'Institut allemand des médicaments, font apparaître deux morts à Berlin-est lors d'essais concernant le Trental, un produit améliorant la circulation sanguine, développé par le groupe ouest-allemand Hoechst (fusionné depuis avec Sanofi). Deux morts ont également été recensés près de Magdebourg, lors d'essais d'un médicament contre la tension pour Sandoz, racheté depuis par le groupe suisse Novartis.

Certains patients testés sans consentement

Bien souvent, les patients n'étaient pas en état de donner un consentement éclairé, comme ces trente grands prématurés sur lesquels l'EPO a été testée à la demande d'un groupe ouest-allemand, poursuit Der Spiegel. Les laboratoires offraient jusqu'à 800 000 Marks ouest-allemands (environ 400 000 euros) par étude.

Interrogés par l'hebdomadaire, les entreprises concernées ont souligné que ces faits remontaient à fort longtemps et qu'en principe, les tests de médicaments obéissent à des protocoles très stricts. La fédération des chercheurs des industries pharmaceutiques ne voit, quant à elle, "pour le moment aucune raison de suspecter que quoi que ce soit ait été irrégulier", conclut Der Spiegel.