Le maire de Duisbourg se retrouve accusé d'avoir ignoré les avertissements sur les risques que présentait la Love Parade

Le maire de Duisbourg, Adolf Sauerland - 25/07/10
Le maire de Duisbourg, Adolf Sauerland - 25/07/10 (AFP Daniel Roland)

Adolf Sauerland, au coeur des critiques, a affirmé mardi dans le quotidien Rheinische Post n'avoir "eu connaissance d'aucun avertissement" en amont de ce festival.La Love Parade de Duisbourg a attiré 1,4 million de fans de techno dont 20 ont trouvé la mort et 500 autres ont été blessés dans une bousculade géante samedi 24 juillet.

Adolf Sauerland, au coeur des critiques, a affirmé mardi dans le quotidien Rheinische Post n'avoir "eu connaissance d'aucun avertissement" en amont de ce festival.

La Love Parade de Duisbourg a attiré 1,4 million de fans de techno dont 20 ont trouvé la mort et 500 autres ont été blessés dans une bousculade géante samedi 24 juillet.

Il appartient à la municipalité de vérifier si de telles manifestations peuvent avoir lieu ou non "et c'est exactement ce que nous avons fait consciencieusement dans ce cas", assure celui qui est pour l'heure resté sourd aux multiples appels à sa démission. Son site internet a été mis hors service et, selon le quotidien populaire Bild, sa famille a été placée sous protection policière.

Plusieurs avertissements avaient été donnés
L'ancien chef des pompiers
de Duisbourg, Klaus Schäfer, a déclaré mardi à la chaîne de télévision privée n-tv avoir "urgemment déconseillé" la tenue de la parade au vu des failles de sécurité.

"La police à Duisbourg a clairement fait part de ses doutes dans plusieurs ateliers de travail et discussions", a déclaré de son côté un fonctionnaire à la retraite, cité dans le Süddeutsche Zeitung. En particulier, le président de la police locale, désormais à la retraite, Rolf Cebin, s'était opposé à l'organisation de la Love Parade en raisons de ces doutes, ce qui lui avait valu des pressions politiques pour qu'il soit démis, ajoute le quotidien.

Le propriétaire de la marque Love Parade, McFit Rainer Schaller, a rejeté la responsabilité de la tragédie sur la police. Il a affirmé à la presse que la police avait donné l'instruction d'ouvrir certains accès au tunnel alors que celui était déjà menacé d'engorgement.

Malgré cela, le parquet qui a saisi des documents liés à l'organisation de l'événement, dirige une enquête pour soupçon d'homicides par négligence.

La société Lopavent, organisatrice de la Love Parade, a souscrit une assurance "à hauteur de 7,5 millions d'euros" auprès de la filiale allemande du français Axa, qui a indiqué tout faire "pour trouver rapidement des solutions raisonnables". L'université de Bochum, près de Duisbourg, a proposé les services gracieux d'un professeur en droit pour conseiller les étudiants directement ou indirectement victimes du drame, et qui souhaiteraient poursuivre en justice les responsables.

La plupart des morts, âgés de 20 à 40 ans, ont été trouvés près de deux escaliers en métal à une entrée du tunnel. A ce niveau, la rue menant au festival est surplombée par deux pentes raides dont les accès étaient en principe interdits par des barrières, selon les autorités.

Les causes apparentes du drame
"Il y avait beaucoup trop de monde qui voulaient entrer", selon une jeune participante. "Apparemment, certains ont tenté d'entrer en escaladant une clôture et sont tombés. Ce n'est pour l'heure qu'une hypothèse, mais cela est peut-être à l'origine du mouvement de panique", a expliqué un responsable des secours. "15 personnes sont mortes après avoir escaladé des barrières et être tombées", a rapporté un responsable de la ville de Duisbourg. Selon cette source, le drame a démarré non pas dans le tunnel lui-même, mais dans des escaliers situés à sa sortie.

En dépit de la bousculade, la musique a continué. Ne sachant apparemment pas ce qui se passait, des milliers de personnes ont continué à danser et à écouter la musique. Les autorités de la ville ont expliqué avoir décidé de ne pas interrompre brutalement la fête, par peur de voir d'autres mouvements de panique au sein de cette foule immense.

"Tout le monde a continué à danser, alors que certains avaient peut-être des amis qui sont morts", a raconté un témoin. "Et à la fin les organisateurs ont même dit: 'Nous vous remercions pour cette belle journée'", a-t-il ajouté. "L'organisation était mauvaise. Très vite, il n'y avait plus rien à boire à part de l'alcool. Et alors que c'était déjà plein, [les organisateurs] laissaient encore entrer les gens", rapporte un boulanger de 22 ans.

Pas de nouvelle édition de la Love Parade
Le propriétaire de la marque Love Parade, le fondateur de la chaîne de salles de sport "low cost" McFit Rainer Schaller, a annoncé qu'il n'y aurait pas de nouvelle édition de la fête qui avait vu le jour en 1989 à Berlin.

La première Love Parade a été créée à Berlin en 1989 pour quelque 150 personnes. Depuis, elle a fait des émules dans toute l'Europe. Dix ans plus tard, elle déplaçait 1,5 million de participants dans la capitale fédérale.

Par la suite, la manifestation a connu des problèmes de financement. De plus, certains Berlinois étaient excédés par des fêtards souvent sous l'emprise de l'alcool et/ou de la drogue qui causaient des dégâts dans le Tiergarten, le grand parc du centre de la capitale fédérale.

Résultat: en 2007, la Love Parade a quitté Berlin pour la région de la Ruhr, dans l'ouest de l'Allemagne: Essen en 2007, Dortmund en 2008. L'édition 2009, prévue à Bochum, a dû être annulée en raison de travaux dans la ville.

Les mouvements de panique sont rares en Europe
De tels mouvements de panique sont rares sur le Vieux continent et sont généralement le fait de violences à l'occasion d'événements sportifs. En 1985, 56 personnes ont été tuées à Bradford, en Angleterre, lorsqu'un incendie a provoqué un mouvement de foule pendant un match de football. La même année, au stade du Heysel à Bruxelles, 39 personnes sont mortes en tentant de s'échapper lors d'affrontements entre des supporters des équipes de foot de la Juventus de Turin et de Liverpool.