Le Parlement européen désapprouve le budget de l'UE

Les eurodéputés écoutent un discours de François Hollande, le 5 février 2013, au Parlement européen de Strasbourg (Bas-Rhin).
Les eurodéputés écoutent un discours de François Hollande, le 5 février 2013, au Parlement européen de Strasbourg (Bas-Rhin). (BERTRAND LANGLOIS / AFP)

Les eurodéputés ont voté une résolution contre le projet de budget, adopté le mois dernier par les chefs d'Etat et de gouvernement. Ils regrettent le manque d'ambition d'un texte marqué par l'austérité. 

Les eurodéputés disent "non" aux dirigeants européens. Le Parlement de Strasbourg a voté à une forte majorité (506 voix contre 161), mercredi 13 mars, une résolution contre le projet de budget adopté le mois dernier par les chefs d'Etat et de gouvernement.

Souvenez-vous : le 8 février, les Vingt-Sept avaient accouché au forceps d'un projet de budget pluriannuel 2014-2020, en baisse par rapport à la période précédente. Les Etats favorables à davantage d'investissements (comme la France) avaient été contraints de céder face aux plus orthodoxes (Allemagne, Royaume-Uni...). Ces derniers, considérés comme les vainqueurs de la négociation, avaient toutefois échoué à imposer toutes les coupes budgétaires escomptées. Mais pour entrer en vigueur, ce texte doit aussi recevoir l'approbation du Parlement européen. 

Ce que le Parlement européen reproche au budget

Par leur vote de mercredi, les eurodéputés confirment la position adoptée au lendemain de l'accord trouvé entre les Etats : "Le Parlement européen ne peut accepter en l'état" cet accord, avaient annoncé les leaders des quatre principaux groupes politiques (conservateurs, socialistes, libéraux et verts), qui représentent 80% des élus strasbourgeois. Selon eux, le texte "ne renforcera pas la compétitivité de l'économie européenne. Au contraire, il ne fera que l'affaiblir. Ce n'est pas dans l'intérêt des citoyens européens", écrivaient-ils.

"Où est l'innovation, où est l'éducation, où est la recherche ? Ils ont renoncé à l'idée que nous avions besoin de moderniser l'Europe", s'insurge dans une interview à Reuters le président du Parlement européen, le social-démocrate allemand Martin Schulz.

Que va-t-il se passer maintenant ?

Malgré la résolution du Parlement, le budget pluriannuel n'est pas encore enterré. Le vote proprement dit n'ayant lieu qu'en juillet, une période de négociation va s'ouvrir entre les parlementaires et les Etats. Les eurodéputés ont plusieurs revendications.

La plus forte, qui sera aussi la plus difficile à obtenir, est un relèvement des plafonds de dépense. Autrement dit, une augmentation du montant du budget de l'UE. Un point de non-retour pour Londres et Berlin. Si bien que les eurodéputés pourraient mettre de l'eau dans leur vin. "Nous pouvons accepter de travailler sur un budget globalement plus serré, compte tenu de la période de crise dans laquelle nous vivons aujourd'hui", explique ainsi le président du groupe libéral-démocrate, Guy Verhofstadt.

Mais ce n'est pas tout. Les parlementaires européens demandent une plus grande flexibilité, qui permettrait de déplacer des crédits non employés d'une rubrique à l'autre et d'une année à l'autre, chose impossible à ce jour. Les élus vont également tenter d'augmenter les ressources propres de l'Union européenne, afin que les budgets successifs soient moins directement fonction du bon vouloir des Etats membres.

Autre demande : une clause de révision permettant de modifier ce budget au bout de deux ans, en cas de retour de la croissance. Histoire de ne pas graver dans le marbre un programme d'austérité pour les sept prochaines années.

Jusqu'où ira la fronde des eurodéputés ?

C'est la question que tout le monde se pose : le Parlement européen peut-il vraiment retoquer le budget pluriannuel lors du vote prévu en juillet ? C'est peu probable. Si tel était le cas, c'est le budget actuel qui continuerait à s'appliquer. Un scénario catastrophe pour les Etats les plus orthodoxes, qui vont tout faire pour éviter cette situation. Et donc lâcher du lest lors des négociations.

Particulièrement hostile à ce texte, l'écologiste Daniel Cohn-Bendit craint que les eurodéputés n'aillent pas au bout de leur démarche. Un compromis finira "malheureusement" par s'imposer, prédit-il. "Il faudrait qu'une fois ce Parlement dise 'non'. En disant 'non' maintenant, il lancerait un vrai débat pour les prochaines élections européennes" de juin 2014.

A l'Elysée, les tractations sont sans doute scrutées avec attention. Si le sommet de février s'était soldé par une demi-défaite pour François Hollande, la fronde des eurodéputés valide son plaidoyer pour plus de croissance et moins de rigueur en Europe. "Pour accomplir le projet européen, pour faire avancer la démocratie, c'est vous qui allez décider", avait d'ailleurs lancé le président français aux eurodéputés, en clôture de son discours du 5 février à Strasbourg.

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