Le footballeur Zlatan Ibrahimovic a-t-il changé le caractère suédois?

Le Suédois Zlatan Ibrahimovic, l’ancienne star du PSG qui a qualifié son pays pour l’Euro, est le symbole d’une intégration réussie. L’homme est né en 1981 d’un père bosniaque et d’une mère croate à Rosengard, quartier pauvre de Malmö. Il serait à lui seul un symbole, celui d’une Suède dont plus de 20 % de la population est d’origine immigrée. Une Suède moins guindée et moins ennuyeuse.

«J’étais une petite frappe de Rosengard. J’étais différent», explique Zlatan Ibrahimovic dans le livre Moi, Zlatan Ibrahimovic, mon histoire racontée à David Lagercrantz (JC Lattès). Une différence dont il entendait ainsi faire son «identité». «J’en jouissais de plus en plus en me fichant bien de savoir quoi que ce soit à propos des idoles que vénéraient les Suédois», ajoute-t-il.

On reconnaît bien là le goût de la provocation de l’ancien joueur du PSG. Lequel a expliqué très immodestement au Monde début juin 2016 : «Ibra est venu et il a pris le pouvoir en France». Il ajoute à propos de François Hollande: «Je ne peux pas parler pour lui puisque je ne le connais pas. Mais je peux le rendre populaire, si je veux. Mais je ne sais pas si j’en ai envie»

Si l’on en croit les propos tenus dans sa biographie, «Ibra» n’aurait donc qu’une identité : celle d’un jeune issu d’un milieu immigré très pauvre, «bagarreur» au verbe haut, voire d’un pré-délinquant volant des vélos, fils d’une mère gagnant difficilement sa vie comme femme de ménage et d’un concierge alcoolique orphelin de la Yougoslavie disparue. Avec une demi-sœur trafiquant de la drogue.

A ses débuts, «Ibra» n’a pas toujours fait l’unanimité. Notamment auprès de l’extrême droite et du parti anti-immigration «Démocrates de Suède» pour qui il n’était assez «suédois». Il ne l’est pas «dans sa façon de penser, d’agir de parler», explique ainsi l’un des leaders de la formation, Mattias Karlsson, cité par l’(excellente) émission de Canal+, Enquêtes de foot. Par la suite, ces propos ont été démentis par d’autres extrémistes de droite.


«Le plus suédois des Suédois»
«Il a divisé les Suédois au début de sa carrière. Mais aujourd’hui, il jouit d’une immense popularité. Tout le monde lui est reconnaissant de ce qu’il a apporté au football suédois, du joueur qu’il est. En cette période où les migrants viennent en Suède et où on les accueille, il est plus important que jamais. Il est certainement le plus suédois des Suédois», explique ainsi Mathias Lühr, journaliste au journal Expressen, cité par le site rmcsport.bfmtv.com.

Un point de vue largement partagé dans son pays.Résultat: quand il interprète l’hymne suédois, sa reprise est téléchargée plus de 3 millions de fois… Une reprise qui obtient même un disque d’or en octobre 2015.


Une telle popularité s’explique évidemment par ses succès footballistiques. Mais ses concitoyens apprécieraient également Zlatan pour «son parcours», analyse dans «Enquêtes de foot» une ex-vice-Première ministre et ex-présidente du Pari social-démocrate Mona Sahlin. «Il représente l’histoire de la Suède moderne», ajoute-t-elle. Un pays dont la société est devenue multiculturelle. A tel point qu’une universitaire, Annika Olsson a fait du footballeur un objet d’étude pour évoquer la construction de l’identité suédoise et de son évolution.

La marque Volvo ne s’y est d’ailleurs pas trompée. Elle en a fait le centre d’une campagne de pub télévisuelle. A ses yeux, Zlatan est «l’incarnation de la Suède».

Ibracadabra, l’exact contraire d’«Iceborg»
S’il incarne la Suède et ses valeurs, l’homme, à qui l’on prête décidément beaucoup d’influence, aurait contribué aux changements sociétaux dans son pays. «Il ne faut surtout pas sous-estimer Zlatan. Il est tout sauf idiot. Il est beaucoup moins lisse qu’un joueur comme l’Argentin Lionel Messi, il a su jouer de son image», explique un journaliste français. Son image ? Celle d’un enfant d’immigré «qui après avoir grandi dans des conditions difficiles s’est hissé au firmament du football mondial» (Ouest France). Celle d’un homme complètement imprévisible, générateur de polémiques.

«Avec lui, les Suédois ont changé. Ils ont intégré son caractère bouillant de personnage d’origine méditerranéenne et balkanique, le caractère d’un extraverti qui n’hésite pas à jouer au fanfaron. Cela change d’un Björn Borg dans les années 70-80, le joueur de tennis qu’on appelait ‘‘Iceborg’’» (Ice pour glace en anglais), poursuit le journaliste français. A côté, «Ibra» fait effectivement figure de joueur bouillant. Et bouillonnant. Son surnom : Ibracadabra. A noter aussi que «dans la plupart des langues slaves, Zlatan veut dire ‘‘en or’’», rapporte le site allfootballers.com.


Une telle personnalité a dû effectivement détonner dans une société nordique et sociale-démocrate réputée policée et égalitaire, où il ne faut pas élever un mot plus haut que l’autre. «Dans la vieille société suédoise, tout le monde était au même niveau. Vous ne deviez pas vous vanter. Nous avions ces ex-gloires comme Björn Borg avec leurs discours ennuyeux. (…) Soudain arrive Zlatan, d’un milieu totalement différent, avec des propos sans humilité du genre ‘‘Je veux acheter une Ferrari’’, ‘‘Je suis le roi’’ etc. Un comportement inhabituel pour un Suédois. Quelque part, cela a permis de tourner la page de la vieille Suède ennuyeuse», analyse  David Lagercrantz, le biographe de Zlatan devant la caméra d’Enquêtes de foot. Reste à savoir si cette influence prêtée à Ibrahimovic sera effectivement durable. Perdurera-t-elle quand le joueur ne sera plus au firmament ? 
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