Le Parlement européen est en train de se "décridibiliser" selon le Secrétaire d'Etat Pierre Lellouche

Eric Besson, le chef de la diplomatie roumaine Teodor Baconschi et Pierre Lellouche à Bucarest le 9 septembre 2010
Eric Besson, le chef de la diplomatie roumaine Teodor Baconschi et Pierre Lellouche à Bucarest le 9 septembre 2010 (AFP / Daniel Mihailescu)

"Je réponds au Parlement européen (PE) qu'ils sont en train de se décrédibiliser", a déclaré vendredi matin le Secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères, Pierre Lellouche sur France Inter.Le PE a voté jeudi une résolution qui demande à Paris et à d'autres Etats européens de suspendre les expulsions de Roms.

"Je réponds au Parlement européen (PE) qu'ils sont en train de se décrédibiliser", a déclaré vendredi matin le Secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères, Pierre Lellouche sur France Inter.

Le PE a voté jeudi une résolution qui demande à Paris et à d'autres Etats européens de suspendre les expulsions de Roms.

"Quand le Parlement européen viole lui-même les textes, c'est-à-dire les directives sur les mouvements internes dans l'Union européenne et dit 'non, vous n'avez plus le droit d'expulser', ça veut dire quoi ? L'article 3 du traité n'a plus aucune valeur ?", a poursuivi M. Lellouche. "La loi européenne, c'est que la liberté de circulation s'applique dans les 27 Etats. C'est trois mois de résidence - pas 30 ans - et c'est pas aux frais de la princesse: personne n'a le droit d'aller s'installer sans ressources à l'autre bout de l'Europe aux frais du pays d'accueil", a-t-il martelé.

Dans le même sens, le ministre de l'Immigration, Eric Besson avait déjà déclaré jeudi à Bucarest qu'il n'était "pas question" que la France suspende les reconduites de Roms. Eric Besson et Pierre Lellouche étaient dans la capitale roumaine pour demander la mise en place d'un "plan national d'urgence" pour insérer les citoyens roms. "La France va demander des engagements sur la coopération policière et judiciaire, la lutte contre le trafic d'êtres humains, l'intégration des Roms en Roumanie avec la mise en place d'un plan national d'urgence 2010-2013", a déclaré Pierre Lellouche à des journalistes. Paris veut un "engagement de la Roumanie à insérer les Roms sur son territoire", y compris ceux renvoyés de France.


Le ministre de l'immigration a également déclaré vendredi sur France Info que Bucarest avait suggéré à Paris de "supprimer l'aide au retour volontaire" pour les Roms roumains. "Le gouvernement roumain nous a dit qu'il trouvait que c'était une mauvaise idée de leur donner de l'argent (à des Roumains) pour revenir dans leur pays et qu'il nous suggérait de supprimer cette aide au retour volontaire humanitaire", a-t-il déclaré. "La France se singularise en Europe par le fait que nous avons le droit des étrangers en situation irrégulière le plus protecteur d'Europe, que nous travaillons en permanence sous le contrôle du juge. La France se singularise par le fait que lorsqu'elle renvoie dans son pays un étranger en situation irrégulière, dont des Roumains, elle leur apporte une aide financière de 300 euros par personne et de 100 euros par enfant et une aide à la réinsertion", a poursuivi le ministre.

Résolution adoptée au Parlement de Strasbourg
Le Parlement européen a adopté jeudi une résolution demandant à la France et aux autres Etats de l'UE de "suspendre immédiatement" les expulsions de Roms, qui ont suscité une vive controverse ces dernières semaines. Cette résolution, présentée par les socialistes, les libéraux, les verts et les communistes a obtenu 337 voix contre 245.

Le Parlement se déclare "vivement préoccupé par les mesures prises par les autorités françaises ainsi que par les autorités d'autres Etats membres à l'encontre des Roms et des gens du voyage prévoyant leur expulsion". La résolution adoptée demande à Paris et aux autres autorités "de suspendre immédiatement toutes les expulsions de Roms".

La Roumanie compte la plus importante communauté rom d'Europe, forte de 530.000 à 2,5 millions de membres. Nombre d'entre eux sont confrontés à la misère et au chômage, malgré les progrès enregistrés dans l'accès à l'éducation.

Jeudi, quatre des principaux groupes du Parlement européen (socialiste, libéral, vert et communiste) devaient présenter une résolution pour demander à la France et à d'autres Etats de l'UE de "suspendre immédiatement" les expulsions de Roms. Le principal groupe politique du Parlement européen, le PPE (conservateurs), devait soumettre de son côté une résolution sur la situation des Roms en Europe, mais sans critiquer Paris.

Dans un éditorial publié jeudi dans le quotidien roumain Evenimentul Zilei, le chef de la diplomatie roumaine Teodor Baconsch demande une stratégie européenne, seule à même, selon lui, de répondre durablement "aux problèmes et aux attentes" des 10 à 12 millions de Roms en Europe. Il se dit "prêt à collaborer avec la France" sur des projets concrets tout en rappelant que la "Roumanie continue malgré la crise de soutenir une stratégie nationale pour les Roms".

"Nous partageons certains points soulevés par la France sur la nécessité pour le gouvernement roumain de faire davantage mais en même temps, ces déclarations perdent de leur crédibilité quand on voit la politique d'expulsions et de démantèlement des camps", a déclaré à l'AFP David Mark, directeur de l'ONG roumaine Alliance civique pour les Roms juste avant la visite des ministres français.

Invoquant une hausse de la délinquance et incriminant notamment les Roms, Nicolas Sarkozy et le gouvernement ont fait évacuer et démanteler, depuis fin juillet, des dizaines de camps. Des centaines de Roms ont été expulsés, principalement vers la Roumanie mais aussi vers la Bulgarie.

Mercredi, le commissaire aux droits de l'Homme du Conseil de l'Europe, Thomas Hammarberg, a affirmé que la rhétorique politique actuelle contre les Roms était similaire à des termes utilisés par les nazis et les fascistes.

"Je suis surpris et choqué par ses propos sur Twitter qui utilisent des termes extrêmement graves - nazis, fascistes - qu'il semble lier à la République française", a rétorqué Pierre Lellouche en annonçant que la France allait "demander des explications".

Paris n'a de cesse de justifier sa politique, réaffirmant que tous les démantèlements de camps et les reconduites se déroulent dans le cadre des lois de la République et des règles européennes. Mardi, la Commission de Bruxelles s'est dit satisfaite des garanties apportées par la France.

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