La police norvégienne a ramené lundi à 76 morts le nombre des victimes des attaques de vendredi

Mémorial spontané, installé près de la cathédrale d\'Oslo, en l\'honneur des 78 victimes des tueries
Mémorial spontané, installé près de la cathédrale d'Oslo, en l'honneur des 78 victimes des tueries (AFP - JONATHAN NACKSTRAND)

Le nombre de morts lors de la fusillade sur l'île d'Utoya est désormais de 68 (contre 86 précédemment).Dans le même temps, le bilan de l'attentat à la bombe à Oslo passe de 7 à 8 personnes tuées.

Le nombre de morts lors de la fusillade sur l'île d'Utoya est désormais de 68 (contre 86 précédemment).

Dans le même temps, le bilan de l'attentat à la bombe à Oslo passe de 7 à 8 personnes tuées.


Pour expliquer l'évolution du bilan, la police norvégienne a invoqué la difficulté de
réunir et de synthétiser les renseignements sur le drame de Utoya.

L'audition du suspect
Après avoir comparu lundi, l'auteur présumé des tueries, Anders Behring Breivik, a été placé en détention provisoire pour une période renouvelable de 8 semaines.

Il a affirmé devant le juge qu'il avait coopéré avec "deux autres cellules" dans son organisation, sans plus de précision. Dimanche, il avait affirmé avoir agi seul.

L'agresseur a dit avoir voulu s'en prendre au Parti travailliste, au pouvoir en Norvège, parce qu'à son avis il avait "trahi" le pays. En massacrant sur une île des dizaines de membres des jeunesses de cette formation politique, il a voulu porter un coup d'arrêt au recrutement de nouveaux membres. Lequel, selon lui, favorise la venue massive de musulmans en Norvège.

"L'objectif de l'attaque était d'adresser un signal fort à la population", a-t-il affirmé. Il a ajouté vouloir éviter que l'Occident ne soit contrôlé par les musulmans. Il a par ailleurs déclaré que les attaques ne visaient pas à faire un maximum de victimes.

Il s'est également dit prêt à passer toute sa vie en prison.

L'audience, qui a duré environ 40 minutes, s'est tenue à huis clos conformément aux voeux de la police. "Il y a des informations concrètes qui indiquent qu'une audience publique, en présence du suspect, peut déclencher une situation extraordinaire et extrêmement délicate eu égard à l'enquête et à la sécurité", avait expliqué le juge Kim Heger pour justifier sa décision.

La famille royale norvégienne, le Premier ministre Jens Stoltenberg et des membres de la Norvège officielle ont pris part dimanche à la dans la cathédrale d'Oslo.

Un geste planifié de longue date
Dans un mémoire en anglais de 1500 pages (voir plus loin) publié sur internet avant son passage à l'acte, Breivik, 32 ans, révèle qu'il préparait ses opérations depuis l'automne 2009 au moins.

Samedi, devant les enquêteurs, ce "fondamentaliste chrétien", proche de l'extrême droite, a reconnu être l'auteur des attentats, et a jugé son acte "cruel" mais "nécessaire", selon son avocat. Dimanche, la police a déclaré que le suspect, Anders Behring Breivik, se montrait "coopératif", mais a refusé de fournir tout élément sur les motivations du suspect et sur son état d'esprit.

Entendu longuement par la police, Breivik sera présenté devant un juge lundi pour une décision sur son placement en détention provisoire, selon la police.

Son avocat indiquait dimanche que son client reconnaissait les faits mais estimait n'avoir "rien fait de répréhensible". Le même jour, la police d'Oslo a aussi indiqué qu'il reconnaissait les faits mais "pas sa responsabilité criminelle".

Il encourt la peine maximale 21 ans de prison en Norvège, la peine maximale. Des voix se sont élevées, sur internet, pour réclamer le rétablissement de la peine de mort.

Des motivations islamophobes et antimarxistes
Le Norvégien de 32 ans a publié sur internet un mémoire en anglais de 1500 pages, intitulé "2083: une déclaration européenne d'indépendance". Le texte est signé "Andrew Berwick, Commandeur des Chevaliers Justiciers". Mais dans un passage, l'auteur confirme qu'il est Norvégien et que son nom réel est Anders Behring Breivik.

Truffé de diatribes islamophobes et antimarxistes, il détaille les préparatifs des attaques, évoquant "l'usage du terrorisme comme un moyen d'éveiller les masses". Il dit s'attendre à être perçu "comme le plus grand monstre depuis la Seconde guerre mondiale". Il y dénonce aussi "la colonisation islamique et l'islamisation de l'Europe occidentale" et fustige "la montée d'un multiculturalisme-marxisme culturel" en Europe

Le manifeste, entrecoupé de longues références historiques, comprend de nombreux détails sur la personnalité du suspect, sa manière d'opérer pour fabriquer une bombe et s'entraîner au tir, et son carnet de bord très précis des trois mois précédant les attaques.

Il se termine par "je pense que ceci sera ma dernière entrée. Nous sommes maintenant le vendredi 22 juillet, 12h51", soit moins de 3 heures avant le début des attaques d'Oslo.

Les motivations islamophobes et antimarxistes y sont omniprésentes. "Une cible prioritaire est la réunion annuelle du parti socialiste/social-démocrate de votre pays", écrit le Norvégien dans son très long texte, qu'il dit avoir rédigé en neuf ans.

Il y établit également une liste des pays à cibler en Europe, essentiellement liée à leurs proportions d'habitants musulmans, qui place la France en tête.

Sur son profil Facebook (désormais introuvable, car supprimé ou noyé par les nombreuses pages communautaires traitant de son cas), l'homme à la chevelure blonde mi-longue se décrit comme "conservateur", "chrétien", célibataire, intéressé par la chasse et par des jeux tels que "World of Warcraft" et "Modern Warfare 2". Il apparaît dans une vidéo, postée sur YouTube, qui vante le combat contre l'islam. Sur cet enregistrement d'environ 12 minutes, intitulé "Templiers 2083", on le voit revêtu d'une combinaison de plongée en train de brandir une arme automatique.

Le père du suspect réside en France
Le père d'Anders Behring Breivik, un retraité qui vit depuis un an à Cournanel, un village de 503 habitants proche de Limoux (Aude), a dit lundi avoir "honte" de son fils.

Jenz Breivik a accordé une interview à une journaliste de la télévision norvégienne dont il a fait sa porte-parole dans l'espoir de voir partir la quinzaine de journalistes qui entouraient sa maison depuis dimanche. "Il est très, très triste, il est toujours dans un état de choc et il ne retournera jamais en Norvège", a-t-il dit selon la journaliste qui sortait de la maison.

"Il a honte de son fils. Il n'avait pas beaucoup de contacts avec lui. Ils se sont séparés quand le garçon avait 15 ans, le garçon disait qu'il voulait aller aux Etats-Unis et qu'il ne voulait pas avoir de contact avec son père. Mais même avant cela, il n'avait pas beaucoup de contacts", a-t-elle ajouté.

Jenz Breivik, un ancien diplomate qui a été en poste dans plusieurs capitales européennes, dont Paris, s'exprimait dans la maison qu'il habite avec sa seconde femme, Wanda, mais a refusé de montrer son visage de face devant la caméra norvégienne.

Lundi matin, une dizaine de gendarmes étaient toujours positionnés autour et dans la maison du couple norvégien. "Cette présence de gendarmes se fait dans le cadre d'une mission de sécurisation tout à fait normale", a précisé le procureur de la République de Carcassonne.

Le scénario des attaques
Une ou deux bombes de forte puissance ont d'abord explosé vendredi en milieu d'après-midi près du siège du gouvernement et la fusillade sur une île des environs d'Oslo apparaissent comme une attaque concertée pour frapper au coeur le royaume scandinave. L'attaque a fait sept morts et neuf blessés graves. Le premier ministre, Jens Stoltenberg, n'était pas présent au moment de cette première attaque.

Entendue à des kilomètres à la ronde, l'explosion (ou les explosions) a a soufflé les fenêtres du bureau du chef du gouvernement. L'imposante tour brune était endommagée sur toutes ses façades, ce qui permettait littéralement de voir de part en part du bâtiment. Tous les immeubles alentour ont également été fortement touchés. Les trottoirs, sur lesquels gisaient de nombreux blessés, étaient jonchés de débris de verre alors que de la fumée s'élevait du quartier.

Quelque 85 personnes sont mortes dans la fusillade qui s'est produit quelques heures plus tard au rassemblement annuel du mouvement de jeunesse du Parti travailliste à Utoeya, une petite île boisée longue de 500 mètres proche de la capitale. Selon la police, le chef du gouvernement devait initialement se rendre à ce rassemblement.

Un homme se faisant passer pour un policier s'est présenté à l'entrée du rassemblement.

"Nous nous étions tous rassemblés dans le bâtiment principal pour parler de ce qui s'était passé à Oslo. Tout à coup nous avons entendu des tirs. Au début, on s'est dit que ce n'était pas possible", a déclaré une adolescente de 16 ans, Hana, au journal Aftenposten. "J'ai vu un policier qui se tenait debout avec des sortes de boules Quiès. Il a dit 'j'aimerais vous rassembler tous' puis il a couru à l'intérieur et il a commencé à tirer sur les gens. Nous avons couru en direction de la plage et nous nous sommes mis à nager", a-t-elle ajouté.

Dans le carnage qui a suivi, plusieurs dizaine de personnes ont perdu la vie, tombées sous les balles du tireur, décrit comme froid et méthodique, ou mortes en tentant de fuir dans les eaux du lac Tyrifjord. Plusieurs personnes habitant près de là ont pu soustraire à la tuerie des dizaines de personnes. Une femme de 48 ans, Line (qui n'a pas voulu donner son nom de famille), a réussi à sauver "plus de 40 personnes", selon l'un de ses amis.

Par ailleurs, la police norvégienne a annoncé avoir retrouvé des explosifs non utilisés sur le lieu de la fusillade.

A lire aussi

>>

Vous êtes à nouveau en ligne